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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007986

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007986

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007986
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEGRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 août 2020 et le 20 octobre 2022, Mme B A, représentée par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2019 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande de naturalisation, ainsi que la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé le rejet de sa demande ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet de Loir-et-Cher ne lui a pas communiqué le compte-rendu de l'entretien d'assimilation mené le 7 octobre 2019, en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- il n'est pas établi que la décision du préfet de Loir-et-Cher du 9 décembre 2019 ait été prise par une autorité compétente ;

- elle remplit les conditions de recevabilité de sa demande de naturalisation ;

- les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision du préfet de Loir-et-Cher du 9 décembre 2019, à laquelle sa décision implicite s'est substituée, sont irrecevables ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 25 mars 2021.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet de Loir-et-Cher, qui l'a rejetée par une décision du 9 décembre 2019. Mme A a formé un recours hiérarchique contre cette décision par un courrier reçu le 27 février 2020. En l'absence de décision expresse prise par le ministre de l'intérieur sur ce recours, une décision implicite de rejet est intervenue à l'issue d'un délai de quatre mois à compter de cette date. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision du préfet de Loir-et-Cher du 9 décembre 2019 et de la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet de Loir-et-Cher du 9 décembre 2019 :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 visé ci-dessus, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique formé contre la décision du préfet de Loir-et-Cher du 9 décembre 2019 s'est substituée à cette décision. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale doivent être rejetées comme irrecevables, et que les moyens dirigés contre cette décision sont inopérants et doivent être écartés.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".

4. D'autre part, l'article 21-24 du code civil dispose : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française susvisé: " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ".

5. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, son assimilation à la société française, notamment son niveau de connaissance des principes de la République et de ses institutions, tel qu'il est révélé par l'entretien individuel prévu par l'article 41 du décret précité du 30 décembre 1993.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de naturalisation de Mme A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que les réponses apportées par l'intéressée, lors de l'entretien d'assimilation réalisé le 7 octobre 2019, témoignaient d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux règles de vie en société et aux principaux droits et devoirs conférés par la nationalité française.

7. Il ressort du compte-rendu de l'entretien d'assimilation mené par les services de la préfecture de Loir-et-Cher le 7 octobre 2019 que, si Mme A a justifié de son adhésion aux principes et valeurs de la République, elle n'a pas été en mesure de préciser l'événement à l'origine de la fête nationale ni de donner les dates de début et de fin de la seconde guerre mondiale ni les jours fériés commémoratifs des guerres mondiales, qu'elle n'a pas su définir le Parlement et le rôle de l'Assemblée nationale et du Sénat, citer le nom de l'actuel premier ministre ni indiquer le nombre de pays de l'Union européenne et décrire son drapeau. Si la requérante soutient qu'entrée en France à l'âge de trois ans, elle y a suivi toute sa scolarité et y a obtenu son baccalauréat en 2018, qu'elle poursuit ses études en alternance et assiste ses proches dans leurs démarches sur le territoire, elle ne remet pas sérieusement en cause le contenu de ce compte-rendu d'entretien qui révèle, malgré ces circonstances et une résidence en France depuis quinze ans, un niveau de connaissance insuffisant de l'histoire et du fonctionnement des institutions françaises et de la place de la France en Europe. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose de l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, le ministre de l'intérieur a pu rejeter la demande de naturalisation de Mme A pour le motif susmentionné sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En second lieu, compte tenu du motif de la décision attaquée, prise en application des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé, Mme A ne peut utilement soutenir que sa demande de naturalisation satisfait aux conditions de recevabilité posées par les articles 21-15 et suivants du code civil.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant sa demande de naturalisation.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Legrand.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 mai 2023.

La rapporteure,

V. C

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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