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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007311

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007311

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDE ALMEIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juillet 2020, Mme A C épouse D, représentée par Me De Almeida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 octobre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision du préfet de Seine-Saint-Denis ajournant à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de l'admettre à la nationalité française à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de vingt jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C épouse D ne sont pas fondés.

Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse D, ressortissante tunisienne, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 29 avril 2019, le préfet de Seine-Saint-Denis a ajourné sa demande à deux ans. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a confirmé cet ajournement par une décision du 9 octobre 2019, dont Mme C épouse D demande l'annulation, au motif qu'elle n'a pas pleinement réalisé son insertion professionnelle puisque ses revenus sont actuellement constitués pour l'essentiel de prestations sociales.

2. En premier lieu, par une décision du 12 septembre 2019, publiée au Journal officiel de la République française le 14 septembre suivant, Mme B, nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre suivant, a accordé à M. Xavier Jégard, premier conseiller du corps des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, d'une part, a été prise sur le fondement des articles 45 et 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et, d'autre part, indique que les revenus de Mme C épouse D sont actuellement constitués pour l'essentiel de prestations sociales. Dès lors, elle comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant, ainsi que le caractère suffisant et durable des ressources lui permettant de demeurer en France.

5. Pour ajourner la demande de Mme C épouse D, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le fait que l'intéressée n'a pas réalisé pleinement son insertion professionnelle puisque ses revenus sont constitués pour l'essentiel de prestations sociales. Ce motif est au nombre de ceux que le ministre peut légalement retenir dans l'exercice de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation. Si Mme C épouse D se prévaut de son état de santé et de celui de son enfant qui ne lui permettraient pas de trouver un emploi, elle n'apporte au soutien de ses allégations que deux certificats médicaux rédigés en termes généraux et peu circonstanciés. Par ailleurs, si elle soutient, sans en apporter la preuve, que M. D a été condamné à lui verser une somme de 400 euros au titre de la contribution aux charges de mariage, cette circonstance ne suffit pas à établir que le ministre a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, la décision par laquelle est ajournée une demande de naturalisation n'est pas, par nature, susceptible de porter atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît ce droit, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté comme inopérant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C épouse D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse D, à Me De Almeida et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thierry, conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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