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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2006908

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2006908

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2006908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP CALVAR ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2020, M. A E et Mme F C, représentés par la SCP Calvar et Associés, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal en ce qu'elle classe en zone agricole les parcelles cadastrées section YI n°s 163 et 119 leur appartenant, situées sur le territoire de la commune de Treillères ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes Erdre et Gesvres de classer les parcelles cadastrées section YI n°s 163 et 119 en zone UBa ou UH ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Erdre et Gesvres une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les observations argumentées qu'ils ont présentées par un courrier électronique du 7 mai 2019 au cours de l'enquête publique, relatives au classement de leurs parcelles, n'ont pas été examinées ;

- le classement en zone agricole des parcelles YI n° 119 et n° 163, alors que celles-ci ne présentent aucun potentiel agronomique, biologique ou économique, s'agissant d'un territoire enclavé, et à proximité des habitations, relève de l'erreur manifeste d'appréciation, le seul aménagement urbain cohérent consisterait à classer les parcelles YI n° 119 et 163 en habitat diffus.

Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2021, la communauté de communes Erdre et Gesvres, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire a été enregistré pour les requérants le 30 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Marcault-Derouard, avocat des requérants, celles de Me Oueslati, avocate de la communauté de communes Erdre et Gesvres et celles de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 16 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a prescrit la révision du plan local d'urbanisme intercommunal. Par une délibération du 28 novembre 2018, le conseil communautaire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 15 avril 2019 au 24 mai 2019. Par une délibération du 18 décembre 2019, la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal, qui classe en zone agricole et en zone naturelle les parcelles cadastrées section section YI n°s 163 et 119 situées sur le territoire de la commune de Treillières dont M. E et Mme C sont propriétaires. Par un courrier du 17 février 2020, M. E et Mme C ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette délibération et en ont demandé l'annulation en ce qu'elle classe en zone agricole leurs parcelles. Ce recours a fait l'objet d'un rejet implicite. Les requérants demandent au tribunal d'annuler la délibération du 18 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet.

3. Ces dispositions n'imposent pas au commissaire-enquêteur de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique. En tout état de cause, les requérants ne justifient pas avoir présenté, dans un courrier électronique du 7 mai 2019 comme ils le soutiennent, ou par tout autre moyen au demeurant, des observations qui n'auraient pas été " examinées ". Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de leurs observations formulées au cours de l'enquête publique doit être écarté.

4. Aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section. ". L'article R. 151-22 du même code dispose que : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".

5. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.

6. Par ailleurs, il résulte des dispositions précédemment citées qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.

7. Aux termes du projet d'aménagement et de développement durables du PLUi d'Erdre et Gesvres : " Axe 1 : ménager un socle agricole et naturel en forte évolution, en adoptant un modèle de développement respectueux de l'environnement. / 1.1 Favoriser le développement d'Erdre et Gesvres vers des solutions moins consommatrices en espaces agricoles et naturels. / ) Modérer la consommation des terres agricoles à travers un urbanisme raisonné et économe en espace dans le respect des lois et documents supra-communaux en vigueur, et notamment : / - réduire la consommation des espaces agricoles, naturels et forestiers d'environ 35% par rapport à la consommation d'espace constatée sur la période précédente, / - permettre l'accueil a minima de 30% des objectifs de production de logements au sein de l'enveloppe urbaine en privilégiant le renouvellement urbain, l'utilisation des " dents creuses " et la densification des tissus bâtis, / - limiter les impacts sur l'activité agricole en privilégiant le développement où le contexte urbain est le plus opportun, / (). 4. Encadrer l'évolution des hameaux, écarts et sites d'activités isolés en définissant des marges d'évolution adaptées aux besoins et au contexte. / 4.1 Distinguer à l'échelle d'Erdre et Gesvres les hameaux constitués, pouvant accueillir un développement endogène, des écarts à limiter à une évolution du bâti existant. / ) En dehors des bourgs et des deux villages identifiés au SCoT (la Paquelais à Vigneux-de-Bretagne et la Ménardais à Treillières), limiter le développement aux espaces compris à l'intérieur des enveloppes urbaines. / ) Permettre une densification adaptée des hameaux constitués les plus importants, dans le respect des sensibilités environnementales et agricoles (risques, nuisances sonores, etc.) (). " .

