mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 26 juin 2020 sous le numéro 2006078, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de le munir dans l'intervalle d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision implicite est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2, L. 211-5 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, puisque le préfet n'a pas répondu dans un délai d'un mois à sa demande de communication des motifs formulée par courrier parvenu auprès des services de la préfecture le 21 avril 2020 ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions qui sont applicables aux ressortissants tunisiens ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; l'essentiel de ses attaches privées et familiales sont en France ; il n'a plus d'attaches dans son pays d'origine ; il a développé en France sa vie professionnelle ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que :
- les conclusions de M. B doivent être regardées comme dirigées contre sa décision explicite du 26 juin 2020 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 mars 2021.
II. Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2020 sous le numéro 2011048, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 juin 2020 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l'attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans un délai de sept jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été irrégulièrement notifiée à une mauvaise adresse ; sa requête est donc recevable et non tardive ;
- son domicile étant bien à Angers et non à Epernon, le préfet de Maine-et-Loire était bien territorialement compétent en application des dispositions de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour statuer sur sa demande de titre de séjour ; la décision est donc entachée d'erreur de fait et méconnait les dispositions de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 29 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 26 juin 2020 dès lors qu'en refusant, par la décision du 20 décembre 2021 assortie d'une obligation de quitter le territoire français, de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire s'est reconnu territorialement compétent et a donc implicitement retiré la décision du 26 juin 2020.
III. Par une requête, enregistrée le 7 avril 2022 sous le numéro 2204446, M. A B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 20 décembre 2021 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de cent euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois sous astreinte de cent euros par jour de retard et de le munir dans l'intervalle d'une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; c'est à tort que le préfet a examiné sa situation professionnelle uniquement au regard des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien et non au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; sa situation personnelle et professionnelle justifie la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement ; il détient depuis le 16 mars 2021 une promesse d'embauche dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de peintre, promesse réitérée en octobre 2021 ; son ancienneté de séjour, non contestée, en France est significative ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison de l'ancienneté de son séjour en France, de son absence d'attaches familiales en Tunisie, et la présence de l'ensemble de ses attaches privées et familiales en France ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire, enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 mars 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
- l'accord franco-tunisien relatif aux échanges de jeunes professionnels du 4 décembre 2003 ;
- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, ensemble le protocole relatif à la gestion relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire du 28 avril 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2006078, 2011048 et 2204446, présentées pour M. B, concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un unique jugement.
2. M. A B, ressortissant tunisien né en juin 1975, est entré en France en mars 2011. A la suite de son interpellation dans le cadre d'un contrôle pour travail dissimulé, par un arrêté du 26 janvier 2015, le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. Par un courrier parvenu le 20 novembre 2019 auprès des services de la préfecture, M. B a demandé au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par la première requête n° 2006078, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour de novembre 2019.
3. Par un courrier du 26 juin 2020, le préfet de Maine-et-Loire a indiqué ne pas être compétent pour examiner la demande de titre de séjour de M. B en raison de sa domiciliation dans le département d'Eure-et-Loir. Par la deuxième requête n° 2011048, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 26 juin 2020.
4. Ultérieurement, M. B a, de nouveau, saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande d'admission au séjour à titre exceptionnel, par un courrier du 11 mai 2021. Par des décisions du 20 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel l'intéressé pourrait être reconduit d'office. Par la troisième requête n° 2204446, M. B demande au tribunal d'annuler les décisions du 20 décembre 2021.
Sur l'étendue du litige :
5. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
6. Il résulte de ce qui précède d'une part que les conclusions de M. B, présentées dans la première requête, tendant à l'annulation de la décision implicite du 20 mars 2020 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, doivent être regardées comme dirigées contre la décision explicite du 26 juin 2020 par laquelle ce préfet a rejeté sa demande de titre de séjour au motif qu'il était territorialement incompétent, et d'autre part que cette deuxième décision, dûment motivée s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de refus de séjour doit être écarté.
