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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007232

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007232

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007232
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL GOMOT JOSSET HERMOUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2020, Mme B B, représentée par Me Josset, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2020 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent pour ce faire ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour implique l'annulation par voie de conséquence de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée de défaut de motivation ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique l'annulation par voie de conséquence de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2020, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Simon ;

- et les observations de Me Hermouet, substituant Me Josset, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise née le 24 mars 1995, est entrée régulièrement en France le 9 octobre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante, valable du 5 octobre 2018 au 5 octobre 2019. Le 2 décembre 2019, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par l'arrêté contesté du 3 juillet 2020, le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un tel titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Par jugement du

2 novembre 2020, le magistrat désigné du tribunal a renvoyé les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction y afférentes devant une formation collégiale du tribunal et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Plaisant, secrétaire général de la préfecture de la Vendée. Par arrêté du 30 avril 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 4 mai 2020, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux refus de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour sollicité par Mme B en qualité d'étudiante, le préfet de la Vendée s'est fondé sur les motifs tirés de ce qu'elle ne justifiait pas de ressources suffisantes ni du sérieux des études poursuivies.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études () porte la mention "étudiant" () ". La délivrance, sur le fondement de ces dispositions, de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonnée à la justification de la réalité et du sérieux des études, lesquels s'apprécient notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus choisi.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour l'année scolaire 2018/2019, Mme B a suivi une formation d'espagnol intermédiaire d'une durée de trente heures entre le 6 novembre 2018 et le 30 juin 2019 et d'un bachelor 1 au sein de l'établissement Ynov Informatique qu'elle n'a suivi que partiellement, sans obtenir aucun diplôme, et qu'elle s'est réorientée, pour l'année scolaire 2019/2020 en première année de droit à l'université de Nantes, année qu'elle n'a pas validée avec une moyenne de 5,92/20. Enfin, elle a été admise à l'institut de formation d'aides-soignants de la Roche-sur-Yon pour la rentrée 2020. En se bornant à invoquer son profil " littéraire " pour expliquer son échec en informatique et en invoquant sa réussite à l'examen d'entrée à l'institut de formation d'aides-soignants, elle ne justifie pas de l'existence d'un parcours d'études cohérent et ne conteste pas l'absence de progression dans ce parcours.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - Pour l'application du I de l'article L. 313-7, l'étranger qui demande la carte de séjour portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " doit présenter, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-1, les pièces suivantes : 1° La justification qu'il dispose de moyens d'existence, correspondant au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français ; () ". L'article 1er de l'arrêté du 31 décembre 2002 modifiant et complétant l'arrêté du 27 décembre 1983 fixant le régime des bourses accordées aux étrangers boursiers du Gouvernement français a fixé à 615 euros par mois le montant de cette allocation d'entretien.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a travaillé en 2019 en intérim auprès de la société Anro pour un total horaire de 1 107 heures pour un montant de 11 094,95 euros mais ne justifie pas avoir poursuivi en 2020 ces missions ponctuelles d'intérim avec cette société. En revanche, elle a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour des bulletins de salaire qui, lorsqu'ils sont lisibles, indiquent des missions ponctuelles d'intérim réalisées pour la société Synergie en mai, juin et juillet 2020 pour laquelle elle justifie avoir été rémunérée, pour celle de mai 2020, à hauteur de 1 292 euros. Eu égard à la formation qu'elle envisageait, Mme B ne justifie pas pouvoir poursuivre de telles missions d'intérim. Par ailleurs, elle ne justifie pas, par la production de ses relevés de compte comportant des dépôts d'espèces et des virements intitulés " virement de Mle B B " que sa tante, Mme C B, lui ait versé la somme globale de 830 euros d'avril à juin 2020, ni qu'une telle assistance, à la supposer avérée, soit pérenne eu égard notamment à la faiblesse des ressources de sa tante. Enfin, elle n'établit pas bénéficier de virements permanents de la part de ses parents d'un montant de 600 à 615 euros par mois en se bornant à produire ses relevés de compte pour les mois de décembre 2019 à février 2020, indiquant deux virements en décembre et en janvier d'un compte dont l'identité du titulaire n'est pas établie et un dépôt d'espèces de 600 euros en février 2020. Dans ces conditions, et malgré la circonstance que ses charges soient faibles en raison de son hébergement à titre gratuit par sa tante, Mme B, qui n'est pas boursière, ne démontre pas satisfaire à la condition de ressources énoncée au premier alinéa du I de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Vendée aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen ou commis une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard des articles L. 313-7 et R. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui opposant le caractère insuffisant de ses ressources et l'absence de sérieux de ses études.

9. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions mentionnées ci-dessus, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte y afférentes.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus de la requête de Mme B est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

P-E. SIMON

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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