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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008230

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008230

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDELVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 août 2020, M. A D, représenté par Me Delva, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juin 2020 par laquelle le directeur adjoint du quartier maison d'arrêt du centre pénitentiaire de Nantes l'a placé à l'isolement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que cette décision ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles R. 57-7-65 et R. 57-7-75 du code de procédure pénale, dès lors qu'aucune décision de levée du placement à l'isolement n'est intervenue entre les 16 mai et 18 juin 2020 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delohen,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, incarcéré au centre pénitentiaire de Nantes depuis le 16 mai 2020, au sein du quartier maison d'arrêt, a été placé à l'isolement par une décision du directeur adjoint de la maison d'arrêt en date du 17 juin 2020. Il demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-66 du code de procédure pénale, alors applicable : " Le chef d'établissement décide de la mise à l'isolement pour une durée maximale de trois mois () ". Aux termes de l'article R. 57-6-24 du même code, applicable au litige : " () Pour l'exercice des compétences définies par le présent code, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A () ".

3. La décision attaquée a été signée par M. C B, directeur adjoint du quartier maison d'arrêt du centre pénitentiaire de Nantes. Par une décision du 7 janvier 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire-Atlantique du 11 janvier 2019, la directrice du centre pénitentiaire de Nantes a donné délégation à M. B à l'effet de signer, notamment, les décisions de placement initial à l'isolement des personnes détenues. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-65 du code de procédure pénale, alors applicable : " En cas d'urgence, le chef d'établissement peut décider le placement provisoire à l'isolement de la personne détenue, si la mesure est l'unique moyen de préserver la sécurité des personnes ou de l'établissement. Le placement provisoire à l'isolement ne peut excéder cinq jours. / A l'issue d'un délai de cinq jours, si aucune décision de placement à l'isolement prise dans les conditions prévues par la présente sous-section n'est intervenue, il est mis fin à l'isolement () ". Aux termes de l'article R. 57-7-75 du même code de procédure, alors applicable : " L'hospitalisation de la personne détenue ou son placement en cellule disciplinaire sont sans effet sur le terme de l'isolement antérieurement décidé ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une mesure de placement provisoire en isolement à son arrivée au centre pénitentiaire de Nantes le 16 mai 2020. Le 20 mai 2020, la commission de discipline a décidé son placement en cellule disciplinaire à compter du même jour jusqu'au 18 juin 2020. En application des dispositions qui précèdent, la décision de placement provisoire à l'isolement avait pris fin le 21 mai 2020, sans que le placement de l'intéressé en cellule disciplinaire décidé par la commission de discipline ait eu d'incidence sur ce terme. Aussi, le directeur adjoint du quartier maison d'arrêt du centre pénitentiaire de Nantes pouvait, sans méconnaître ces dispositions, prononcer le placement à l'isolement de M. D par la décision attaquée du 17 juin 2020.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale, alors applicable : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office () ". Aux termes de l'article R. 57-7-62 de ce code, alors applicable : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire () ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code, alors applicable : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour décider de placer M. D à l'isolement, le directeur adjoint du quartier maison d'arrêt du centre pénitentiaire de Nantes s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé a commis, le 14 mai 2020, au centre pénitentiaire de Rennes où il était alors incarcéré, une prise d'otage d'un médecin du service médico-psychologique régional à l'aide d'une lame de rasoir. De plus, l'autorité administrative a retenu que de nombreux incidents disciplinaires ont émaillé le parcours carcéral de M. D, notamment des incendies de cellule les 6 janvier et 9 mars 2020, et que l'intéressé souffre de troubles psychologiques. Ces faits, dont la matérialité n'est pas contestée pas le requérant et qui sont au demeurant établis par les pièces versées au dossier, notamment par le compte-rendu d'incident du 14 mai 2020, sont de nature à caractériser un comportement violent et dangereux pour la sécurité des autres personnes détenues ainsi que du personnel pénitentiaire et des intervenants extérieurs. La circonstance qu'ils ont été commis dans d'autres établissements pénitentiaires que celui où était détenu l'intéressé et qu'ils ont pu servir à fonder la sanction disciplinaire prononcée à son encontre le 20 mai 2020 ne faisait pas obstacle à ce que l'administration se fonde sur ces mêmes motifs pour prendre la décision litigieuse. Enfin, si M. D fait valoir que son état de santé aurait dû conduire la direction à envisager une mesure alternative à l'isolement, il n'en justifie pas. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le directeur adjoint du quartier maison d'arrêt du centre pénitentiaire de Nantes aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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