mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2008063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 août 2020 et le 15 octobre 2021, M. C D, représenté par Me Daumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Erdre et Gesvres une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération attaquée méconnaît l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, faute pour la communauté de communes de justifier de l'envoi d'une convocation dans le délai prévu et accompagnée d'une note de synthèse ;
- la délibération méconnaît les article L. 153-16 et L. 153-17 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas établi qu'ont été consultés la chambre des métiers, l'établissement public compétent en matière de programme local de l'habitat et l'autorité organisatrice des transports ;
- la délibération, compte tenu des insuffisances du rapport de présentation, méconnaît les articles L. 151-1 et suivants et R. 151-1 et suivants du code de l'urbanisme : le tome 1.1 du
rapport de présentation est particulièrement lacunaire en matière d'analyse de l'état initial de
l'environnement, comme l'illustre l'avis de la mission régionale d'autorité environnementale ; il ressort de plusieurs avis des personnes publiques associées que le plan de prévention des inondations n'a pas été suffisamment exposé et pris en compte dans les documents du plan ; il est également important de souligner l'avis particulièrement défavorable du centre régional de la propriété forestière Bretagne-Pays de la Loire, lequel est très critique quant à l'absence de tout diagnostic forestier dans le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) ;
- en méconnaissance de l'article R. 151-3 1° du code de l'urbanisme, le rapport de compatibilité entre le PLUi et les autres documents et plans applicables sur le territoire intercommunal n'a été appréhendé que sous le prisme du schéma de cohérence territoriale Nantes - Saint-Nazaire, et ce, en occultant les documents suivants : le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Loire-Bretagne, le schéma d'aménagement et de gestion des eaux Vilaine, le schéma d'aménagement et de gestion des eaux Estuaire Loire, le plan local de l'habitat Erdre et Gesvres, le plan de gestion des risques d'inondation Loire-Bretagne ;
- en méconnaissance de l'article R. 151-3 5° du code de l'urbanisme, les mesures envisagées pour éviter, réduire et compenser les incidences sur l'environnement sont largement inexistantes aux termes du tome 1.3 du rapport de présentation, tout comme l'analyse de ces incidences sur les secteurs autres que les sept sites identifiés par la communauté de communes ;
- les différents chiffres avancés aux termes du rapport de présentation en matière de consommation d'espaces sont incohérents ; concernant les espaces à urbaniser, le tome 1.2. relatif à la justification des choix annonce pas moins de trois chiffres différents en termes de potentiel d'urbanisation ;
- le classement de la partie est de la parcelle cadastrée YD n°267 située sur le territoire de la commune de Saint-Mars-du-Désert est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durable et se trouve entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la parcelle est située au sein d'un hameau urbanisé, n'est nullement dédiée à l'activité agricole, ni même située à proximité d'un siège d'exploitation, qu'elle fait partie d'un ensemble urbanisé composé des parcelles YD n°s 266 à 268, qu'elle avait été divisée en vue d'y construire une maison d'habitation, lotissement autorisé par un arrêté du 26 juin 2009, qu'elle est accessible par une voie privée carrossée et aménagée, en attente de viabilisation, tous les réseaux étant situés à proximité immédiate sur les parcelles cadastrées YD n°266 et 268, qu'elle jouxte des parcelles urbanisées à l'ouest, au sud et à l'est et est située à proximité de la route départementale n°9, ce classement a pour effet de créer une dent creuse, son classement en zone constructible serait compatible avec le schéma de cohérence territoriale de Nantes-Saint-Nazaire.
