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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005757

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005757

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005757
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFIDAL LA ROCHE SUR YON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin 2020 et 6 octobre 2020, la société anonyme d'économie mixte (SAEM) Vendée, représentée par Me Genuyt, demande au tribunal :

1°) l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 5 mars 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Vendée lui a indiqué qu'elle ne pouvait bénéficier des mécanismes de déductibilité ou d'exonération de taxe sur la valeur ajoutée concernant la location de bateaux semi-rigides ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est recevable à former un recours en excès de pouvoir à l'encontre de la décision du 5 mars 2020 dès lors que la prise de position de l'administration, à supposer qu'elle s'y conforme, entraînerait des effets notables autres que fiscaux ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation au regard du 6° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II du code général des impôts ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° du II de l'article 262 du code général des impôts ;

- elle méconnaît les dispositions du a) de l'article 148 de la directive 2006/112/CE du conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- la société requérante est fondée à se prévaloir de la doctrine référencée BOI-TVA-DED-30-30-20 n° 20 et BOI-TVA-CHAMP-30-30-30-10, n° 70 et suivants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 juillet 2020 et le 13 janvier 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SAEM Vendée ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, par application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en l'absence d'effets notables autres que fiscaux, et compte tenu de la possibilité d'exercer un recours de plein contentieux devant le juge de l'impôt, la décision du 5 mars 2020 n'est pas susceptible d'être contestée par la voie du recours pour excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Benoist,

- les conclusions de M. Huin, rapporteur public,

- les observations de Me Genuyt, représentant la SAEM Vendée.

Considérant ce qui suit :

1. La SAEM Vendée est organisatrice de la course de voiliers " Vendée Globe ". A l'occasion de cette course, elle loue une quarantaine de bateaux semi-rigides afin de sécuriser le plan d'eau au départ et à l'arrivée. Par une lettre du 26 juin 2019, elle a sollicité de l'administration fiscale, sur le fondement du 1° de l'article L. 80 B du livre de procédure fiscale, une prise de position en ce qui concerne, d'une part, la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à la location de ces bateaux au regard du 6° du IV de l'article 206 de l'annexe II au code général des impôts et, d'autre part, l'application de l'exonération prévue au 2 du II de l'article 262 du même code. Suite au refus de l'administration de lui accorder la déduction et l'exonération demandée, la SAEM Vendée a sollicité un second examen, conformément à l'article L. 80 CB du livre des procédures fiscales. Par une décision du 5 mars 2020, prise sur avis conforme du collège territorial de second examen en date du 4 mars 2020, le directeur départemental des finances publiques de la Vendée a confirmé cette position. La SAEM Vendée demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () V. Ouvrent droit à déduction dans les mêmes conditions que s'ils étaient soumis à la taxe sur la valeur ajoutée : () d) Les opérations non imposables en France réalisées par des assujettis dans la mesure où elles ouvriraient droit à déduction si leur lieu d'imposition se situait en France. () ". Aux termes de l'article 205 de l'annexe II au code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". Aux termes du IV de l'article 206 de l'annexe II du code général des impôts : " ()1. Le coefficient d'admission d'un bien ou d'un service est égal à l'unité, sauf dans les cas décrits aux 2 à 4. / 2. Le coefficient d'admission est nul dans les cas suivants : / () 6° Pour les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes () ". Pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte au sens de ces dispositions, il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné. Ne sauraient être regardés comme conçus pour transporter des personnes, au sens de ces dispositions, les véhicules ou engins, terrestres, maritimes ou aériens, qui, même s'ils ne peuvent se déplacer sans la présence à leur bord d'un conducteur, d'un pilote ou d'un équipage, ont, en raison des caractéristiques de leur conception, une autre fonction que celle de transporter des personnes et constituent nécessairement, eu égard à cette autre fin, une immobilisation utile à l'exploitation d'une entreprise dont les opérations sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée.

