mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005898 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juin 2020 et le 18 novembre 2022, Mme A D épouse C, représentée par Me Guérin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2019 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail dans le mois de la décision à intervenir
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;
- le refus de séjour n'est pas régulièrement motivé ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure incomplète dès lors qu'elle n'a pas été invitée à produire les éléments manquants à l'appui de sa demande en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- il est entaché d'une erreur de droit, en ce que le préfet a estimé en méconnaissance de l'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'admission au séjour de l'intéressée serait subordonnée à l'obtention d'un visa de long séjour et en ce qu'il se fonde sur l'article L. 311-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors abrogé ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle atteste de sa date d'entrée régulière sur le territoire français ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 4 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D épouse C, ressortissante camerounaise née le 11 mars 1959, déclare être entrée sur le territoire français le 6 février 2017. A la suite de son mariage le 28 juillet 2018 avec un ressortissant français, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français, qui lui a été refusée par un arrêté du 18 juin 2019 du préfet de la Sarthe dont elle demande au tribunal l'annulation.
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. B Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe. Par un arrêté du 22 mars 2019, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ce signataire manque en fait.
3. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquels son auteur, qui a examiné la situation personnelle de la requérante, a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée.
4. Aux termes l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".
5. Si les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dont se prévaut la requérante, obligent de manière générale l'administration à inviter tout demandeur à compléter sa demande lorsque celle-ci ne comporte pas toutes les pièces ou informations exigées par les textes législatifs ou réglementaires le préfet n'a pas, par la décision attaquée, refusé de délivrer à la requérante un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français en raison du caractère incomplet de son dossier mais aux motifs qu'elle ne justifiait pas de son entrée régulière sur le territoire français. Par suite, la requérante ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.
6. Aux termes de l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22 ". L'article 22 de cette même convention stipule que : " I- Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent./ Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent ". L'article L. 313-2 dispose : " () la première délivrance de la carte de séjour temporaire et celle de la carte de séjour pluriannuelle () sont subordonnées à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 311-1 ". Il en va notamment ainsi de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par les dispositions 4° de l'article L. 313-11 du même code : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () 4° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée en France ait été régulière, que la communauté de vie n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ". Par ailleurs, aux termes du sixième alinéa de l'article L. 211-2-1 du code : " () Lorsque la demande de visa de long séjour émane d'un étranger entré régulièrement en France, marié en France avec un ressortissant de nationalité française et que le demandeur séjourne en France depuis plus de six mois avec son conjoint, la demande de visa de long séjour est présentée à l'autorité administrative compétente pour la délivrance d'un titre de séjour. ". Aux termes de l'article R. 313-1 de ce code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'une première carte de séjour doit présenter à l'appui de sa demande, outre les pièces mentionnées à l'article R. 311-2-2, les pièces suivantes : 1° les documents, mentionnés à l'article R. 211-1, justifiant qu'il est entré régulièrement en France ; () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée le 6 janvier 2017 sur le territoire suisse munie d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de type C valable du 1er février 2017 au 17 mars 2017. Elle s'est ensuite rendue de la Suisse en France. Toutefois, elle n'a pas souscrit la déclaration prévue par l'article 22 de cette convention. Il en résulte qu'elle est entrée en France dans des conditions irrégulières, alors au surplus qu'elle n'établit pas la date de son entrée sur le territoire français par les seuls documents médicaux qu'elle produit. Par suite, c'est à bon droit que le préfet a refusé de lui délivrer le titre de séjour prévu au 4° de l'article L. 313-11 dudit code au motif qu'elle ne justifiait pas d'un visa de long séjour et qu'étant entrée irrégulièrement sur le territoire français, elle ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 211-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'obtenir ce visa de long séjour sur le territoire national.
8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. La requérante est âgée de 60 ans à la date de l'arrêté attaqué et son séjour en France n'est pas ancien. Si elle se prévaut de son mariage le 28 juillet 2018 avec un ressortissant français, ce mariage était encore très récent à la date de l'arrêté attaqué du 18 juin 2019 et les éléments produits sont insuffisants pour établir la vie commune des intéressés avant leur mariage. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de l'époux de la requérante ferait obstacle à ce que cette dernière, qui ne justifie pas être dépourvue de toute attache familiale au Cameroun dont elle est ressortissante, quitte la France pour y revenir régulièrement, sous couvert d'un visa de long séjour, en vue de la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, et alors que les époux ne pouvaient ignorer au moment du mariage que l'un deux séjournait irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de la requérante en France, le préfet de la Sarthe n'a pas porté une atteinte au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il lui a refusé la régularisation de sa situation de séjour.
10. La requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle n'établit pas avoir sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D épouse C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C, au préfet de la Sarthe et à Me Guérin.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026