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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2005954

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2005954

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2005954
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juin 2020, Mme A C, représentée par Me Sylvain Carmier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné sa demande de naturalisation à deux ans ;

2°) d'enjoindre, au ministre de l'intérieur à titre principal, de lui accorder la naturalisation et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés par la requérante n'est pas fondé.

Mme C a été admise au titre de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

26 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante marocaine, née le 10 décembre 1980, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation auprès des services du préfet des Bouches-du-Rhône, lequel a ajourné sa demande à deux ans par décision du

26 septembre 2018. Mme C a exercé auprès du ministre de l'intérieur, conformément à l'article 45 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993, un recours administratif préalable obligatoire le 24 octobre 2018, lequel a été rejeté par décision du 11 février 2019, confirmant l'ajournement à deux ans de la demande de Mme C. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par une décision du 30 aout 2018, publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, Mme D, nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre suivant, a accordé à Mme E F, attachée d'administration de l'Etat, chargée, au sein de la sous-direction de l'accès à la nationalité française, du traitement des recours administratifs préalables obligatoires au bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, dans la limite de ses attributions, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'insertion sociale et professionnelle de la personne. La légalité de l'appréciation portée par le ministre de l'intérieur concernant cette insertion est examinée au regard des éléments de la situation de l'intéressée constitués antérieurement à la date de la décision attaquée.

4. Pour rejeter la demande de naturalisation de Mme C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance qu'au regard de son parcours professionnel, l'intéressée n'avait pas pleinement réalisé son insertion professionnelle et ne disposait pas de ressources suffisantes et stables.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a exercé la profession d'agent d'entretien pour différentes entreprises de 2004 jusqu'en 2010, après s'être interrompue pendant près de dix années afin de s'occuper de ses enfants, puis après avoir eu un emploi en tant que vendeuse en fruits et légumes du 2 mai 2017 au 31 octobre 2018, emploi qu'elle a quitté pour entreprendre une reconversion professionnelle en vue de devenir accompagnante petite enfance. Ainsi, si la poursuite de cette formation jusqu'en 2020, ainsi que les résultats qu'elle a obtenus par la suite, démontrent la volonté de Mme C d'inscrire son parcours professionnel dans une nouvelle activité d'accompagnante petite enfance, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme C était inscrite en formation depuis quatre mois, en vue d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle " accompagnement éducatif petite enfance ". Cette formation, au 11 février 2019, date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, ne lui procurait pas de ressources suffisantes puisque qu'elle percevait, à cette date, différentes allocations sociales. La circonstance avancée par la requérante, pour justifier d'une longue période d'inactivité tenant en particulier au choix qu'elle a fait d'arrêter son activité professionnelle pour élever ses enfants, ne permet pas de considérer, au regard de la très longue période d'inactivité de la requérante et du caractère récent de sa reconversion professionnelle, compte tenu du large pouvoir dont dispose le ministre de l'intérieur pour apprécier s'il y a lieu d'accorder la nationalité française, que la décision d'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de Mme C repose sur une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Par ailleurs, eu égard au motif de la décision attaquée, la circonstance que Mme C remplit l'ensemble des conditions auxquelles le code civil soumet la recevabilité d'une demande de naturalisation ne permet pas de caractériser l'existence d'une erreur de droit, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 11 février 2019 ajournant la demande de naturalisation présentée par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction de délivrance ou de réexamen. Il en va de même de celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi

n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

8. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que Mme C présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le

27 septembre 2020.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Sylvain Carmier.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse,premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

1

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