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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008430

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008430

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL LEXCAP RENNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2020, l'association pour un avenir commun dans le bocage et l'association Notre-Dame-des-Landes Poursuivre-Ensemble, représentées par Me Delalande, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal ainsi que la décision implicite par laquelle le président de la communauté de communes a rejeté leur recours gracieux formé le 18 février 2020 contre cette délibération ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Erdre et Gesvres une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la procédure de concertation est entachée d'insuffisances, l'information fournie au public n'était pas en adéquation avec le projet adopté et les observations formulées au cours de la phase de concertation ont fait l'objet d'une prise en compte insuffisante tant au stade du bilan que de la prise de décision ; le bilan de la concertation ne donne aucune information substantielle sur les observations formulées par le public ; les réunions publiques ont été le seul moment où le public aura pu s'exprimer dans le nouveau contexte de l'abandon de projet aéroportuaire mais ces réunions ont été organisées comme des temps d'information et non d'élaboration ; la faible participation, l'absence d'écritures dans les registres " peuvent laisser penser un dysfonctionnement ", les contributions écrites de la période de concertation n'ont pas été analysées comme les observations de l'enquête publique, les documents de la concertation auraient dû être mis à jour avec les informations sur les prises de contact entre les habitants de l'ex-ZAD et les autorités ; ces différents éléments attestent de l'inadéquation de l'information fournie aux administrés dans le cadre de la concertation et de l'insuffisante prise en compte des propositions formulées par les citoyens tout au long de la procédure ;

- les observations relatives au devenir de l'ex-ZAD présentées au cours de l'enquête publique n'ont pas été prises en compte compte tenu de ce qu'il " n'existe aucune indication montrant leurs effets constructifs dans le PLUi élaboré " ;

- le rapport de présentation est insuffisant : le diagnostic agricole n'a pas pris en compte l'abandon du projet aéroportuaire ; il n'est fait référence qu'à quelques reprises dans le diagnostic à l'abandon de ce projet qui aurait nécessité un nouveau diagnostic ; le recensement des habitants de l'ex-ZAD a été incomplet ; le diagnostic agricole est emmaillé d'erreurs et d'insuffisances ; le contenu du rapport de présentation ne reflète pas la réalité du territoire et n'est pas actualisé ; il a contribué à la mauvaise information du public ;

- la délibération méconnaît les objectifs assignés les articles L. 101-2 du code de l'urbanisme et L. 111-2 du code rural: l'interdiction de reconstruire à l'identique les bâtiments démolis depuis plus de 10 ans dans l'ancienne ZAD n'est pas adaptée à la réalité du territoire ; les habitats de l'ex-ZAD devraient soit pouvoir être reconstruits, soit pouvoir être réhabilités ; le PLUi devrait prévoir des outils réglementaires adaptés aux modes particuliers d'habiter des habitants de l'ex-ZAD dont l'inventivité a été relevée par la commission d'enquête ; le PLUi est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale Nantes-Saint-Nazaire qui préconise d'accompagner les nouveaux modes d'habiter ; le PLUi ne prévoit pas suffisamment de réseaux de déplacements alternatifs à la voiture, et n'identifie ni ne protège les sentiers et cheminements doux mis en place dans l'ex-ZAD ; la carte des zonages A et N consiste en aplats trop massifs qui ne permettent pas l'articulation d'activités variées propices à un développement harmonieux des activités rurales du secteur ; l'habitat diffus renforce les pratiques agricoles vertueuses ; le PLUi ne se préoccupe pas de relier des activités agricoles et forestières aux activités de transformation artisanales de proximité ; le PLUi ne soutient pas l'habitat à faible empreinte écologique, il est en cela incohérent avec le schéma de cohérence territoriale ;

- le règlement du PLUi ne prévoit pas de dispositions suffisantes pour lutter contre le changement climatique, en méconnaissance de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire, enregistré le 19 novembre 2021, la communauté de communes Erdre et Gesvres, représentée par la SELARL Lexcap, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des associations requérantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Delalande, avocat des associations requérantes, et celles de Me Oueslati, avocate de la communauté de communes Erdre et Gesvres.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 16 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes Erdre et Gesvres a prescrit la révision du plan local d'urbanisme intercommunal. Par une délibération du 28 novembre 2018, le conseil communautaire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 15 avril 2019 au 24 mai 2019. Par une délibération du 18 décembre 2019, la communauté de communes Erdre et Gesvres a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Le 18 février 2020, l'association pour un avenir commun dans le bocage et l'association Notre-Dame-des-Landes Poursuivre-Ensemble ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette délibération. Ce recours a fait l'objet d'un rejet implicite. Les associations requérantes demandent au tribunal d'annuler la délibération du 18 décembre 2019 ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 103-4 du code de l'urbanisme : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. ". Selon l'article L. 103-6 du même code : " A l'issue de la concertation, l'autorité

