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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005817

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005817

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2020, M. B A, représenté par Me Bernot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 mars 2020 par laquelle il a été muté d'office sur le poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine public " au sein de la commune de Rezé ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rezé de le réaffecter sur son poste de chef du service administration et gestion statutaire, sous astreinte de 100 euros par jour de retard suivant un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à défaut de réaffectation possible sur le poste de chef du service administration et gestion statutaire, d'enjoindre à la commune de Rezé de réexaminer sa situation pour lui confier un poste équivalent à celui qu'il occupait précédemment, sous astreinte de 100 euros par jour de retard suivant un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Rezé une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il fait l'objet de harcèlement moral depuis l'été 2019 comme en témoignent les éléments suivants : un avis négatif sur le dossier soumis à la commission administrative paritaire pour l'avancement de grade ; des reproches injustifiés sur ses arrêts de travail ; le contrôle médical du 23 décembre 2019 de son arrêt de travail pour maladie ; les conditions dans lesquelles s'est déroulée sa reprise de travail le 30 décembre 2019 ; la décision du 30 décembre 2019 le déchargeant brutalement de ses responsabilités d'encadrement et du suivi de ses dossiers ; son isolement depuis cette date ; une tentative d'intimidation lors de l'entretien du 7 janvier 2020 ; la violence de l'entretien du 9 janvier 2020 ; les répercussions sur son état de santé ; la mise en œuvre et la finalisation d'un processus de " mise au placard " qui a des conséquences financières ;

- compte tenu de cette situation de harcèlement, toutes les décisions participant de cette situation, au nombre desquelles figure la décision attaquée, sont illégales et doivent être annulées ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire permettant un exercice effectif des droits de la défense dès lors que le rapport de la psychologue mandatée par la commune ne lui a pas été communiqué ;

- elle n'est pas motivée en droit ;

- elle traduit un harcèlement moral ;

- il ne pouvait pas fait l'objet d'une telle mesure dès lors qu'il avait signalé cette situation de harcèlement ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 novembre 2020, la commune de Rezé, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 2005 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bernot, représentant M. A, et celles de Me Coëtoux du Tertre, substituant Me Marchand, représentant la commune de Rezé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est attaché territorial titulaire recruté par la commune de Rezé depuis le 1er janvier 2013 pour occuper le poste de responsable du service administration et gestion statutaire (AGS), sous l'autorité hiérarchique de la directrice des relations humaines. Par une décision du 27 mars 2020, le maire de Rezé a procédé à l'affectation d'office de M. A sur le poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine public ". Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 5 septembre 2019 dont les mentions attestent du caractère exécutoire, le maire de Rezé a donné délégation à Mme D, deuxième adjointe, signataire de la décision attaquée, pour préparer et suivre les affaires concernant la gestion des ressources humaines et le fonctionnement des instances y afférentes. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

Sur le moyen tiré de ce que la décision attaquée participe d'une situation de harcèlement moral :

3. Aux termes de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans leur rédaction applicable au litige : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ; (). ".

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

5. Le requérant soutient que la décision attaquée s'inscrit dans un processus de harcèlement moral mené à bien par la directrice des ressources humaines de la commune, Mme C, avec le soutien du directeur général des services, depuis l'été 2019.

6. Certains des éléments que fait valoir M. A à l'appui de ses allégations relatives à une situation de harcèlement ne sont pas matériellement établis par l'instruction. Il en va ainsi des propos discriminatoires à raison de son état de santé que le requérant accuse Mme C d'avoir tenus lors de l'entretien du 22 août 2019, des " intimidations " de cette dernière et du directeur général des services à son égard à l'occasion de l'entretien du 7 janvier 2020 et de la violence verbale qu'aurait manifestée Mme C au cours de l'entretien du 9 janvier 2020. Ces éléments ne peuvent donc être regardés comme des éléments de fait.

