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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007798

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007798

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2020, M. D C, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir à son bénéfice les conditions matérielles d'accueil depuis la date de la décision litigieuse ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle ne procède pas d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- l'OFII ne démontre pas avoir procédé à un examen de sa vulnérabilité préalablement au prononcé de la décision contestée ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delohen a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né en 1999, est entré en France en 2018 et a déposé une demande d'asile à la préfecture de la Loire-Atlantique, enregistrée le 8 octobre 2018. Il a accepté à cette date, pour lui-même, les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). L'intéressé a été placé en " procédure Dublin " et un arrêté préfectoral a été pris à son encontre ordonnant sa remise aux autorités espagnoles, responsables du traitement de sa demande d'asile. Ce transfert n'a pas été exécuté. Par un courrier du 3 mars 2020, l'OFII a notifié à M. C son intention de suspendre ses conditions matérielles d'accueil au motif de sa non présentation aux convocations des autorités les 16 octobre et 21 novembre 2019. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 23 juin 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII a décidé cette suspension.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B, directrice territoriale de l'OFII. Par une décision du 1er janvier 2016, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2016, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme B à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, lesquelles relèvent des missions dévolues à la direction de Nantes telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'OFII qui prévoit, en son article 8, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, eu égard notamment aux motifs de la décision contestée, que la directrice territoriale de l'OFII a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de suspendre ses conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié, le 8 octobre 2018, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien sur sa situation, lequel n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens des dispositions, alors applicables, de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aucune disposition n'impose qu'il soit procédé à un nouvel entretien préalablement à la décision portant suspension du bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2015-925 du 29 juillet 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; (). ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

7. M. C ayant été admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 8 octobre 2018, il résulte de ce qui est énoncé au point précédent que sa situation doit être appréciée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction en vigueur avant le 1er janvier 2019.

8. Il ressort des pièces du dossier que, par un procès-verbal du 16 octobre 2019, la direction interdépartementale de la police aux frontières de la Loire-Atlantique a constaté que M. C ne s'était pas présenté à l'aéroport de Nantes-Atlantique pour son départ prévu le même jour à destination de Madrid, en vue de sa remise aux autorités espagnoles. Un tel constat a été renouvelé le 21 novembre 2019 lors de la seconde convocation de M. C à se présenter aux autorités pour sa remise aux autorités espagnoles. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été informé de ces convocations et n'a communiqué à l'autorité compétente aucun motif légitime d'absence. Si l'intéressé fait valoir que son état de santé ne lui permettait pas d'envisager un départ vers l'Espagne, il n'établit pas, ni d'ailleurs n'allègue, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans ce pays. Au demeurant, le médecin de l'OFII a identifié un niveau de vulnérabilité de 1 sur une échelle de 3, sans caractère d'urgence, circonstance ne faisant pas obstacle à la suspension des conditions matérielles d'accueil de l'intéressé. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Guilbaud et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

No 2007798

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