Par un mémoire, enregistré le 25 juin 2021, la communauté de communes Erdre et Gesvres, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Le 25 janvier 2023, un mémoire a été enregistré pour la communauté de communes Erdre et Gesvres.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'environnement ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Daumont, avocate de M. D,
- les observations de M. D,
- les observations Me Oueslati, substituant Me Rouhaud, avocat de la communauté de communes Erdre et Gesvres.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 16 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a prescrit la révision du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Par une délibération du 28 novembre 2018, le conseil communautaire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 15 avril 2019 au 24 mai 2019. Par une délibération du 18 décembre 2019, la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal, qui classe pour partie en zone agricole la parcelle cadastrée section YD n°267 située sur le territoire de Saint-Mars-du-Désert dont M. D est propriétaire. Le 18 février 2020, M. D a formé contre cette délibération un recours gracieux qui a fait l'objet d'un rejet implicite. Le requérant demande au tribunal d'annuler la délibération du 18 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, applicable en l'espèce en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Si la délibération concerne un contrat de service public, le projet de contrat ou de marché accompagné de l'ensemble des pièces peut, à sa demande, être consulté à la mairie par tout conseiller municipal dans les conditions fixées par le règlement intérieur. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ". La délibération attaquée fait état d'une convocation des conseillers communautaires à la séance du 18 décembre 2019 en date du 11 décembre 2019, le président de la communauté de communes attestant pour les besoins de la cause de l'envoi des convocations par voie postale le 11 décembre 2019, cette attestation faisant foi jusqu'à preuve du contraire. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conseillers communautaires se seraient plaint, au cours de cette séance à laquelle ils étaient tous présents à l'exception de trois d'entre eux, d'une absence de convocation ou de la tardiveté de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, applicable en l'espèce en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal ". Le défaut d'envoi, avec la convocation aux réunions du conseil municipal d'une commune de 3 500 habitants et plus, de la note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour prévue à cet article entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
4. Il ressort des pièces du dossier que la convocation du 11 décembre 2019 adressée aux conseillers communautaires par le président de la communauté de communes Erdre et Gesvres était accompagnée d'une note de synthèse portant sur les points mis à l'ordre du jour du conseil communautaire du 18 décembre 2019. Cette note rappelle la procédure d'élaboration du PLUi et les partis d'urbanisme retenus en citant les axes du projet d'aménagement et de développement durable, fait état des avis des personnes publiques associées et consultées, du déroulement et du bilan de l'enquête publique, en insistant sur les principaux points soulevés dans le rapport et les conclusions, les modifications apportées au règlement écrit, au règlement graphique, aux orientations d'aménagement et de programmation, aux annexes, au rapport de présentation. Par conséquent, le moyen tiré de ce que les conseillers communautaires auraient été insuffisamment informés de l'objet de la délibération attaquée avant la séance du conseil communautaire doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis : / 1° Aux personnes publiques associées à son élaboration mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 ; (). ". L'article L. 132-7 du même code dispose que : " L'Etat, les régions, les départements, les autorités organisatrices prévues à l'article L. 1231-1 du code des transports, les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de programme local de l'habitat, les collectivités territoriales ou les établissements publics mentionnés à l'article L. 312-3 du présent code, les établissements publics chargés d'une opération d'intérêt national ainsi que les organismes de gestion des parcs naturels régionaux et des parcs nationaux sont associés à l'élaboration des schémas de cohérence territoriale et des plans locaux d'urbanisme dans les conditions définies aux titres IV et V. / Il en est de même des chambres de commerce et d'industrie territoriales, des chambres de métiers, des chambres d'agriculture et, dans les communes littorales au sens de l'article L. 321-2 du code de l'environnement, des sections régionales de la conchyliculture. Ces organismes assurent les liaisons avec les organisations professionnelles intéressées. / (). "
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions portées au registre des délibérations du conseil communautaire, que les personnes publiques visées par les dispositions de l'article L. 132-7 du code de l'urbanisme, et notamment la chambre des métiers et les autorités en charge des transports, ont été associées à l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal et ont été invitées à formuler leurs avis sur le projet de plan arrêté. En outre, le rapport d'enquête publique fait état de la consultation des personnes publiques associées, au nombre desquelles figurent la chambre des métiers et le conseil départemental, ceux-ci ayant rendu un avis tacite réputé favorable. Si le requérant soutient que l'EPCI en charge du programme local de l'habitat n'a pas été consulté, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de consultation de plusieurs personnes publiques associées doit être écarté.