7. S'agissant des éléments de fait invoqués par M. A et dont la matérialité est établie, l'avis que Mme C a soumis à la CAP du 7 novembre 2019 relatif à l'inscription du requérant au tableau d'avancement au grade d'attaché territorial, avis favorable au demeurant, s'il comporte certaines réserves sur les qualités relationnelles et d'encadrement de M. A, est conforme au contenu des comptes rendus d'entretien d'évaluation professionnelle de l'intéressé, lesquels font état de carences comparables, nonobstant la circonstance que M. A a été admis à l'examen professionnel d'attaché principal. Le requérant n'allègue d'ailleurs même pas que ces réserves seraient infondées. Cet avis ne saurait donc être regardé comme une manœuvre en vue de faire injustement obstacle à la promotion de M. A, alors qu'au demeurant la hiérarchie du requérant l'avait proposé à l'avancement, et, partant, comme un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

8. S'il résulte de l'instruction qu'au cours d'un entretien le 22 août 2019, Mme C a fait part à M. A de ce que ses nombreuses absences étaient préjudiciables au bon fonctionnement du service, alors que le requérant fait l'objet d'arrêts réguliers de travail en raison d'une affection de longue durée, il résulte de l'instruction que les absences de M. A ne sont pas exclusivement imputables à son état de santé, de sorte que Mme C a pu formuler pareille remarque sans stigmatiser pour autant l'état de santé du requérant. En outre, il résulte de l'instruction, et notamment des courriers électroniques versés au dossier, que Mme C, quand elle est informée des absences pour maladie de M. A, lui formule des vœux de rétablissement sans exercer de pression pour qu'il reprenne le travail. Par ailleurs, il n'est pas établi qu'à l'occasion de l'entretien du 12 novembre 2019 au cours duquel Mme C a informé M. A du résultat de la CAP, celle-ci aurait imputé ce résultat aux absences pour raisons de santé de M. A. S'il est constant que cet entretien a été l'occasion d'un recadrage de M. A par Mme C, le contenu des propos tenus par celle-ci n'est pas établi et si Mme C a, le jour même, présenté à M. A ses excuses par courrier électronique pour avoir pu le blesser par ses propos, il n'est pas démontré que ces propos consistaient en des reproches sur les arrêts de travail pour maladie de M. A.

9. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par le requérant, mentionnés aux points 7 et 8, sont insusceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'endroit de M. A.

10. S'agissant des éléments de fait invoqués par ailleurs par le requérant comme étant susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral compte tenu de leur caractère intrinsèquement défavorable, il résulte de l'instruction que M. A a, comme il a été dit, été déchargé d'une partie de ses missions par la décision du 30 décembre 2019 et qu'il a ensuite été affecté sur un poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine de la commune et expertise juridique " qui ne comprend pas de missions d'encadrement. Si ces décisions, qui emportent une diminution et une modification des missions confiées à M. A et, pour la seconde d'entre elles, une diminution de sa rémunération, il résulte de l'instruction que ces mesures sont justifiées par l'intérêt du service, en raison de la manière de servir inadéquate de M. A et de ses difficultés relationnelles, qui sont suffisamment établies par les nombreux signalements concordants de ses collaborateurs sur un comportement managérial inadapté de la part du requérant et générateur de souffrance au travail, corroborés par les résultats de l'audit du service AGS mené par une psychologue du travail extérieure à l'administration. Eu égard à l'état dégradé des relations entre M. A et ses collaborateurs, à la détresse manifestée par ceux-ci, et à la réitération par M. A d'un comportement managérial inadapté en dépit d'une première mise en garde courant 2018 qui avait fait l'objet de séances de coaching personnalisé en management, la décharge de fonctions de M. A, puis son affectation sur un nouveau poste doivent être regardées comme justifiées par des considérations étrangères à tout harcèlement.

11. Par ailleurs, si la commune de Rezé a diligenté le 23 décembre 2019 un contrôle médical de l'arrêt de travail pour maladie de M. A, le fait pour un employeur de diligenter un tel contrôle relève de ses prérogatives et ne saurait caractériser une situation de harcèlement moral, ce contrôle ayant en outre été diligenté six semaines après le début de l'arrêt de travail et étant en outre le premier contrôle diligenté à l'égard de M. A depuis son affectation à Rezé, alors que celui-ci s'était déjà vu prescrire plusieurs arrêts de travail. Si le requérant soutient que cette démarche était d'autant plus malvenue que son congé de maladie était imputable au service, cette affirmation n'est pas corroborée par les pièces du dossier, dont il ressort au contraire que cet arrêt de travail a été délivré en lien avec l'affection de longue de durée de M. A et que celui-ci n'a pas sollicité de reconnaissance d'imputabilité au service de ce congé de maladie. Par conséquent, le contrôle médical de l'arrêt de travail pour maladie de M. A paraît justifié par des considérations étrangères à tout harcèlement.

