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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2006623

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2006623

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2006623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL MARY INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juillet 2020, M. A F, représenté par Me Mary, demande au tribunal:

1°) de signaler au procureur de la République, sur le fondement de l'alinéa 2 article 40 du code de procédure pénale, les délits commis par le préfet de la Seine-Maritime et par le ministre de l'intérieur au regard des dispositions de l'article 133-11 du code pénal ;

2°) d'annuler la décision du 7 février 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du préfet de la Seine-Maritime du 3 août 2018 rejetant sa demande de naturalisation ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles 133-11 et suivants ainsi que l'article 313-1 du code pénal ; la préfète de la Seine-Maritime ne pouvait mentionner sa condamnation de 1996, à supposer qu'elle existe, dans une décision administrative de 2018 sans méconnaître ces dispositions, mais également, dans une certaine mesure, le droit à l'oubli ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les faits reprochés sont anciens et d'une faible gravité ; il vit en France depuis de nombreuses années ; sa compagne et ses enfants sont français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

M. A F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mai 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant congolais, né le 28 juin 1971, a sollicité l'acquisition de la nationalité française auprès du préfet de la Seine Maritime qui, par une décision du 3 août 2018 a rejeté cette demande. Le 8 octobre 2018, l'intéressée a exercé un recours hiérarchique contre cette décision. Par une décision du 7 février 2019, dont

M. F demande au tribunal l'annulation, le ministre de l'intérieur a rejeté explicitement ce recours et a confirmé le sens de la décision préfectorale.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2005-850 du

27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre () et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale () ". L'article 3 du même décret prévoit que : " Les personnes mentionnées aux 1° et 3° de l'article 1er peuvent donner délégation pour signer tous actes relatifs aux affaires pour lesquelles elles ont elles-mêmes reçu délégation : 1° Aux magistrats, aux fonctionnaires de catégorie A et aux agents contractuels chargés de fonctions d'un niveau équivalent, qui n'en disposent pas au titre de l'article 1er () ".

3. Par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre suivant, Mme B, nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française le 29 septembre 2016, a accordé à Mme C D, attachée principale d'administration de l'Etat, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en application des dispositions de l'article 45 du décret du

30 décembre 1993 susvisé, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision par laquelle le ministre de l'intérieur rejeté le recours hiérarchique du requérant s'est substituée à la décision du préfet de la Seine-Maritime du 3 août 2018.

5. Il en résulte que le moyen tiré de ce que la décision du préfet de la Seine-Maritime du 3 août 2018 est illégale en ce qu'elle mentionne la condamnation dont il a fait l'objet est inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. " Aux termes de l'article 48 du décret

n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation (), il prononce le rejet de la demande. () ". Dans le cadre de cet examen d'opportunité, le ministre chargé des naturalisations peut légalement prendre en compte les éléments défavorables relatifs au comportement du postulant.

7. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. F le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé avait été l'auteur d'une agression sexuelle le 24 mai 1996.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été effectivement l'auteur, le 24 mai 1996 à Caen, de faits d'agression sexuelle avec contrainte, ayant donné lieu à un jugement du tribunal correctionnel de Caen du 15 janvier 1998, confirmé par un arrêt de la cour d'appel de Caen du 14 décembre 1998 et ayant entraîné une condamnation de l'intéressé à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis, assorti d'un délai d'épreuve de deux ans. L'intéressé fait valoir que ces faits ne pouvaient motiver la décision attaquée dès lors qu'il bénéfice de la réhabilitation prévue par les dispositions des articles 133-13, 313-1 et 313-16 du code pénal. Toutefois, en admettant même que, comme il le prétend, l'intéressé ait été bénéficiaire de la réhabilitation de plein droit prévue par le code pénal, cette circonstance n'entache pas la décision contestée d'une erreur de droit dès lors que celle-ci est fondée, non sur la condamnation pénale dont il a fait l'objet, mais sur les faits susmentionnés. Eu égard à la gravité de ces faits et au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur a pu, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de l'intéressée.

9. Les autres circonstances invoquées par le requérant sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est donc pas fondé à solliciter l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions tendant au signalement de délits auprès du procureur de la République :

11. Il résulte de ce qui a été exposé aux points 4 et 8 que le requérant n'est pas fondé à soutenir que, par la décision attaquée, qui s'est substituée à la décision préfectorale, le ministre de l'intérieur aurait méconnu les dispositions des articles 133-11 et suivants ainsi que l'article 313-1 du code pénal. Dès lors, ses conclusions tendant au signalement des délits invoqués ne peuvent qu'être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. F ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F, à Me Antoine Mary et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le rapporteur,

Y. E

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2006623

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