7. Le requérant se borne, pour soutenir que le rapport de présentation est insuffisant, à reprendre les critiques formulées par plusieurs personnes publiques associées dans leurs avis sur le projet de PLUi. Il n'indique toutefois pas en quoi ces insuffisances auraient pu avoir un impact sur les choix de zonage et de classement retenus par la communauté de communes, alors qu'il ressort des pièces du dossier que cette dernière a pris en compte ces remarques et a, suite à certaines d'entre elles, modifié le rapport de présentation ou d'autres documents du PLUi, notamment en ce qui concerne le risque d'inondation avec la prise en compte du plan de gestion des risques d'inondation. Au demeurant, il ressort des termes de l'avis formulé par l'autorité environnementale que celle-ci considérait que " l'état initial de l'environnement mériterait de développer de manière plus explicite la composition de la trame verte et bleue à l'échelle du PLUi et le travail d'identification et d'analyse des zones humides " et que " les cartes illustrant les résultats et les synthèses des travaux d'analyse du territoire devraient être restituées à un format qui en permettent une lecture pertinente à l'échelle communautaire ", sans pour autant considérer que ces documents mettaient la communauté de communes dans l'impossibilité de faire des choix suffisamment éclairés. Par ailleurs, s'agissement du boisement de la communauté de communes, le diagnostic territorial du rapport de présentation y consacre une partie, en listant les communes concernées par des boisements en plan simple de gestion et les communes concernées par des boisements dont les propriétaires ont adhéré au " code des bonnes pratiques sylvicoles ", en précisant le nombre et la surface des boisements concernés, ces éléments littéraux étant en outre illustrés par une carte figurant ces types de boisements ainsi que les boisements " autres ". Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de l'analyse initiale de l'état de l'environnement dans le rapport de présentation doit être écarté.
8. Aux termes de l'article R. 151-3 du code de l'urbanisme : " Au titre de l'évaluation environnementale lorsqu'elle est requise, le rapport de présentation : / 1° Décrit l'articulation du plan avec les autres documents d'urbanisme et les plans ou programmes mentionnés à l'article L. 122-4 du code de l'environnement avec lesquels il doit être compatible ou qu'il doit prendre en compte ; / () ". Il ressort des pièces du dossier que le PLUi décrit son articulation avec le schéma de cohérence territoriale Nantes - Saint-Nazaire, ce qui n'est pas contesté. Par ailleurs, la partie " évaluation environnementale " du rapport de présentation évoque également l'intégration du PLUi dans le plan de la directive territoriale d'aménagement Estuaire de la Loire, du schéma régional de cohérence écologique ainsi que du plan de gestion des risques d'inondation. Au titre de l'analyse des zones humides, le rapport de présentation prend en compte le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux Loire Bretagne ainsi que les schémas d'aménagement et de gestion des eaux Vilaine et Estuaire Loire. Enfin, le tome II " justification des choix " du rapport évoque le plan local de l'habitat. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 151-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.
9. L'article R. 151-3 du code de l'urbanisme dispose également que l'évaluation environnementale : " 5° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement.". Si le requérant soutient que les mesures envisagées pour éviter, réduire et compenser les incidences sur l'environnement sont " largement inexistantes " alors que l'évaluation environnementale du rapport de présentation procède à une évaluation des incidences du projet d'aménagement et de développement durable sur l'environnement et des mesures envisagées vis-à-vis des conséquences dommageables, à une évaluation des incidences des dispositions règlementaires, orientations d'aménagement et de programmation et choix stratégiques d'aménagement sur l'environnement et les mesures envisagées et à l'évaluation des sites de projet présentant des incidences notables pour l'environnement, " tout comme l'analyse desdites incidences sur les secteurs autres que les sept sites identifiés ", il n'assortit pas ce moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
10. Contrairement à ce que soutient le requérant, les observations de l'autorité environnementale sur les chiffres portant sur la consommation d'espaces ont été prises en compte par la communauté de communes, qui a modifié le rapport de présentation en conséquence. Si le requérant soutient qu'une incohérence persiste compte tenu de la pluralité de chiffres, le chiffre de 301,17 ha porte sur les zones à urbaniser AU constituées de surface en extension, tandis que le chiffre de 351,65 ha correspond au potentiel d'urbanisation comprenant l'ensemble des zones à urbaniser et que celui de 1 111 ha correspond aux zones à urbaniser figurant dans les documents d'urbanisme ayant précédé l'approbation du PLUi.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le rapport de présentation présenterait des insuffisances ou incohérences entachant d'illégalité l'approbation du PLUi d'Erdre et Gesvres.
12. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'urbanisme : " Sont compatibles avec le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale :
1° Les plans locaux d'urbanisme prévus au titre V du présent livre ; (). ". Pour apprécier la compatibilité d'un PLU avec un SCOT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.