12. Si M. A se prévaut également d'une situation d'isolement, dès lors qu'il ne participe plus à certaines réunions, il n'établit ni même n'allègue que son absence à certaines réunions n'est pas la conséquence nécessaire de sa décharge de missions. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été invité à la réunion du 14 janvier 2020, il résulte de l'instruction que cet événement n'était pas une réunion de service mais un entretien entre le directeur général des services d'une part et certains des agents de la direction des ressources humaines et des représentants syndicaux d'autre part, entretien programmé à l'initiative des agents de la direction des ressources humaines, de sorte que la présence de M. A à cet entretien n'était pas justifiée. Le requérant ne fait pas valoir que sa présence aurait été justifiée à des réunions ou des événements auxquels il n'a pas été convié. Par conséquent, l'absence de M. A à certains événements, qui ne sont au demeurant pas précisés à l'exception de l'entretien du 14 janvier 2020, est justifiée par des considérations étrangères à tout harcèlement.

13. Il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié d'un arrêt de travail pour maladie du 12 novembre 2019 jusqu'au 27 décembre 2019, motivé, d'après le médecin l'ayant délivré, par un état d'anxiété réactionnelle nécessitant la prescription d'anxiolytiques, ainsi que d'un arrêt de travail d'une journée, le 20 janvier 2020, pour anxiété réactionnelle et asthénie. Toutefois, et en tout état de cause, ces arrêts de travail ont été prescrits en lien avec l'affection de longue durée de M. A, qui, ainsi qu'il a été précédemment dit, n'a pas demandé que soit reconnue l'imputabilité au service de ces arrêts. Par ailleurs, la consultation, à deux reprises, les 13 et 29 janvier 2020, du psychologue du travail, est à elle seule insusceptible de caractériser une situation de harcèlement, en l'absence de tout élément sur le contenu de ces consultations et sur les conclusions qu'en a tirées le professionnel de santé. Enfin, si le médecin de prévention a, le 31 janvier 2020, constaté une " inaptitude temporaire aux fonctions au vu de l'état de souffrance au travail actuel ", l'absence de promotion de M. A, puis sa décharge de fonctions et la proposition d'un changement de poste motivées par la remise en cause de ses méthodes managériales ont pu entraîner cet état de souffrance au travail, sans pour autant que celui-ci soit consécutif à une situation de harcèlement moral. Par conséquent, les éléments médicaux que fait valoir le requérant, qui ne procèdent d'ailleurs pas d'agissements de l'administration, sont étrangers à un processus de harcèlement.

14. Il résulte de ce qui précède que les éléments de fait invoqués par le requérant, mentionnées du point 10 au point 13, sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées procèdent d'un processus de harcèlement moral.

Sur le moyen tiré de ce que la décision attaquée ne pouvait être édictée à raison de l'existence d'une situation de harcèlement moral :

15. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 : " Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'appréciation de la valeur professionnelle, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. ". Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'aucune mesure concernant son affectation ne pouvait être prise à raison d'une situation de harcèlement moral qu'il aurait subie et dénoncée à l'occasion de l'entretien du 7 janvier 2020 mentionné au point 6 et par un courrier du 20 février 2020 adressé au maire de la commune dans lequel il demandait, notamment, l'indemnisation de préjudices résultant d'une situation de harcèlement moral.

Sur le moyen tiré de ce que la décision attaquée constitue une sanction déguisée :

