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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2006559

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2006559

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2006559
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMAMPOUMA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire respectivement enregistrés le 8 juillet 2020 et le 26 mars 2021, Mme B C épouse A, représentée par Me Mampouma, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé contre la décision du préfet de l'Oise du 19 novembre 2019 ayant rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de naturalisation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplit toutes les conditions requises afin d'obtenir la nationalité française : elle a le centre de ses intérêts matériels et de ses liens familiaux en France, elle a suivi ses études dans la ville de Caen et est titulaire d'une carte de résidente ; elle adhère aux principes et valeurs de la République, exerce une activité d'auto-entrepreneure et n'a jamais été condamnée ;

- sa seule situation doit être prise en considération, à l'exclusion de celle de son conjoint ; en outre ce dernier n'est pas fonctionnaire de l'Etat centrafricain ; elle est auto-entrepreneure, est à jour de ses cotisations auprès de l'URSSAF et est propriétaire d'un immeuble dans la ville de Clairoix dans l'Oise.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 19 novembre 2019, le préfet de l'Oise a rejeté la demande de naturalisation présentée par Mme B C épouse A, ressortissante centrafricaine. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire reçu le 11 janvier 2020, le ministre de l'intérieur a, par une décision expresse du 25 août 2020, qui s'est substituée à la décision du préfet de l'Oise, rejeté ce recours et confirmé le rejet de la demande de naturalisation formulée par l'intéressée. Par la présente requête, Mme C épouse A doit être regardée comme demandant l'annulation de cette dernière décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-16 du même code : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". L'article 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française dispose que : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte toutes les circonstances de l'affaire, notamment la situation familiale du demandeur.

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de naturalisation de Mme C épouse A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que cette dernière n'avait pas fixé en France, de manière stable, le centre de ses intérêts matériels et de ses attaches familiales dès lors que son conjoint, ministre des Finances en République centrafricaine, résidait à l'étranger et la prenait, pour l'essentiel, en charge financièrement, les ressources de la requérante, de source française, ne suffisant pas à assurer sa subsistance.

4. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que l'époux de Mme C épouse A était, à la date de la décision attaquée, ministre des Finances du gouvernement centrafricain et résidait en Centrafrique. Il ressort, au surplus, des pièces du dossier, et notamment des avis de situation déclarative à l'impôt sur les revenus de la requérante, que cette dernière a déclaré des bénéfices industriels et commerciaux annuels s'élevant à 3 500 euros au titre des revenus de l'année 2017, à zéro au titre de ceux de l'année 2016 et à 3519 euros au titre de ceux de l'année 2015. Par suite, le ministre de l'intérieur, qui a fait usage de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation sollicitée, a pu légalement rejeter la demande de naturalisation de Mme C épouse A pour le motif précité au point 3 du présent jugement et tiré du fait qu'elle n'avait pas fixé en France, de manière stable, le centre de ses intérêts matériels et de ses attaches familiales.

5. En dernier lieu, les circonstances invoquées par la requérante et relatives au fait qu'elle aurait suivi ses études dans la ville de Caen, qu'elle est titulaire d'une carte de résidente, qu'elle adhérerait aux principes et valeurs de la République, n'aurait jamais été condamnée et serait propriétaire d'un immeuble dans la ville de Clairoix dans l'Oise sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C épouse A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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