7. En second lieu, si par la décision du 26 juin 2020, contestée dans la deuxième requête de M. B, le préfet de Maine-et-Loire a refusé d'examiner sa demande de titre de séjour au motif de son incompétence territoriale, il ressort des pièces du dossier que ce même préfet, saisi d'une demande du 11 mai 2021 sur un fondement identique, a, par des décisions explicites du 20 décembre 2021, examiné la demande de titre de séjour de M. B, a refusé de faire droit à cette demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le préfet de Maine-et-Loire doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré la décision du 26 juin 2020. La décision du 20 décembre 2021, contestée uniquement en tant qu'elle porte refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, n'est pas contestée en tant qu'elle porte retrait du refus d'examiner la demande de titre de séjour. Le retrait est donc devenu définitif. Il n'y a donc pas lieu de statuer à fin d'annulation de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision du 26 juin 2020.
Sur les décisions du 20 décembre 2021 :
En ce qui concerne le refus de séjour du 20 décembre 2021 :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
9. Le refus de séjour opposé à M. B le 20 décembre 2021 comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration manque en fait et doit être écarté.
10. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, n'est pas applicable aux ressortissants tunisiens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, le préfet peut, en vertu du pouvoir dérogatoire dont il dispose, même sans texte, pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation, décider de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit.
11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas pris en compte sa situation professionnelle et la promesse d'embauche dont il faisait état au regard des seules stipulations de l'accord franco-tunisien et non au regard de l'admission exceptionnelle au séjour. Il ressort en effet de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet, après avoir examiné la demande de titre de séjour de M. B au regard des stipulations des articles 3 et 11 de l'accord franco-tunisien qui prévoient la délivrance d'un titre de séjour aux ressortissants tunisiens souhaitant exercer une activité professionnelle salariée en France, a explicitement relevé que la promesse d'embauche pour un poste de peintre en bâtiment ne constituait pas un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par ailleurs, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 20 décembre 2021 ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit ainsi commise doit être écarté.
12. En troisième lieu, les seules circonstances que M. B réside en France depuis l'année 2011, qu'il justifie avoir exercé des emplois, produit une promesse d'embauche et a plusieurs membres de sa famille résidant en France ne constituent pas des motifs exceptionnels d'admission au séjour, ni des considérations humanitaires particulières au sens des dispositions ci-dessus rappelées.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. Si M. B réside en France depuis l'année 2011, il ressort des pièces du dossier qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. Si le requérant soutient être dépourvu de toutes attaches privées ou familiales en Tunisie, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette allégation, alors qu'il a déclaré, devant la commission du titre de séjour, avoir plusieurs frères et sœurs dans son pays d'origine. Par ailleurs M. B s'est maintenu en France irrégulièrement sans avoir sollicité de titre de séjour avant l'année 2019, et après avoir fait l'objet d'une mesure d'éloignement en janvier 2015. Par ailleurs, M. B, célibataire et sans enfant, ne fait état, à l'exception de la présence de deux sœurs en France, dont une de nationalité française, d'aucune autre attache privée particulière en France. Dans ces conditions, malgré la durée de la présence en France de M. B, compte tenu des conditions dudit séjour, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français du 20 décembre 2021 :
15. En premier lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
16. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du jugement, le refus de séjour opposé à M. B comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui le fondent. Compte tenu du caractère suffisamment motivé du refus de séjour du 20 décembre 2021, et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du 20 décembre 2021 manque en fait et doit être écarté.
17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 14 que le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité du refus de séjour du 20 décembre 2021 et invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du même jour n'est pas fondé et doit être écarté.
18. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 du jugement.
19. En dernier lieu, le moyen tiré de ce qu'en obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire a apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 14 du jugement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 15 à 19 du jugement que le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du 20 décembre 2021 et invoqué à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement n'est pas fondé et doit être écarté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
21. L'exécution du présent jugement qui, d'une part, prononce un non-lieu à statuer sur les conclusions de M. B dirigées contre la décision du 26 juin 2020 et, d'autre part, rejette le surplus des conclusions à fin d'annulation de M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction de l'ensemble des requêtes doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2011048 de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
M. C
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2006078, 2011048, 2204446
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026