3. Il ressort des pièces du dossier que les quarante bateaux semi-rigides loués par la SAEM Vendée sont des bateaux de 6,60 à 7,60 mètres, pouvant accueillir de treize à seize personnes. Pour l'édition 2020-2021 du Vendée Globe, ils ont été spécialement armés pour la sécurisation de la course. Ces bateaux, marqués au nom de l'évènement, ont fait l'objet de modifications en vue de leur utilisation temporaire, consistant en la mise en place de dispositifs permettant la fixation de deux mâts de signalisation par la SAEM Vendée et la traction par l'arrière et le côté et de pousse pour une intervention en cas de problème de sécurité, en la pose de dispositifs de navigation de nuit, de dispositifs de protection contre le ragage des bateaux semi-rigides entre eux, en la pose de GPS avec cartographies et way-points et de VHF postes fixes et pour l'un des bateaux, en la mise en place d'une plate-forme haute.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des caractéristiques de leurs conceptions, que ces bateaux, s'ils ont fait l'objet de transformations spécifiques temporaires en vue du déroulement de la course du Vendée Globe, ont été conçus dès l'origine pour le transport de personnes. Il ressort par ailleurs de l'extrait du site internet " highfieldboat ", produit en défense et communiqué à la société requérante, que ces bateaux ont été mis en vente auprès de particuliers dès la fin de la course, avec une partie des dispositifs de navigation et de sécurité spécialement installés pour la course, pour permettre le transport d'au moins seize passagers. Dès lors, il en résulte que les transformations spécifiques opérées sur ces bateaux n'ont pas eu pour effet de les rendre incompatibles avec le transport de personnes. Il y a donc lieu d'écarter le moyen tiré de ce que l'administration fiscale a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions du 6° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II du code général des impôts.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 262 du code général des impôts : " () / II. - Sont également exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / () 2° Les opérations de livraison, de réparation, de transformation, d'entretien, d'affrètement et de location portant sur : / () - les bateaux affectés à la pêche professionnelle, maritime, les bateaux de sauvetage et d'assistance en mer () ". Dans le cadre d'un contrat d'affrètement ou de location, peuvent seuls prétendre à cette exonération les bateaux effectivement utilisés à des missions de sauvetage et d'assistance en mer, sans qu'une utilisation marginale à d'autres missions leur en fasse perdre le bénéfice.

6. Il ressort des pièces du dossier que la SAEM Vendée doit, en application de l'arrêté du 3 mai 1995 relatif aux manifestations nautiques en mer et dans le cadre d'une action concertée avec le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) et avec la société nationale des sauveteurs en mer (SNSM), délimiter le plan d'eau en plusieurs zones séparées par des bouées, afin de permettre la navigation des navires engagés dans la course et des semi-rigides chargés de faire respecter les zones de navigation par chaque catégorie de navire, sécuriser la navigation au départ et à l'arrivée de la course, et le cas échéant de porter une assistance rapide en cas de difficulté. Si la SAEM Vendée soutient en conséquence que les bateaux semi-rigides qu'elle loue sont effectivement utilisés à des missions de sauvetage et d'assistance en mer, il ressort des pièces du dossier que ces bateaux sont des moyens nautiques permettant une surveillance efficace et continue de la manifestation, obligatoires en application de l'article 7 de l'arrêté du 3 mai 1995, et qu'ils sont marginalement et éventuellement affectés à des missions de sauvetage et d'assistance pendant la course, en coordination avec la SNSM et le CROSS. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions du 2° du II de l'article 262 du code général des impôts doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des dispositions de l'article 148 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée doit être écarté.

8. En quatrième lieu, la SAEM ne peut utilement se prévaloir, en application de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'application à son bénéfice des commentaires référencés BOI-TVA-DED-30-30-20 n° 20 et BOI-TVA-CHAMP-30-30-30-10, n° 70 et suivants en l'absence de rehaussement d'imposition.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la SAEM Vendée doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SAEM Vendée est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAEM Vendée et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire et du département de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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