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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005953

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005953

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005953
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantKABE LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2020, M. A B, représenté par Me Bennour, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 octobre 2019 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande d'acquisition de la nationalité française sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a un casier judiciaire vierge de toute condamnation, qu'il n'est pas établi qu'il aurait été l'auteur de faits de violence et que, s'il a eu une dispute avec son épouse en 2006, les faits qui lui sont reprochés sont isolés, anciens et sans gravité.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- aucune décision ministérielle n'était née à la date d'enregistrement de la requête, le délai de quatre mois ayant été suspendu jusqu'au 23 juin 2020 par l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020 ; il a explicitement rejeté le recours hiérarchique de M. B par une décision du 30 juillet 2020 ;

- aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 31 octobre 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. A B. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le 17 décembre 2019, le ministre de l'intérieur a, par une décision expresse de rejet du 30 juillet 2020, qui s'est substituée à la décision du préfet des Bouches-du-Rhône, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement à deux ans de sa demande d'acquisition de la nationalité française.

Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision préfectorale du 31 octobre 2019 :

2. Aux termes de l'article 45 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du ministre de l'intérieur du 30 juillet 2020 s'est substituée à la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 octobre 2019. Dès lors, les conclusions de l'intéressé tendant à l'annulation de cette dernière décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables. La requête de M. B doit être regardée comme tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 30 juillet 2020.

Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur du 30 juillet 2020 :

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger " et aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

5. Il ressort des termes de la décision expresse du 30 juillet 2020 que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que ce dernier avait été l'auteur, le 11 juin 2006, de violences volontaires par conjoint ou concubin suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du jugement du tribunal de grande instance de Tarascon du 16 juin 2006, que M. B a été déclaré coupable de violences exercées le 11 juin 2006 sur sa conjointe ayant entraîné une incapacité totale de travail de 5 jours et condamné pour ces faits à une peine de dix mois d'emprisonnement dont huit mois en sursis simple. Par suite, eu égard à son large pouvoir d'appréciation dans l'opportunité d'accorder la nationalité française, le ministre a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, prendre en compte les faits précédemment invoqués, qui, s'ils présentaient une certaine ancienneté à la date de la décision contestée, sont empreints d'une particulière gravité, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation du postulant.

7. En deuxième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il aurait un casier judiciaire vierge de toute condamnation, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le ministre ne s'est pas fondé sur une condamnation mais sur une enquête administrative, diligentée à l'occasion de sa demande de naturalisation, ayant révélé les faits de violence commis par le requérant le 11 juin 2006.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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