13. Le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale (Scot) de Nantes - Saint-Nazaire prévoit de " contenir les villages et hameaux dans la limite de leur enveloppe urbaine ". A ce titre, il énonce que : " L'enveloppe urbaine correspond au périmètre à l'intérieur duquel le tissu bâti existant est en continuité et forme un ensemble morphologique cohérent. Elle tient compte de différents critères, notamment l'occupation du sol, les formes urbaines, la présence d'éléments paysagers et naturels, Ces espaces urbanisés concernent les espaces artificialisés à vocation résidentielle, économique ou commerciale ainsi que les villages et hameaux. Ils ne concernent pas les écarts et bâtis isolés. Le tracé de l'enveloppe urbaine respecte le parcellaire existant mais il doit parfois s'en libérer, par exemple, un fond de terrain situé clairement en dehors du tissu urbain. C'est au sein de cette enveloppe qu'est étudiée la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis. ". Le Scot prévoit ainsi de limiter le tracé de l'enveloppe urbaine au tissu bâti existant, la délimitation de ce tissu s'effectuant sur le fondement de différents critères, comme les limites parcellaires de parcelles bâties ou la prise en compte d'éléments naturels ou de la configuration des lieux. Il ressort du rapport de présentation et du règlement du PLUi que les auteurs de celui-ci ont décidé, en zone agricole, de tracer l'enveloppe urbaine au plus près du bâti existant, notamment en fixant, dans les hameaux et villages, une zone tampon de 25 mètres autour de ce bâti, en cohérence avec le PADD du Scot prévoit de " réduire fortement la consommation d'espaces agricoles, naturels et forestiers en extension de l'enveloppe urbaine " en, notamment " conten[ant] les villages et hameaux dans la limite de leur enveloppe urbaine ". Ces dispositions du PLUi, comme le zonage de la parcelle YD n°267 appartenant au requérant qui en constitue la mise en œuvre, ne présentent pas d'incompatibilité avec les orientations précitées du schéma de cohérence territoriale de Nantes - Saint-Nazaire. Par ailleurs, la circonstance que la parcelle du requérant serait en voie de viabilisation ne fait pas obstacle à son exclusion de l'enveloppe urbaine dès lors que le Scot admet seulement la possibilité que des terrains viabilisés et en cours d'aménagement soient inclus dans cette enveloppe. Par suite, à supposer que le requérant ait entendu soutenir que le plan local d'urbanisme intercommunal en litige est incompatible avec le Scot de Nantes - Saint-Nazaire à raison du zonage de la parcelle YD n°267, ce moyen doit être écarté.
14. Aux termes de l'article R. 151-17 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite, sur le ou les documents graphiques, les zones urbaines, les zones à urbaniser, les zones agricoles, les zones naturelles et forestières. / Il fixe les règles applicables à l'intérieur de chacune de ces zones dans les conditions prévues par la présente section. ". L'article R. 151-22 du même code dispose que : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".
15. D'une part, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
16. D'autre part, il résulte des dispositions précédemment citées qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
17. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.
18. Aux termes du projet d'aménagement et de développement durable du PLUi d'Erdre et Gesvres : " Axe 1 : ménager un socle agricole et naturel en forte évolution, en adoptant un modèle de développement respectueux de l'environnement. / 1.1 Favoriser le développement d'Erdre et Gesvres vers des solutions moins consommatrices en espaces agricoles et naturels. / ) Modérer la consommation des terres agricoles à travers un urbanisme raisonné et économe en espace dans le respect des lois et documents supra-communaux en vigueur, et notamment : / - réduire la consommation des espaces agricoles, naturels et forestiers d'environ 35% par rapport à la consommation d'espace constatée sur la période précédente, / - permettre l'accueil a minima de 30% des objectifs de production de logements au sein de l'enveloppe urbaine en privilégiant le renouvellement urbain, l'utilisation des " dents creuses " et la densification des tissus bâtis, / - limiter les impacts sur l'activité agricole en privilégiant le développement où le contexte urbain est le plus opportun, / (). 4. Encadrer l'évolution des hameaux, écarts et sites d'activités isolés en définissant des marges d'évolution adaptées aux besoins et au contexte. / 4.1 Distinguer à l'échelle d'Erdre et Gesvres les hameaux constitués, pouvant accueillir un développement endogène, des écarts à limiter à une évolution du bâti existant. / ) En dehors des bourgs et des deux villages identifiés au SCoT (la Paquelais à Vigneux-de-Bretagne et la Ménardais à Treillières), limiter le développement aux espaces compris à l'intérieur des enveloppes urbaines. / ) Permettre une densification adaptée des hameaux constitués les plus importants, dans le respect des sensibilités environnementales et agricoles (risques, nuisances sonores, etc.) (). ".
