vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006186 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DESCHAMPS & VILLEMAGNE |
Vu la procédure suivante :
I°) Par une requête, enregistrée le 29 juin 2020 sous le n° 2006186 et un mémoire enregistré le 19 mars 2021, Mme F E épouse D, représentée par Me Deschamps, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 11 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 11 décembre 2019 précitée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui accorder la naturalisation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles 21-20 et 21-26 du code civil ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F E épouse D ne sont pas fondés.
II°) Par une requête, enregistrée le 27 août 2020 sous le n° 2008612 et un mémoire enregistré le 19 mars 2021, Mme F E épouse D, représentée par Me Deschamps, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 8 juin 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 11 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 11 décembre 2019 précitée ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui accorder la naturalisation dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision méconnaît les dispositions des articles 21-20 et 21-26 du code civil ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme F E épouse D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2006186 et 2008612 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.
2. Mme F E épouse D a présenté une demande de naturalisation auprès de l'ambassade de France en Ethiopie qui a été transmise au ministre de l'intérieur. Par une décision du 11 décembre 2019, le ministre de l'intérieur a déclaré sa demande de naturalisation irrecevable. Mme E épouse D a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 8 juin 2020. Par les présentes requêtes, Mme E épouse D demande l'annulation des décisions du ministre de l'intérieur du 11 décembre 2019 et du 8 juin 2020 déclarant sa demande de naturalisation irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 11 décembre 2019 :
3. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme C B, attachée principale d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau des décrets de naturalisation de la sous-direction de l'accès à la nationalité française, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne l'article 21-26 du code civil. Elle précise que l'intéressée, qui est consultante auprès de l'Union Africaine, n'exerce pas une activité professionnelle dans un organisme présentant un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française. Par suite, contrairement à ce que soutient Mme E épouse D, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
5. En troisième lieu, Mme E épouse D ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21-20 du code civil, cette disposition ne constituant pas le fondement de la décision contestée.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-16 du même code : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Aux termes de l'article 21-26 du même code : " Est assimilé à la résidence en France lorsque cette résidence constitue une condition de l'acquisition de la nationalité française : / 1° Le séjour hors de France d'un étranger qui exerce une activité professionnelle publique ou privée pour le compte de l'Etat français ou d'un organisme dont l'activité présente un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française () ". Aux termes de l'article 43 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Le préfet du département de résidence du postulant ou, à Paris, le préfet de police déclare la demande irrecevable si les conditions requises par les articles 21-15, 21-16, 21-17, 21-22, 21-23, 21-24 et 21-27 du code civil ne sont pas remplies () ". Et aux termes de l'article 48 du même décret : " () / Lorsque les conditions requises par la loi sont remplies, le ministre chargé des naturalisations propose, s'il y a lieu, la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies, il déclare la demande irrecevable () ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'une demande d'acquisition de la nationalité française n'est pas recevable lorsque l'intéressé n'a pas fixé en France, de manière stable, le centre de ses intérêts. Pour apprécier si cette dernière condition est remplie, l'administration peut notamment se fonder, sous le contrôle du juge, sur la durée de la présence du demandeur sur le territoire français, sur sa situation familiale et sur le caractère suffisant et durable des ressources qui lui permettent de demeurer en France. La circonstance que, lorsque la condition de résidence posée à l'article 21-16 précité n'est pas remplie, l'administration doive rejeter la demande de l'intéressé ne fait pas obstacle à ce que ce dernier puisse se prévaloir utilement devant le juge de l'excès de pouvoir de tout moyen de légalité externe et interne à l'encontre de la décision contestée.
8. Pour déclarer irrecevable la demande de naturalisation présentée par Mme E épouse D, le ministre de l'intérieur a estimé, dans sa décision du 11 décembre 2019, que les fonctions de consultante qu'elle exerce au service de l'Union Africaine ne constituent pas une activité professionnelle dans un organisme présentant un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française au sens des dispositions de l'article 21-26 du code civil.
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme E épouse D réside avec son époux et ses deux enfants en Ethiopie où elle exerce des fonctions de consultante auprès de l'Union Africaine et où son mari occupe les fonctions de chef d'unité de la gestion du patrimoine au sein de la commission de l'Union Africaine. Il ressort de l'acte constitutif de de l'organisation intergouvernementale Union Africaine conclu le 11 juillet 2000 à Lomé (Togo) que celle-ci s'est donnée pour objectifs notamment de " () réaliser une plus grande unité et solidarité entre les pays africains (),défendre la souveraineté, l'intégrité territoriale et l'indépendance de ses Etats membres, () promouvoir les positions africaines communes sur les questions d'intérêts pour le continent africain, ()promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent, ()promouvoir et de défendre les droits de l'homme et des peuples conformément à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, () promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l'activité humaine en vue de relever le niveau de vie des peuples africains, () coordonner et harmoniser les politiques entre les communautés économiques régionales existantes et futures en vue de la réalisation graduelle des objectifs de l'Union (). ". Si la France dispose de la qualité de membre observateur, elle ne participe toutefois pas aux actions mises en œuvre par cette organisation internationale, dans le respect des objectifs précités, au profit des seuls Etats membres, dans le cadre notamment de programmes globaux développés à l'échelle africaine. Par suite, les activités de l'Union Africaine ne peuvent être regardées, en elles-mêmes, comme présentant un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française au sens des dispositions précitées de l'article 21-26 du code civil. Par suite, le ministre de l'intérieur pouvait, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que l'intéressée n'avait pas fixé en France le centre de ses intérêts personnels, matériels et familiaux et déclarer irrecevable, pour ce motif, sa demande de naturalisation, en application des dispositions de l'article 21-16 du code civil.
10. En cinquième et dernier lieu, la décision par laquelle est déclarée irrecevable une demande de naturalisation n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît ce droit, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme inopérant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 11 décembre 2019 présentées par Mme E épouse D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 8 juin 2020 :
12. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme C B, attachée principale d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau des décrets de naturalisation de la sous-direction de l'accès à la nationalité française, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
13. En deuxième lieu, le rejet d'un recours administratif contre une décision motivée n'a pas à être lui-même motivé. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision du 1 décembre 2014 est suffisamment motivée. Dans ces conditions, Mme E épouse D ne saurait soutenir que la décision du 8 juin 2020 serait insuffisamment motivée.
14. En troisième lieu, Mme E épouse D ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21-20 du code civil eu égard au motif qui la fonde.
15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 9, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 21-26 du code civil et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
16. En cinquième et dernier lieu, la décision par laquelle est déclarée irrecevable une demande de naturalisation n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît ce droit, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme inopérant.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 8 juin 2020 présentées par Mme E épouse D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E épouse D, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme E épouse D la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2006186 et 2008612 de Mme G sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 20 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
M. Huin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le rapporteur,
F. A
Le président,
Y. LIVENAIS
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
2, 200861
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026