jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2007622 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Magistrat : Mme CARO - R. 222-13 |
| Avocat requérant | ANGIBAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 juillet, 2 novembre, 13 novembre 2020 et 30 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Palvadeau, puis par Me Angibaud doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de réformer partiellement la décision du 3 janvier 2020 par laquelle la directrice Pôle emploi Nantes Centre lui a supprimer définitivement son allocation de solidarité spécifique en une suppression temporaire de six mois de celle-ci, à compter du 3 janvier 2020 ;
2°) d'enjoindre à la directrice de l'agence Pôle emploi Nantes Centre de procéder au remboursement rétroactif des allocations supprimées depuis le 4 juillet 2020.
Il soutient que :
- il est de bonne foi ; il a reconnu les faits reprochés, liés à l'absence de déclaration de ses déplacements à l'étranger et il a multiplié les démarches pour une création d'entreprise et pour retrouver un emploi ;
- la décision litigieuse méconnaît l'article 1er de la loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions du code de l'action sociale et des familles dès lors la sanction infligée par Pôle emploi est trop contraignante au regard de sa situation professionnelle et financière ;
- il est dans une situation financière précaire qui ne lui permet pas de rembourser sa dette : en réduisant ses ressources financières par la suppression définitive de son allocation spécifique de solidarité, Pôle emploi ne lui laisse pas un reste pour vivre suffisant lui permettant de subvenir à ses besoins vitaux et le prive ainsi d'avoir le droit à une vie décente ;
- la décision litigieuse est illégale en raison de la transmission par la caisse nationale des soins à l'étranger à Pôle emploi d'informations médicales le concernant, violant le secret médical, le secret professionnel et sa vie privée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2022, la directrice de Pôle emploi Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance n°2006925 du président de la 5ème chambre du Tribunal du 9 septembre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, allocataire de Pôle emploi depuis le 30 octobre 2003, percevait l'allocation de solidarité spécifique. Par une décision du 4 décembre 2019, Pôle emploi a informé M. C de son intention de prononcer à son encontre une radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six à douze mois ainsi que la suspension totale de son allocation et de la possibilité de lui infliger une sanction administrative. Parallèlement, une notification de trop-perçu au titre de l'allocation de solidarité spécifique indûment perçue entre juillet 2016 et juillet 2017 lui était par ailleurs adressée. Par une décision du 3 janvier 2020, la directrice de l'agence pôle emploi de Nantes lui a infligé une sanction pour fausse déclaration pour percevoir le revenu de remplacement et a procédé à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi à compter du même jour pour une durée de six mois et à la suppression définitive de ses allocations. M. C a formé le 20 janvier 2020 un recours administratif préalable à l'encontre de cette sanction, qui a été rejeté le 5 février 2020 par la directrice territoriale déléguée Nantes Ville, confirmant la radiation du requérant de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et la suppression de ses allocations. Le 25 mars 2020, M. C a saisi le médiateur régional de Pôle emploi Pays de la Loire. Par courrier du 19 mai 2020, le médiateur régional informait M. C que Pôle emploi maintenait la décision de sanction par laquelle il était radié pour une durée de six mois à compter du 3 janvier 2020 et ses allocations supprimées définitivement. Par la présente requête, M. C demande au Tribunal de réformer la décision du 3 janvier 2020 afin que la suppression de ses allocations soit réduite à six mois et de lui reverser de façon rétroactive les allocations dont il a été privées.
Sur l'étendue du litige s'agissant des conclusions à fin de réformation de la décision du 3 janvier 2020 de radiation de la liste des demandeurs d'emploi et portant suppression définitive des revenus de remplacement du requérant :
2. Par l'effet du recours administratif préalable, la décision de la directrice territoriale déléguée Nantes Ville du 5 février 2020 s'est substituée à celle de la directrice de l'agence pôle emploi de Nantes du 3 janvier 2020 qui a disparu de l'ordonnancement juridique. Dès lors, les conclusions de M. C doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 5 février 2020 de la directrice territoriale déléguée Nantes Ville.
Sur la sanction de radiation de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois et la suppression définitive des allocations :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi ". Selon l'article L. 5411-2 du même code : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription () Ils portent également à la connaissance de Pôle emploi les changements affectant leur situation susceptibles d'avoir une incidence sur leur inscription comme demandeurs d'emploi ".
4. Aux termes de l'article L. 5412-1 du code du travail : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui : / 1° Soit ne peut justifier de l'accomplissement d'actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi, de créer, reprendre ou développer une entreprise () ". Aux termes de l'article L. 5412-2 du même code : " Est radiée de la liste des demandeurs d'emploi, dans des conditions déterminées par un décret en Conseil d'Etat, la personne qui a fait de fausses déclarations pour être ou demeurer inscrite sur cette liste. ". L'article R. 5411-7 du même code dispose que : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures. ". Aux termes de l'article R. 5411-8 du même code : " Le demandeur d'emploi informe, dans un délai de soixante-douze heures, les services de Pôle emploi de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours et de tout changement de domicile ".
5. Aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ou à l'allocation de fin de formation prévue par l'article L. 5423-7 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources. ". Aux termes de l'article L. 5426-2 du code du travail : " Le revenu de remplacement est supprimé par Pôle emploi dans les cas mentionnés aux 1° à 3° de l'article L. 5412-1, à l'article L. 5412-2 et au II de l'article L. 5426-1-2. / Il est également supprimé en cas de fraude ou de fausse déclaration. Les sommes indûment perçues donnent lieu à remboursement ". L'article R. 5426-3 de ce code dispose : " Le directeur mentionné à l'article R. 5312-26 supprime le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 pour une durée limitée ou définitivement selon les modalités suivantes : / () 3° En cas de manquement mentionné à l'article L. 5412-2 et, en application du deuxième alinéa de l'article L. 5426-2, en cas d'absence de déclaration, ou de déclaration mensongère du demandeur d'emploi, faites en vue de percevoir indûment le revenu de remplacement, il supprime ce revenu de façon définitive. Toutefois, lorsque ce manquement est lié à une activité non déclarée d'une durée très brève, le revenu de remplacement est supprimé, en cas de premier manquement, pour une durée de deux à six mois et, en cas de manquements répétés, de façon définitive. / L'appréciation du caractère répété des manquements tient compte des nouveaux manquements constatés dans un délai de deux ans à compter du jour de la notification de la décision de radiation ou de suppression du revenu de remplacement concernant le premier manquement ".
6. Saisi de la sanction prononcée, le juge peut, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par Pôle Emploi, maintenir la sanction, la réformer ou l'annuler.
7. Il résulte de l'instruction que la directrice territoriale déléguée Nantes Ville a, par une décision du 5 février 2020, prise en application des dispositions citées aux points précédents, radié M. C de la liste des demandeurs d'emploi, pour une durée de six mois, et lui a supprimé définitivement ses allocations au motif qu'il avait communiqué des informations inexactes et omis de déclarer un changement dans sa situation en vue de percevoir les allocations.
8. En l'espèce, aux termes de ses écritures, M. C reconnaît avoir été absent du territoire français et avoir séjourné aux Etats-Unis de juillet 2016 à juillet 2017 et au Canada de mars 2015 à juin 2016. Il résulte à cet égard de l'instruction qu'ainsi qu'entre le 15 mars 2015 et le 3 août 2017, M. C totalisait une absence de sa résidence habituelle et du territoire français de 860 jours, soit plus de 2 ans et 4 mois. Or, M. C ne pouvait ignorer ses obligations déclaratives, dès lors que l'obligation d'informer, dans un délai de soixante-douze heures, les services de Pôle emploi de toute absence de sa résidence habituelle d'une durée supérieure à sept jours résulte de l'article R. 5411-8 du code du travail et que M. C s'est engagé, lors de sa demande d'inscription, à signaler tout changement dans sa situation. Il est donc constant et n'est d'ailleurs pas contesté que M. C n'a pas informé les services de Pôle emploi de son départ, alors même qu'il procédait régulièrement sur le site de Pôle emploi à des déclarations de situation mensuelle.
9. Dans ces conditions, la directrice territoriale déléguée Nantes Ville a pu, en application des dispositions précitées du code du travail, prononcer la radiation de M. C de la liste des demandeurs d'emploi pour une durée de six mois. Etant radié de la liste des demandeurs d'emploi, l'allocation de solidarité spécifique comme l'aide au retour à l'emploi ne pouvaient plus, en tout état de cause, lui être accordées à compter de sa radiation, en l'occurrence depuis la date du 3 janvier 2020. En outre, les faits reprochés à M. C doivent être regardés comme établis et comme constituant une fausse déclaration dans le but de percevoir indûment les allocations chômage pour la période en litige. Eu égard, à la nature du manquement reproché à M. C, Pôle emploi était légalement fondé, au regard des dispositions précitées du 3° de l'article R. 5426-3 du code du travail, à prononcer la suppression des allocations qu'il percevait. Si M. C fait notamment valoir qu'il s'agissait en partie de déplacements professionnels, Pôle emploi était en tout état de cause, fondé, pour le motif tiré de l'absence de déclaration par M. C de ses absences du territoire de prononcer la sanction attaquée. Eu égard à la réitération de ces omissions de déclaration, et à supposer même que ces absences auraient été justifiées par le projet professionnel de M. C, la bonne foi de celui-ci ne saurait en tout état de cause être retenue. M. C n'est donc pas fondé à demander la réformation des sanctions prononcées.
10. En deuxième lieu, la circonstance que l'intéressé rencontre, du fait de sa radiation temporaire de la liste des demandeurs d'emploi et des demandes de remboursement de trop-perçus, des difficultés d'ordre financier est sans incidence sur le bien-fondé de la décision en litige portant radiation des listes des demandeurs pour six mois à compter du 3 janvier 2020 et suppression des allocations. En outre, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait l'article 1er de la loi n° 98-657 du 29 juillet 1998 d'orientation relative à la lutte contre les exclusions du code de l'action sociale et des familles, dès lors qu'elle serait trop contraignante au regard de sa situation professionnelle et financière. Il en est de même de l'atteinte à sa vie alléguée par le requérant compte tenu de la transmission du document " Déclaration de soins reçus à l'étranger " par le centre national des soins à l'étranger de la caisse primaire d'assurance maladie du Morbihan au service de prévention des fraudes de Pôle emploi Pays de la Loire, intervenue dans le cadre légal de lutte contre la fraude aux prestations sociales, en application du premier alinéa de l'article L. 114-16-1 du code de la sécurité sociale.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la direction régionale de Pôle emploi Pays-de-La-Loire et au ministre du travail, du plein l'emploi et de l'insertion.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La magistrate désignée,
N. A
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
N°200762
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026