jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2006948 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBERLAND-POULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires respectivement enregistrées le 16 juillet 2020 et le 21 mars 2022, Mme B A épouse F, représentée par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 janvier 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé contre la décision du préfet de la Gironde du 2 juillet 2018 ayant ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et a confirmé cet ajournement, ensemble cette dernière décision préfectorale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision préfectorale :
- il n'est pas justifié de la compétence de son signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation, tant en fait qu'en droit, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article 36 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et de celles de la circulaire du 27 juillet 2010 sur la déconcentration de la procédure d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique ; il n'est pas justifié qu'une enquête de bonne moralité aurait été menée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; seule la nature de ses ressources a été prise en compte ;
- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ; elle n'a pas été entendue avant l'édiction de la décision attaquée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; la famille F reçoit un revenu mensuel de 2 410,69 euros ; elle bénéficie personnellement d'un salaire mensuel de 682,86 euros et d'une allocation de retour à l'emploi de 227,38 euros mensuels en moyenne ; si les revenus de son conjoint sont principalement constitués de prestations sociales, c'est en raison de son handicap.
En ce qui concerne la décision ministérielle :
- il n'est pas justifié de la compétence de sa signataire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation, tant en fait qu'en droit, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- elle sera annulée dès lors qu'elle n'a pas été entendue avant l'édiction de cette décision, ni avant l'adoption de la décision du préfet de la Gironde, en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit ; seule la nature de ses ressources a été prise en compte ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; la famille F reçoit un revenu mensuel de 2 410,69 euros ; elle bénéficie personnellement d'un salaire mensuel de 682,86 euros et d'une allocation de retour à l'emploi de 227,38 euros mensuels en moyenne ; si les revenus de son conjoint sont principalement constitués de prestations sociales, c'est en raison de son handicap.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- sa décision du 17 janvier 2019 s'étant substituée à celle du préfet de la Gironde du 2 juillet 2018, les conclusions dirigées contre cette dernière sont irrecevables ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Un mémoire produit pour Mme A épouse F et enregistré le 20 mars 2023 n'a pas été communiqué.
Par une décision du 12 mai 2020, Mme A épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Baufumé ;
- et les observations de Me Chamberland-Poulin, représentant Mme A épouse F.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 2 juillet 2018, le préfet de la Gironde a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme B A épouse F, ressortissante marocaine. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 17 janvier 2019, qui s'est substituée à la décision du préfet de la Gironde, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement ainsi prononcé. Par la présente requête, Mme A épouse F demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision du préfet de la Gironde du 2 juillet 2018 :
2. Aux termes de l'article 45 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française: " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. ".
3. Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du ministre en date du 17 janvier 2019 s'est substituée à la décision du préfet de la Gironde du 2 juillet 2018. Dès lors, les conclusions de l'intéressée tendant à l'annulation de cette dernière décision ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables et les moyens soulevés à l'encontre de cette décision sont inopérants et doivent être écartés.
Sur les conclusions d'annulation dirigées contre la décision ministérielle du 17 janvier 2019 :
4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susmentionné : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de l'insertion professionnelle du postulant ainsi que son degré d'autonomie matérielle, apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.
5. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme C a accordé à Mme D E, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux ainsi que signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'". Il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 17 janvier 2019, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme B A épouse F, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen de son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'elle a réalisé pleinement son insertion professionnelle dès lors qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes et stables. Ainsi, la décision mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
7. En troisième lieu, si en vertu de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dont la requérante invoque la méconnaissance, toute personne bénéficie du droit d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article par une autorité d'un Etat membre ne peut, en tout état de cause, être utilement invoqué.
8. En quatrième lieu, et à supposer que la requérante ait entendu soulever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 36 du décret susvisé du 30 décembre 1993 à l'encontre de la décision ministérielle, il ressort des pièces du dossier que la demande de naturalisation de Mme A épouse F a fait l'objet d'une enquête portant sur la conduite et le loyalisme de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait intervenue en l'absence d'enquête manque en fait et ne peut dès lors qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement des bulletins de salaire de Mme A épouse F au cours de l'année 2018 ainsi que de l'attestation de paiement de Pôle Emploi au titre des mois de mai, août, septembre et novembre 2018 ainsi que du mois de janvier 2019, qu'à la date de la décision attaquée, la requérante, titulaire d'un contrat à durée déterminée et à temps partiel, en qualité d'agent de service de collectivité, bénéficiait d'un salaire mensuel variable, à hauteur en moyenne de 456,77 euros et de versements de l'allocation de retour à l'emploi, pour un montant mensuel variable également, compris entre 87,54 euros et 452,29 euros. Dans ces conditions, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre, qui a bien procédé à un examen de la situation de l'intéressée, a pu légalement, et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de droit, considérer que Mme A épouse F n'avait pas réalisé pleinement son insertion professionnelle dès lors qu'elle ne disposait pas de ressources suffisantes et stables et ajourner, pour ce motif, la demande de naturalisation de l'intéressée.
10. En dernier lieu, s'il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement d'une décision de la maison départementale des personnes handicapées de la Gironde du 28 juillet 2016 qu'à la date de la décision attaquée, le conjoint de Mme A épouse F souffrait d'un handicap compris entre 50% et 80%, cette circonstance, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de son époux nécessite la présence quotidienne de l'intéressée à ses côtés, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée au regard du motif qui la fonde et qui est relatif à l'insertion professionnelle et au niveau des ressources de la requérante.
11. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A épouse F ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A épouse F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Chamberland-Poulin.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer premier conseiller.
Mme Baufumé, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La rapporteure,
A. BAUFUMÉ
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer
en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice
à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir
à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026