8. Aux termes du rapport de présentation : " Objectifs poursuivis par le règlement relatif aux hameaux et habitations isolés en zone A " / La zone A () doit s'entendre comme étant une entité globale dont la vocation principale est agricole, ce qui explique que l'on puisse y trouver de l'habitat, des équipementsdès lors que le secteur présente principalement un caractère et des enjeux agricoles et que ces constructions ne remettent pas en cause l'exercice de l'activité agricole. / Le classement en zone A des écarts et bâtis isolés permet ainsi de mettre en avant le caractère agricole et rural de ces entités qui se situent toutes au sein de vastes zones agricoles et naturelles, et de mettre un terme au mitage de ces espaces. Ce classement ne se limite donc pas uniquement à une analyse du caractère agricole spécifique à la parcelle ou de son potentiel agronomique. / () Confirmer le caractère rural et agricole de ces entités bâties en limitant leur développement permet également de maîtriser des problématiques d'aménagement importantes liés au mitage. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle YI n°163 est classée en zone agricole, la parcelle YI n°119 étant classée en zone agricole dans son prolongement avec la parcelle YI n°163 et en zone naturelle pour sa partie s'étendant au nord-est. Ces deux parcelles se situent au sein d'un espace naturel qui s'ouvre lui-même à l'est sur un vaste espace naturel et agricole. Si un hameau se situe au sud-ouest, ces parcelles n'en font pas partie et en sont séparées par une bande de terrains non-bâtis. La proximité de ces maisons d'habitation, si elle fait obstacle à l'installation de certains bâtiments agricoles, notamment d'élevage, ne fait pas obstacle à l'exploitation, et notamment à la mise en culture, de la partie de ces deux parcelles qui est classée en zone agricole. La circonstance que la parcelle n°163 supporte une maison d'habitation n'est pas de nature à priver le tènement de tout potentiel agronomique, biologique ou économique compte tenu de ses caractéristiques naturelles et de l'environnement de celui-ci. Il ressort en outre clairement des partis d'urbanisme susmentionnés, ressortant tant du rapport de présentation que du PADD, que les auteurs du PLUi ont entendu mettre fin au mitage des espaces agricoles de la communauté de communes, y compris en classant des écarts et bâtis isolés en zone agricole pour préserver le potentiel agricole des secteurs présentant ce caractère. En outre, la circonstance que le patrimoine végétal avoisinant et notamment une haie de qualité située au sud de la parcelle YI n°119 ne sont pas répertoriés au patrimoine écologique à préserver n'est pas de nature à démontrer que le classement des deux parcelles en cause en zone agricole et en zone naturelle serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, les requérants n'établissent pas que les conditions d'accès et de circulation aux abords des parcelles feraient obstacle au passage d'engins agricoles. Enfin, les requérants ne contestent pas le bien-fondé du classement d'une partie de la parcelle n°119 en zone naturelle, ce terrain, végétalisé et arboré, présentant en tout état de cause le caractère d'un espace naturel. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le classement des parcelles YI n°s 119 et 163 en zone agricole ou en zone naturelle, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Si les requérants font valoir que seul un classement en zone UB ou Uh de la parcelle YI n°163 et d'une partie de la parcelle YI n°119 aurait été approprié, il ne ressort pas de l'office du juge de l'excès de pouvoir de se prononcer sur la question de savoir si eût été légalement possible un autre classement que celui qu'ont choisi de retenir, sans erreur manifeste d'appréciation, les auteurs du plan local d'urbanisme, compte tenu de leurs partis d'aménagement et de la configuration des lieux.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 18 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal d'Erdre et Gesvres.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme sur ce fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions que la communauté de communes présente également à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Erdre et Gesvres présentées sur le fondement de l'article L. 761-1du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et Mme F C et à la communauté de communes Erdre et Gesvres.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

C. DLe président,

A. B DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2006908

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