mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2020, Mme B A, représentée par
Me Emmanuelle Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet de Maine-et-Loire du 5 mars 2019 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, de prescrire à cette même autorité de lui délivrer, dans le même délai, une autorisation provisoire de séjour et de prendre, dans un délai de 2 mois, une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, ce qui démontre une absence d'examen de sa situation ;
- elle méconnait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 20 mai 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative. ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 novembre 2023 à partir de 14h15 :
- le rapport de M. C ;
- les observations de Me Pauline Obriot, substituant Me Leudet, représentant
Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est une ressortissante comorienne qui est née le 3 septembre 1998. A l'âge de 17 ans, elle a quitté le territoire de Mayotte pour entrer en France métropolitaine. Cette entrée est intervenue le 29 août 2016. Elle était en compagnie de sa mère et munie d'un document de circulation pour étranger mineur. Devenue majeure, elle a sollicité, le 18 novembre 2016, la délivrance d'une carte de séjour temporaire afin de poursuivre ses études en France. Par un arrêté du 23 mai 2017, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Mme A s'est maintenue en France et a, le 5 septembre 2018, saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant le bénéfice des dispositions alors inscrites au sein du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 5 mars 2019, dont Mme A demande au tribunal l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort de la motivation de l'arrêté du 5 mars 2019 que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A, le préfet de Maine-et-Loire a relevé qu'elle "n'est en France que depuis 2 ans, qu'elle n'établit pas être totalement dépourvue d'attaches familiales hors de France métropolitaine puisqu'elle déclare que ses parents ainsi qu'une sœur séjournent à Mayotte, qu'elle ne justifie pas d'une particulière insertion dans la société française, notamment, au regard de ses conditions de maintien sur le territoire et en dépit d'une mesure d'éloignement non exécutée et que sa vie familiale peut, sans obstacle, se poursuivre hors de France".
3. Un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'une ressortissante étrangère et s'il méconnait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité préfectorale d'apprécier notamment la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux conservés dans son pays d'origine.
4. Mme A, âgée de 20 ans et demi à la date de la décision attaquée, est célibataire et sans enfant. A défaut d'avoir exécuté d'elle-même l'obligation de quitter le territoire français qui a été prononcée à son encontre le 23 mai 2017, elle s'est maintenue irrégulièrement en France métropolitaine où elle ne séjournait que depuis deux ans et demi à la date de la décision en litige. Cependant, elle n'a jamais résidé aux Comores, son pays d'origine, puisque, jusqu'à son entrée régulière en France métropolitaine le 29 août 2016 au moyen du document de circulation pour étranger mineur expirant le 3 septembre suivant, qui lui avait été délivré par le représentant de l'Etat à Mayotte, elle a toujours séjourné dans ce département français. Certes, ses parents y résident chacun sous couvert d'une carte de résident en compagnie de la sœur mineure de Mme A, mais ses quatre autres frères et sœurs majeurs séjournent en France, et ont tous acquis la nationalité française. Ses deux frères vivent au Mans, Mme A ayant vécu chez l'un d'eux avant d'être prise en charge par l'une de ses deux sœurs, qui vit à Angers, son autre sœur vivant à Besançon. Or, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une personne ayant un lien familial aussi étroit que celui qui la relie aux personnes mentionnées ci-dessus séjournerait aux Comores, d'autre part, l'intéressée n'a jamais vécu dans ce pays. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme A pourrait bénéficier d'un titre de séjour l'autorisant à résider sur le seul territoire de Mayotte sur le fondement de l'article L. 832-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Ainsi, le refus de séjour en litige doit être regardé comme portant, dans les circonstances particulières de l'espèce, une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante au regard des buts de cette décision. Il suit de là que ce refus de séjour a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de Maine-et-Loire prise le 5 mars 2019 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale". Compte tenu de l'injonction prononcée ci-dessous, il n'est pas nécessaire de se prononcer explicitement sur les autres moyens soulevés pour contester la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Le présent jugement annule la décision refusant la délivrance, à Mme A, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au motif qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard à ce motif et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement de circonstances serait intervenu depuis la date de la décision annulée, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme A du titre de séjour dont elle a sollicité l'obtention. En conséquence, il y a lieu, en application de l'article
L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir le prononcé de cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme A n'est pas la partie perdante dans cette instance et a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de mille deux cents (1 200) euros toutes taxes comprises, à verser à Me Leudet, avocate de Mme A, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme par cette avocate vaudra renonciation de sa part au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de Maine-et-Loire prise le 5 mars 2019 à l'encontre de Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à Mme A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale".
Article 3 : L'Etat versera à Me Leudet la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Emmanuelle Leudet.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026