jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006769 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CADOUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 juillet 2020, 23 novembre 2020 et 19 octobre 2021, Mme C D épouse B, représentée par Me Cadoux, demande au tribunal ;
1°) d'annuler la décision du 21 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle dispose de toutes ses attaches en France où elle vit depuis seize ans et travaille en qualité d'aide-soignante, ayant été particulièrement engagée lors de la crise sanitaire, que la titularisation envisagée par son employeur présente un fort enjeu alors qu'elle est veuve avec deux enfants à charge, que la seule circonstance que le cabinet médical, auquel était rattachée la sage-femme qui l'a suivie pendant sa grossesse, mentionné sur l'acte de naissance de sa fille ne pratique pas d'accouchement ou d'hospitalisation ne suffit pas à renverser la présomption posée à l'article 47 du code civil, qu'elle n'a pas été informée des démarches de M. A en vue de faire reconnaître la paternité de sa fille dont le lien de filiation avec sa mère est au demeurant établi par la possession d'état civil et que sa fille, désormais majeure, ne pourra pas, en tout état de cause, bénéficier de l'effet dévolutif de sa naturalisation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'annulation doivent être regardées comme dirigées contre ses décisions des 19 décembre 2018 et 21 juin 2019 ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- à supposer qu'une injonction soit prononcée, le délai accordé ne saurait être inférieur à sept mois.
Par une décision du 12 juin 2020, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 19 décembre 2018, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation de Mme D, ressortissante camerounaise née le 22 juillet 1972. Par une décision du 21 juin 2019, il a rejeté son recours gracieux.
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale. Mme D doit ainsi être regardée comme demandant l'annulation de la décision initiale du 19 décembre 2018 et celle de la décision du 21 juin 2019 portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. " En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () " En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le postulant.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " () La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation de la requérante au motif qu'elle a produit, lors de la constitution de son dossier, un acte de naissance n° 31/2003 concernant son enfant G dont le caractère non-authentique, en raison de la présentation d'une fausse déclaration de naissance, est apparu lorsque M. A, ressortissant français, en a demandé la transcription sur le registre d'état civil du consulat général de France à Douala qui a procédé aux vérifications nécessaires auprès des autorités camerounaises.
6. Il ressort des pièces du dossier que le 17 novembre 2006, M. A, ressortissant français, a reconnu la fille de Mme D, née le 3 janvier 2003 au Cameroun et a sollicité, le 15 février 2007, la transcription de l'acte de naissance de l'enfant dans les registres d'état civil français auprès du consulat général de France à Douala. A cette occasion, une levée d'acte a permis d'authentifier l'acte de naissance de l'enfant mais a révélé que la déclaration de naissance effectuée par le " n°1 du cabinet médical annexe social de de New-Bell Jaoussa Douala " sur le fondement de laquelle l'acte de naissance a été dressé était fausse, ce cabinet médical ayant indiqué le 30 décembre 2009 ne pratiquer aucun accouchement ni aucune hospitalisation et ne pas disposer de registre de déclaration de naissance. La requérante a sollicité auprès du préfet de Saône-et-Loire en 2010 le regroupement familial au bénéfice de sa fille qui lui a été accordé par une décision du 23 juin 2011. Cette dernière a obtenu un visa pour rejoindre sa mère en décembre 2012 après, ainsi qu'il ressort du courrier du 20 juillet 2012 du consul général de France à Douala adressé au sénateur-maire de Mâcon, que les services consulaires aient procédé à l'authentification de l'acte de naissance de G. Il est constant que l'acte de naissance produit dans le cadre de l'instruction des demandes de transcription sur les registres d'état civil français, de regroupement familial et de naturalisation est identique.
7. Les explications apportées par Mme D relatives à son accouchement à domicile aidée par une sage-femme libérale rattachée au cabinet médical apparaissent cohérentes et la circonstance que ce dernier ne dispose pas de la déclaration de naissance adressée au centre d'état civil de New Bell (Douala II) ne suffit pas à établir que l'acte de naissance a été dressé sur la base d'une fausse déclaration. Par ailleurs, les services consulaires ont estimé en 2012 que l'acte de naissance était authentique afin de délivrer à l'enfant un visa de long séjour au titre du regroupement familial. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, opposer à Mme D la transmission à l'appui de sa demande de naturalisation d'un acte de naissance apocryphe s'agissant de sa fille G qui, en tout état de cause, ne pourra plus désormais bénéficier de l'effet collectif de la naturalisation de sa mère en raison de sa majorité.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation des décisions des 19 décembre 2018 et 21 juin 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement implique seulement qu'il soit de nouveau statué sur la demande de Mme D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre chargé des naturalisations de procéder à ce réexamen dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que son avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cadoux de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 décembre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté la demande de naturalisation de Mme D et la décision du 21 juin 2019 rejetant son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de Mme D dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Cadoux une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D épouse B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Cadoux.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Giraud, président,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
La rapporteure,
H. F
Le président,
T. GIRAUD
La greffière,
C. GENTILS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026