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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008321

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008321

mercredi 13 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPFLIGERSDORFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 août 2020, et des mémoires, enregistrés les 11 juillet et 2 août 2023, M. C B, représenté par Me Olivier Pfligersdorffer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2020 par lequel le préfet de la Mayenne lui a ordonné, en application de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, la remise de son arme et de ses munitions ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui restituer l'arme et les munitions qu'il a remises à la gendarmerie ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2020, le préfet de la Mayenne demande au tribunal de rejeter les conclusions de la requête.

Il soutient :

- à titre principal, que la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'expose que des moyens insuffisamment précis ;

- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 13 juillet 2023, à partir de la laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.

La clôture de l'instruction à effet immédiat est intervenue le 11 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 à partir de 9h45:

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 16 juin 2020, pris sur le fondement de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, le préfet de la Mayenne a ordonné à M. C B la remise de son arme de défense de catégorie C3°, correspondant à un revolver de calibre 12/50, lanceur de balle en caoutchouc, qu'il avait acquise en juin 2018 et qui avait donné lieu à la remise d'un récépissé de déclaration, ainsi que de ses munitions. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision et qu'il soit enjoint à l'autorité préfectorale de lui restituer ces arme et munitions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'État dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Selon l'article L. 312-8 du même code : " L'arme et les munitions faisant l'objet de la décision prévue à l'article L. 312-7 doivent être remises immédiatement par le détenteur, ou, le cas échéant, par un membre de sa famille ou par une personne susceptible d'agir dans son intérêt, aux services de police ou de gendarmerie. () ".

3. Pour la mise en œuvre, par l'autorité préfectorale, des pouvoirs qu'elle tient des dispositions précitées de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure de décider la conservation d'armes et munitions pour une durée maximale d'une année, il lui appartient d'apprécier, au regard de l'ensemble des éléments dont elle dispose, si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'exercer un entier contrôle sur les décisions prises par l'autorité préfectorale en application de ces dispositions législatives.

4. Pour estimer que le comportement de M. B présentait un danger grave pour lui-même ou pour autrui et s'avérait dès lors incompatible avec la détention de ses arme et munitions, le préfet de la Mayenne a relevé que le rapport qui lui a été remis par les services de gendarmerie de Port-Brillet mentionnait que l'intéressé avait fait part, à plusieurs reprises, de ses intentions suicidaires, notamment lors de son audition du 25 mai 2020, et que si, dans une démarche préventive, les services de sécurité intérieure lui ont demandé de remettre son arme, il n'a pas obtempéré malgré plusieurs convocations.

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. Il peut ainsi écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées.

6. En premier lieu, le rapport évoqué dans la décision attaquée, établi par un officier de police judiciaire de la compagnie de gendarmerie départementale de Château-Gontier en Mayenne, mentionne que, lors de son audition du 25 mai 2020 effectuée dans le cadre d'une procédure d'enquête préliminaire pénale pour des faits d'injures, de diffamation et de menaces de violences suite à une plainte de voisins, M. B a fait état d'intentions suicidaires à plusieurs reprises et que lors de la venue des gendarmes à son domicile aux fins de lui remettre la convocation à cette audition, l'intéressé avait indiqué être "à bout psychologiquement et qu'il était facile pour lui de le faire, étant à jour de ses tests faisant l'objet du contrôle de la condition physique du militaire, faisant allusion au fait qu'il pouvait faire usage contre sa personne de son arme à feu lors de séances de tirs d'entraînements militaires". Le rapport relate par ailleurs de manière précise les circonstances dans lesquelles, malgré les demandes effectuées par les gendarmes à la suite de son audition du 25 mai 2020, l'intéressé n'a pas remis son arme et ses munitions.

7. D'une part, M. B ne conteste que la matérialité des propos relatifs aux intentions suicidaires qui lui sont imputés. Or, le rapport précité ne se borne pas à faire état de ces propos, mais relate, de manière précise, d'autres faits, qu'il ne conteste pas, mettant en cause son comportement sur la période couvrant la convocation à cette audition et le 13 juin 2020, date à laquelle l'intéressé a été, une nouvelle fois, vainement convoqué par la compagnie de gendarmerie départementale de Château-Gontier en Mayenne aux fins de remise de son arme et de ses munitions. D'autre part, à l'appui de sa contestation précitée, M. B se borne à indiquer que "ses paroles sont systématiquement déformées par les gendarmes" et "qu'il était harassé par ses voisins qui ne cessent de le harceler et qui eux cherchent visiblement à le pousser au suicide par leurs plaintes réitérées". Cependant, par cette simple argumentation, il ne peut être regardé comme étayant suffisamment ses allégations alors qu'il ne fournit aucune précision sur ce qu'il aurait exactement dit le 25 mai 2020 lors de son audition. Au regard de l'ensemble de ce qui précède, la décision attaquée ne peut être regardée comme reposant sur des faits entachés d'inexactitude matérielle.

8. En second lieu, comme cela a été précédemment relevé, pour prendre la décision en litige, le préfet de la Mayenne s'est appuyé sur les propres déclarations du requérant, dans le cadre de son audition du 25 mai 2020, qui ont révélé que l'intéressé avait des intentions suicidaires, et qu'il lui était aisé de recourir à des armes à feu, notamment lors d'entrainements de tirs militaires. Si le requérant produit des certificats médicaux datés des 29 juin 2020, 18 août 2020, 6 avril 2023 et 25 juillet 2023 attestant respectivement de son aptitude physique et mentale, de son aptitude à pratiquer le ball-trap, le tir sportif ainsi que l'absence de contre-indication à la détention d'armes à feu, seuls les deux premiers certificats permettent, compte tenu de la date à laquelle ils ont été établis, d'appréhender l'état de santé de M. B à la date de la décision attaquée, à laquelle s'apprécie sa légalité. Le certificat médico-administratif d'aptitude délivré le 29 juin 2020 par le service de santé des armées du ministère de la défense ne comporte aucune mention relative à l'état de santé mentale du requérant. Si le certificat médical du 18 août 2020 mentionne que M. B "ne présente en aucun cas un risque de mise en danger de la vie d'autrui ou d'atteinte à sa propre vie" et qu'"il est en pleine possession de l'ensemble de ses facultés mentales comme le bon suivi de son traitement et sa récupération physique le prouve", ce certificat a été rédigé, non pas par un médecin spécialiste en santé mentale, mais par un chirurgien ayant opéré l'intéressé en juin 2019 pour traiter sa pathologie de l'épaule. Dans ces conditions, les termes de ces certificats ne permettent pas de remettre sérieusement en cause les éléments circonstanciés au regard desquels le préfet de la Mayenne a estimé que le comportement de M. B présentait un danger grave pour lui-même ou pour autrui justifiant une mesure de conservation d'armes et lui a, par suite, ordonné la remise de son arme et de ses munitions en application des dispositions précitées du premier alinéa de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure. Pour les mêmes motifs, la demande d'expertise médicale afin de faire examiner M. B par un médecin psychiatre ne revêt, en tout état de cause, aucun caractère utile. Il n'y a dès lors pas lieu de faire droit à la demande d'expertise qu'il présente.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2020 par lequel le préfet de la Mayenne lui a ordonné la remise de ses arme et munitions en application de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure de sorte que ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Mayenne. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. B tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète de la Mayenne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2023.

Le rapporteur,

D. DLe président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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