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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005718

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005718

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantL'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2020, M. B A, représenté par Me Eric L'Helias, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 février 2020 par laquelle la directrice territoriale des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) situés à Nantes a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de décider ce rétablissement à compter du 13 février 2020 sous astreinte d'un montant de 150 euros par jour de retard passé l'expiration d'un délai de 2 jours suivant la notification du jugement à intervenir, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de 15 jours suivant cette même notification, sous une astreinte d'un même montant par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 800 euros en application des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation et d'erreur manifeste d'appréciation de cette situation.

Une mise en demeure de produire un mémoire en défense a été adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 23 mars 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 22 juin 2023 à 17h00.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté un mémoire en défense le 22 septembre 2023. Ce mémoire n'a pas été communiqué.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 19 juin 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 septembre 2023 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant de nationalité guinéenne qui est né le 10 février 1995. Il est entré en France le 1er mars 2017 pour y solliciter l'asile. Il a fait l'objet d'une décision de transfert vers l'Italie qui n'a pas été exécutée à l'issue du délai prévu à cette fin. La France est ainsi devenue l'Etat responsable de sa demande d'asile. Cette demande ayant été enregistrée par les autorités françaises, M. A a sollicité de ces autorités le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette demande a été expressément rejetée par la directrice territoriale des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) situés à Nantes. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision prise le 20 février 2020.

2. Il ressort de la motivation de la décision attaquée que, après avoir mentionné que la demande d'asile de M. A a été enregistrée le 28 mars 2017 "sous procédure Dublin", que l'intéressé a accepté les conditions matérielles d'accueil et que cette demande est désormais instruite selon la procédure dite "accélérée", la directrice territoriale des services de l'OFII situés à Nantes a estimé, pour rejeter la demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. A, que l'obtention d'une nouvelle attestation de demande d'asile ne permettait pas "un rétablissement automatique" de ses droits et qu'il ressort de l'examen de sa situation qu'il ne justifiait pas de l'absence de respect des obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en particulier des raisons pour lesquelles il n'a pas fait procéder, entre le 2 septembre 2017 et le 12 février 2020, au renouvellement de son attestation de demande d'asile qui est une condition du droit au maintien sur le territoire français et du versement de l'allocation pour demandeur d'asile. La directrice territoriale des services de l'OFII situés à Nantes ajoute que l'évaluation de la situation personnelle et familiale de M. A ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente () ".

4. Selon l'article L. 744-6 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder () à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".

5. L'article L. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur dispose : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". L'article D. 744-17 de ce code énonce : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 ; () ".

6. Il n'est pas contesté par le requérant que la demande qui a été rejetée par la décision en litige tendait au rétablissement des conditions matérielles d'accueil, après que l'intéressé, qui était potentiellement éloignable du territoire français compte tenu de la décision de transfert vers l'Italie dont il faisait l'objet, a perdu le bénéfice de ce dispositif d'aide en raison de l'absence de respect de son obligation de présentation auprès des autorités françaises dans l'attente de son éloignement effectif. Cette demande de rétablissement a été rendue possible par la circonstance que, comme cela a été indiqué au point 1, la France est devenue l'Etat qui était responsable de l'examen de sa demande d'asile à la suite de l'inexécution, pendant le délai de dix-huit mois prévu par le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, de cette décision de transfert.

7. Dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de la demande d'asile d'un ressortissant étranger qui a perdu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, il peut en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'autorité compétente au sein de l'OFII d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil.

8. En premier lieu, il ressort de la motivation de la décision attaquée que l'autorité compétente au sein de l'OFII pour examiner la demande de M. A a procédé à l'appréciation de sa situation en l'inscrivant dans le cadre rappelé au point précédent. Elle a notamment apprécié les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil, obligations au nombre desquelles figuraient nécessairement celle, inscrite au sein des dispositions précitées de l'article D. 744-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, liant le bénéfice effectif des conditions matérielles d'accueil à la détention de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 du code. La décision attaquée se réfère aux éléments produits par l'intéressé lui-même dans son courrier du 17 février 2020, qui est postérieur de quatre jours à l'entretien dont il a fait l'objet par les services de l'OFII afin de déterminer son degré de sa vulnérabilité et au cours duquel il a fait part de données concernant son état de santé. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant été prise sans un examen effectif de sa situation, en particulier de son état de santé.

9. En second lieu, il est constant que M. A n'a pas, dans l'attente de l'exécution de la décision de transfert vers l'Italie, respecté son obligation de se présenter auprès des autorités françaises afin de faire renouveler l'attestation de demande d'asile dont l'obtention était nécessaire pour pouvoir bénéficier des conditions matérielles d'accueil jusqu'à cette exécution. Il allègue que cette absence de démarches procède de son état de santé en avançant qu'il a été affaibli par une maladie de la peau et par le traitement spécifique qui lui a été administré. Cependant, il ne produit aucun document médical relatif aux traitements qui lui auraient été prodigués et aux conséquences de ces derniers au cours de la période du 2 septembre 2017 au 12 février 2020 durant laquelle il n'a pas satisfait à son obligation de présentation. Il ne ressort pas des pièces médicales qu'il joint, constituées seulement de deux ordonnances établies le 20 février 2020, jour de la décision attaquée et le 16 juin 2020, ni des photographies produites, qu'à la date de cette décision, à laquelle s'apprécie sa légalité, son état de santé permettrait de considérer qu'il serait dans une situation de vulnérabilité au sens des dispositions précitées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au regard de l'ensemble de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que la directrice territoriale des services de l'OFII basées à Nantes a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sollicité par M. A.

10. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation de la décision du 20 février 2020 par laquelle cette autorité a opposé ce refus. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Eric L'Hélias.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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