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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2006845

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2006845

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2006845
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2020, M. C B, représenté par

Me Murillo, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 août 2019 par laquelle le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de l'expiration de ce délai en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, ou à défaut, de procéder sous la même astreinte à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

11 décembre 2020.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien, né le 1 septembre 1991 à El Gharbeya (Egypte), a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 26 octobre 2014. L'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour du 2 mai 2016, notifié le jour même par la préfecture de Police de Paris. M. B a formulé une demande d'asile enregistrée le

22 décembre 2017 que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejetée par une décision du 16 mars 2018, notifiée le 11 avril suivant. L'intéressé n'a pas saisi la Cour nationale du droit d'asile à la suite du rejet de sa demande par l'OFPRA. Consécutivement, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris à l'encontre du requérant un arrêté portant obligation à quitter le territoire français le 16 mars 2018, notifié le 11 avril suivant. Interpellé et placé en garde à vue le 1er octobre 2018 pour des faits de faux et usage de faux, l'intéressé a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire sans délai, édicté le 1er octobre 218 par la Préfète de Seine-et-Marne, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. L'intéressé n'a pas déféré à ces mesures et s'est maintenu sur le territoire français. Par courrier du 14 janvier 2019, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en faisant valoir son PACS avec une ressortissante française. Sa demande a été instruite sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 30 août 2019 dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Sarthe a pris une décision portant refus de titre de séjour et a rappelé au requérant les termes de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français exécutoire du 1er octobre 2018 dont il faisait toujours l'objet.

2. En premier lieu, par un arrêté du 2 janvier 2019, publié au recueil des actes administratifs spécial n°72-2019-01-001 le même jour, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. A, nommé par un arrêté du ministre de l'intérieur du 27 octobre 2017 en qualité de directeur de la citoyenneté et de la légalité et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 7° de l'article L. 313-11, dont le préfet a fait application, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle rappelle en outre des éléments tirés de la situation personnelle et familiale de M. B. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par les forces de l'ordre, l'intéressé a déclaré, sans en justifier, être marié depuis 2014 avec une ressortissante égyptienne en situation régulière sur le territoire bulgare et qu'un enfant était né de cette union. L'intéressé se prévaut par ailleurs du PACS conclu le 14 janvier 2018 puis de son mariage le 6 avril 2019 avec une ressortissante française, sans faire état de la dissolution de sa précédente union. Dans ces conditions, au regard de cette situation de polygamie et du caractère en tout état de cause très récent des liens noués sur le territoire national, M. B, qui n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, ne peut se prévaloir de liens intenses et anciens sur le territoire national. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe a méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Murillo et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

Le rapporteur,

Y. D

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2006845

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