vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2007473 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBERLAND-POULIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2020, Mme A B, représentée par Me Chamberland-Poulin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours formé contre la décision du 27 juillet 2018 du préfet de la Gironde ajournant à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du préfet ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa demande afin de lui octroyer la nationalité française, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au profit de Me Chamberland-Poulin, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont révélatrices d'un défaut d'examen de sa situation ;
- la décision du préfet est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a été convoquée pour l'entretien préliminaire obligatoire, ni que l'administration a procédé aux enquêtes, lesquels sont prévus par l'article 36 du décret du 30 décembre 1993 et par la circulaire du 27 juillet 2010 ;
- les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont entachée d'erreur de droit dès lors que l'insuffisance de ses revenus est directement imputable au handicap dont elle souffre.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que ;
- la décision du 17 décembre 2018 s'étant substituée à la décision préfectorale du 27 juillet 2018, les conclusions dirigées contre cette dernière sont irrecevables ;
- les autres moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante sénégalaise, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 27 juillet 2018, le préfet de la Gironde a ajourné à deux ans cette demande en raison du caractère incomplet de son insertion professionnelle et de l'insuffisance de ses ressources. Mme B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Par une décision du 17 décembre 2018, celui-ci a confirmé la décision préfectorale au même motif, précisant en outre que son aptitude a été reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées et qu'elle peut exercer une activité professionnelle compatible avec son handicap. Mme B demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :
2. En vertu des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, la décision du ministre de l'intérieur prise sur le recours préalable obligatoire se substitue à la décision initiale de refus prise par l'autorité préfectorale. Ainsi, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être regardées comme uniquement dirigées contre la décision ministérielle du 17 décembre 2018 qui s'est entièrement substituée à la décision préfectorale du 27 juillet 2018 et les moyens tirés d'un vice propre de la décision préfectorale sont inopérants.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :
3. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme C a accordé à Mme D E, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux ainsi que signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait.
4. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée, laquelle n'avait pas à comporter l'ensemble des éléments de biographie personnelle invoqués par la requérante ni les fondements juridiques de l'ensemble de la procédure de demande de naturalisation, que le ministre de l'intérieur a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée et a suffisamment motivé sa décision en indiquant les éléments de fait et de droit sur lesquels elle se fonde. Mme B, en se bornant à indiquer que la décision ne fait pas état de sa résidence sur le territoire français depuis plus de trente-neuf ans, de la présence de ses cinq enfants de nationalité française et de sa bonne intégration, n'établit pas que l'administration n'aurait pas pris en compte un élément susceptible d'influer sur le sens de la décision contestée. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de sa situation doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 36 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française prévoit : " Toute demande de naturalisation () fait l'objet d'une enquête à laquelle procède l'autorité auprès de laquelle elle a été déposée (). / Cette enquête, qui porte sur la conduite et le loyalisme du postulant, est effectuée par les services de police ou de gendarmerie territorialement compétents. Elle peut être complétée par une consultation des organismes consulaires et sociaux. / L'autorité mentionnée au premier alinéa désigne les médecins des hôpitaux et dispensaires publics chargés, le cas échéant, d'examiner l'état de santé des postulants et de fournir le certificat qu'elle peut juger nécessaire pour l'instruction de la demande. ".
6. Contrairement à ce que soutient la requérante, une enquête a été menée par l'administration sur sa conduite et son loyalisme et il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre aurait dû procéder à un complément d'enquête. En outre, la requérante ne peut utilement invoquer la circulaire du 27 juillet 2010, laquelle ne comporte aucune interprétation de la loi différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure.
7. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () " La décision par laquelle l'administration statue sur la demande de naturalisation d'un ressortissant étranger d'un pays tiers n'entre pas dans le champ d'application du droit de l'Union européenne. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant, ainsi que le caractère suffisant et durable des ressources lui permettant de demeurer en France.
9. Pour ajourner la demande de naturalisation de Mme B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le fait que l'intéressée n'a pas pleinement réalisé son insertion professionnelle puisqu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes et stables, et qu'il apparaît que son aptitude a été reconnue par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, lui permettant ainsi d'exercer une activité professionnelle compatible avec son handicap. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des bulletins de paie produits par la requérante, que si elle travaille comme garde d'enfant à domicile, ses revenus salariaux mensuels sont de faibles montants. Enfin, pour établir que son état de santé aurait réduit sa capacité de travail, justifiant ainsi le faible montant de ses ressources, Mme B produit un certificat médical non daté indiquant notamment qu'elle souffre d'un essoufflement au moindre effort. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, alors même que la postulante souffre de problèmes de santé à l'origine d'une reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et de la réduction de ses possibilités d'obtenir ou de conserver un emploi, de la présence en France de ses enfants de nationalité française, et de sa résidence sur le territoire depuis plus de trente-neuf ans, le ministre, qui a fait usage de son large pouvoir d'accorder ou non la naturalisation demandée, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de l'intéressée.
10. En dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, s'il est constant que Mme B bénéficie de la reconnaissance du statut de travailleur-handicapé, elle n'établit pas que son handicap la contraint à réduire son temps d'activité professionnelle et donc sa rémunération salariale. Dès lors, le ministre a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit, se fonder sur l'insuffisance de ses ressources.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Chamberland-Poulin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Frelaut, première conseillère,
Mme Benoist, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
La rapporteure,
L-L. BENOISTLa présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026