19. Le rapport de présentation du PLUi d'Erdre et Gesvres expose que : " Partie 2 : Justification des choix pour établir le PADD : / Encadrer l'évolution des hameaux, écarts et sites d'activités isolés en définissant des marges d'évolution adaptées aux besoins et au contexte. / La communauté de communes est constituée de très nombreux groupement bâtis ou bâtis isolés sur l'ensemble du territoire. Il s'agit, à travers le PLUi, de distinguer les hameaux constitués pouvant accueillir un développement endogène, des écarts à limiter à une évolution du bâti existant. / () Ainsi, au sein de ces hameaux constitués, les nouvelles habitations de tiers seront autorisées, mais le développement sera limité aux espaces compris à l'intérieur des enveloppes urbaines, contrairement aux bourgs et villages. Concernant les écarts, habitations isolées, etc., les possibilités d'évolution du bâti seront limitées et les nouvelles habitations de tiers ne seront pas autorisées. / () Partie 3 : Motifs de la délimitation des zones du PLUi : () Enveloppe urbaine des hameaux : méthodologie / () Dans le respect des objectifs du SCoT, le PLUi doit permettre de " contenir les villages et hameaux dans la limite de leur enveloppe urbaine ". Pour cela, l'enveloppe urbaine a été tracée au plus près du bâti existant, à partir d'une zone tampon de 25 mètres strict autour de chaque bâti (hors bâtiments légers de type hangar, abris de jardin, etc.). Deux cas distingués : / - Les unités foncières comprises entièrement au sein de cette zone tampon sont intégrées à l'enveloppe urbaine en suivant les limites parcellaires. / - Pour les unités foncières non comprises entièrement au sein de cette zone tampon (ex : parcelles en lanière), seule la partie située dans la zone tampon de 25 mètres est intégrée à l'enveloppe urbaine. / () Objectifs poursuivis par le règlement relatif aux hameaux et habitations isolés en zone A / La zone A () doit s'entendre comme étant une entité globale dont la vocation principale est agricole, ce qui explique que l'on puisse y trouver de l'habitat, des équipementsdès lors que le secteur présente principalement un caractère et des enjeux agricoles et que ces constructions ne remettent pas en cause l'exercice de l'activité agricole. / Le classement en zone A des écarts et bâtis isolés permet ainsi de mettre en avant le caractère agricole et rural de ces entités qui se situent toutes au sein de vastes zones agricoles et naturelles, et de mettre un terme au mitage de ces espaces. Ce classement ne se limite donc pas uniquement à une analyse du caractère agricole spécifique à la parcelle ou de son potentiel agronomique. / () Confirmer le caractère rural et agricole de ces entités bâties en limitant leur développement permet également de maîtriser des problématiques d'aménagement importantes liés au mitage. /".
20. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle YD n°267 appartenant au requérant, situé dans le hameau de la Potinarderie, qui a été identifié comme un hameau constitué par les auteurs du PLUi, a été classée pour partie en zone Uh et pour partie en zone agricole, s'agissant du fond de terrain situé à plus de 25 mètres du bâti existant. La circonstance que ce terrain ne soit pas exploité et qu'il ne se situe pas à proximité du siège d'une exploitation agricole ne fait pas obstacle à son classement en zone agricole dès lors que, non bâti et végétalisé et s'ouvrant au nord et à l'est sur un espace naturel et agricole effectivement exploité, il n'est pas dénué de potentiel agronomique, biologique ou économique, compte tenu de ses caractéristiques propres et de celles de son environnement. Il ressort en outre clairement des partis d'urbanisme susmentionnés, ressortant tant du rapport de présentation que du PADD, que les auteurs du PLUi ont entendu mettre fin au " mitage " des espaces agricoles de la communauté de communes, y compris en classant des écarts et bâtis isolés en zone agricole et, s'agissant des hameaux identifiés, au nombre desquels figure le hameau de la Potinarderie, en limitant l'enveloppe urbaine de ces hameaux à une limite de 25 mètres autour du bâti existant. Enfin, la circonstance que cette parcelle se trouve à proximité immédiate d'une voie publique accessible par une voie privée et des réseaux publics ne fait pas obstacle à son classement en zone agricole. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le classement en zone agricole d'une partie de la parcelle YD n°267, serait incohérent avec les axes précités du PADD du plan ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération du 18 décembre 2019 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal d'Erdre et Gesvres.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme sur ce fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions que la communauté de communes présente également à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Erdre et Gesvres présentées sur le fondement de l'article L. 761-1du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la communauté de communes Erdre et Gesvres.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. A de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La rapporteure,
C. BLe président,
A. A DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2008063
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026