16. Une mutation d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

17. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée se fonde sur la nécessité de mettre un terme à la relation managériale entre M. A et les agents de son service, compte tenu d'une dégradation importante des relations de travail et d'une alerte lancée par une psychologue du travail ayant reçu ces agents, événements relatés dans une note de la DRH corroborée par une note du DGS. M. A ne conteste pas sérieusement ces difficultés managériales mais attribue son changement d'affectation à une volonté de le sanctionner en raison de ses arrêts de travail pour maladie et de sa mésentente avec Mme C. Toutefois, il n'est pas établi, comme il a été dit au point 8, que Mme C aurait reproché à M. A ses absences imputables à son état de santé, ni qu'elle aurait affirmé que cet état de santé n'était pas compatible avec l'exercice de fonctions d'encadrement. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que les entretiens du 12 novembre 2019 et du 7 janvier 2020 ont été l'occasion de tensions entre M. A et Mme C, lesquels ont chacun quitté l'un des deux entretiens en pleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C aurait nourri à l'endroit de M. A une animosité particulière motivant de sa part une volonté de sanctionner celui-ci. S'agissant du motif de la décision attaquée, à savoir la dégradation des relations de travail au sein du service AGS, M. A ne conteste pas que des carences managériales, se traduisant par une absence de bienveillance envers ses collègues, et un style de management inadapté et de nature à créer des tensions, ont fait l'objet d'une première alerte à l'occasion de la campagne des entretiens d'évaluation de la fin de l'année 2015, que la psychologue du travail a signalé courant 2019 la situation d'un agent en " grande souffrance " au travail, cette souffrance étant attribuée par l'agent concerné au management de M. A, que les agents du service AGS ont fait état lors d'une réunion de service du 14 novembre 2019 de difficultés relationnelles avec leur chef de service, que les sept agents de ce service et six autres agents de la DRH ont été reçus à leur demande par le DGS pour évoquer une situation de crise qui a été attribuée, au moins pour partie, à la posture managériale de M. A se traduisant, d'après ces agents, par un manque de soutien et de bienveillance, des critiques et des reproches inhibitrices, un excès de contrôle et de remise en cause des points de vue des agents ainsi qu'un sentiment d'impunité et enfin que la psychologue du travail spécialement mandatée à fin de recueillir la parole de ces agents, ainsi que celle de M. A, a confirmé le 17 janvier 2020 lors d'une restitution orale la teneur de ces témoignages et a préconisé la mise en place de mesures de protection de la santé des agents, y compris de celle de M. A. Dans ces conditions, quand bien même la décision attaquée porte atteinte à la situation professionnelle de M. A, qui se trouve privé de fonctions d'encadrement et des avantages financiers, NBI et régime indemnitaire, afférents à de telles fonctions, il n'est pas établi que cette décision, qui affecte M. A sur un poste dont les missions correspondent à celles que son cadre d'emploi lui donne vocation à exercer et qui a été prise dans l'intérêt du service, aurait eu pour objet de sanctionner le requérant.

Sur le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée :

18. M. A soutient que la décision attaquée est dépourvue de motivation en droit. Toutefois, cette décision, qui porte changement d'affectation d'office d'un fonctionnaire et qui ne présente pas le caractère d'une sanction, n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables dont les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration imposent la motivation. La circonstance que cette décision aurait été prise en considération de la personne du requérant est sans incidence à cet égard. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

Sur le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire :

19. Aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. "

20. La décision litigieuse de mutation, qui ne présente pas le caractère d'une sanction, n'avait pas à être précédée d'une procédure contradictoire. Toutefois, dès lors qu'elle a été prise en considération de la personne, elle ne pouvait intervenir qu'après que M. A ait été mis à même de consulter son dossier. Au cas d'espèce, M. A a été informé par un courrier du 26 mars 2020 de l'intention du maire de Rezé de l'affecter d'office sur le poste de chargé de mission " gestion concurrentielle du domaine public et expertise juridique ", en raison notamment du contenu de deux notes, de la directrice des ressources humaines et du directeur général des services, sur sa manière de servir, et a, par ce même courrier, été invité à consulter son dossier jusqu'au 27 mars suivant. M. A n'a pas consulté l'ensemble de son dossier mais a demandé et obtenu la communication des deux notes mentionnées dans le courrier du 26 mars 2020. S'il déplore l'absence de communication du rapport de la psychologue mandatée par la commune, il ressort des pièces du dossier que ce rapport n'avait pas été établi à la date du 6 mars 2020, ni d'ailleurs à la date d'édiction de la décision attaquée, les travaux de cette psychologue ayant fait l'objet à la date du 6 mars 2020 d'une simple restitution orale, le 17 janvier 2020, dont la substance est mentionnée dans la note de Mme C. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de

M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge de la commune de Rezé, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant sur le fondement de ces dispositions.

23. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Rezé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rezé présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Rezé.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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