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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008373

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008373

mardi 25 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008373
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 août 2020 et le 14 septembre 2022, M. D A, représenté par Me Thoumine, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juillet 2020 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 47 du code civil, le préfet de la Sarthe n'apporte aucun élément de nature à renverser la présomption d'authenticité posée par l'article 47 du code civil ;

- elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le requérant ne réside plus dans le département de la Sarthe ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Thoumine, avocate du requérant, en présence de celui-ci.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien se disant né le 20 décembre 2001, déclare être entré en France dans le courant du mois de mars 2018. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire le 14 mars 2018, puis dans le cadre d'une mesure de tutelle à compter du 24 avril 2018. Il a, le 18 octobre 2019, sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions, alors applicables, du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision du 17 juillet 2020 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; / ()."

3. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité au motif que différents éléments étaient de nature à mettre en doute l'authenticité des documents d'état civil produits et faisaient peser une incertitude sur la réalité de son état civil.

4. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision critiquée : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants ". L'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit, dans sa rédaction alors applicable, en son premier alinéa, que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Ce dernier article dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Ainsi, ces dispositions posent une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère.

5. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a présenté à l'administration un document se présentant comme un extrait du registre des actes de l'état-civil pour l'année 2001 de la circonscription d'état-civil d'Issia de la sous-préfecture d'Issia faisant état de sa naissance ainsi qu'un certificat de nationalité ivoirienne délivré par le tribunal de première instance de Daloa le 11 décembre 2017.

7. Pour établir le caractère irrégulier, falsifié ou inexact des documents en cause, le préfet de la Sarthe produit deux rapports simplifiés d'analyse documentaire de la police aux frontières du 16 janvier 2020. Le premier d'entre eux, relatif à l'extrait du registre d'état-civil, indique que le document présente un format inhabituel, les actes ivoiriens présentant en général un formalisme propre à la Côte d'Ivoire avec présence de mentions pré-imprimées et un fond d'impression en offset, le document étant entièrement réalisé en laser toner non-sécurisé, et ne respecte pas l'article 42 du code de l'état-civil ivoirien issu de la loi 99-961 du 14 décembre 1999. Le second d'entre eux, relatif au certificat de nationalité, indique qu'il s'agit d'un " document réalisé sur souche sécurisée supportant encore fluorescente, fibres fluorescente, fil de sécurité et micro-impression ", que le document fait référence un acte de naissance non recevable, qu'il ne peut pas être considéré comme un document d'état-civil dès lors qu'il ne relate que la nationalité de l'intéressé, reconnue pour et par les autorités du pays émetteur, et fait état de l'absence de légalisation sur le fondement du décret n°2007-1205 du 10 août 2007.

8. Toutefois, le préfet n'explicite pas en quoi le mode d'impression de mentions pré-imprimées de l'extrait d'acte de naissance est propre à établir l'irrégularité, l'insincérité ou l'inexactitude des documents présentés à l'appui de sa demande par M. A à l'effet de justifier de son identité, le rapport d'analyse se bornant à indiquer que les actes ivoiriens présentent " en général " des mentions pré-imprimées et un fond d'impression en offset. La teneur de l'article 42 du code de l'état-civil ivoirien issu de la loi 99-961 du 14 décembre 1999 ne ressort pas du dossier. Il n'incombe pas au tribunal de rechercher d'office cette teneur. L'absence de légalisation du certificat de nationalité, qui présente d'après le rapport simplifié d'analyse diverses sécurités, ne permet pas de renverser la présomption d'authenticité qui s'attache à ce document.

9. Il en résulte que M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a estimé qu'il ne justifiait pas de son identité dans les conditions prévues à l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision litigieuse du préfet de la Sarthe, motivée par l'absence de justification de son identité en application des dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est, ainsi, entachée d'une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. A dans un délai de deux mois suivant sa notification, par le préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressé, le préfet de la Sarthe faisant état de ce que M. A ne réside plus dans le département de la Sarthe.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Thoumine renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Sarthe du 17 juillet 2020 refusant de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Thoumine la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Thoumine renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Sarthe et à Me Thoumine.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2022.

La rapporteure,

C. C

Le président,

A. B DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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