mentionnée à l'article L. 103-3 en arrête le bilan. / Lorsque le projet fait l'objet d'une enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement, le bilan de la concertation est joint au dossier de l'enquête. ". Aux termes de l'article L. 600-11 de ce code : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. Les autorisations d'occuper ou d'utiliser le sol ne sont pas illégales du seul fait des vices susceptibles d'entacher cette délibération ou les modalités de son exécution. ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme (PLU) doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Le conseil municipal ou intercommunal doit, avant que ne soit engagée la concertation, délibérer, d'une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme, et, d'autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Ainsi que le prévoit l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme précité, les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du document d'urbanisme demeurent par ailleurs invocables à l'occasion d'un recours contre le PLU approuvé.

4. Par une délibération du 16 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres a fixé les modalités de la concertation, à savoir l'organisation de réunions publiques, la mise à disposition de l'état d'avancement du projet sur le site internet et dans le bulletin d'information de la communauté de communes ainsi que l'ouverture d'un registre d'observations au siège de la communauté de communes et dans chacune des mairies concernées. Il ressort en outre des pièces du dossier que la communauté de communes a mis en place d'autres modalités de concertation, outre celles susmentionnées, au nombre desquelles des balades urbaines, des ateliers thématiques et une exposition des documents du projet de PLUi.

5. Les associations requérantes ne contestent pas que ces modalités de concertation sont suffisantes au regard des exigences de l'article L. 103-4 du code de l'urbanisme, ni qu'elles ont été respectées. Si elles soutiennent que la faible participation aux réunions publiques et l'absence de mentions portées au registre " peu[ven]t laisser penser [à] un dysfonctionnement ", elles ne contestent pas que les réunions publiques annoncées ont été organisées avec une publicité suffisante ou que le registre prévu a bien été mis à disposition du public. Si ce registre n'a reçu aucune observation, la communauté de communes a été destinataire de plus de 800 observations écrites par courrier. Par ailleurs, la circonstance que les observations formulées au cours de la phase de concertation, les requérantes admettant par là-même que celle-ci a bien donné lieu à une participation du public, n'auraient pas été suffisamment prises en compte, de l'avis des requérantes, dans les phases ultérieures l'élaboration du PLUi n'est pas de nature à caractériser une insuffisance ou une méconnaissance des modalités de concertation arrêtées par la communauté de communes. En outre, si l'article L. 103-6 du code de l'urbanisme dispose qu'un bilan de la concertation est réalisé à l'issue de la concertation, il n'impose pas d'analyser chacune des observations présentées lors de celle-ci. Par ailleurs, si le projet aéroportuaire a été abandonné par les services de l'Etat durant la période de concertation, un second débat sur les orientations du projet d'aménagement et de développement durables a eu lieu le 27 juin 2018 afin de tirer les conséquences de cet abandon, de sorte que le projet de PADD mis à disposition du public a été mis à jour et que les douze réunions publiques postérieures à l'annonce de cet abandon ont permis d'évoquer celui-ci. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de la procédure de concertation doit être écartée.

6. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire

enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de

l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet

du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier

d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions et contrepropositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable

du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire

enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions

motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au

projet () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les observations présentées par les associations requérantes au cours de l'enquête publique ont bien été portées au registre d'enquête, ce que ne contestent d'ailleurs pas les requérantes. La seule circonstance que celles-ci estiment que ces observations n'ont pas eu d'effet sur le PLUi effectivement arrêté n'est pas de nature à entacher d'illégalité la procédure d'enquête publique. Elle n'est notamment pas de nature à établir que ces observations n'auraient pas été prises en compte, la commission d'enquête n'étant pas tenue de donner son avis sur chacune des observations présentées mais seulement d'analyser lesdites observations et de motiver de façon suffisante son avis.

8. Aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'environnement, dans sa rédaction applicable à la délibération attaquée : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. / En zone de montagne, ce diagnostic est établi également au regard des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles. / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'approbation du plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. / Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. ".

9. Les requérantes soutiennent que le rapport de présentation, et notamment son diagnostic, prend insuffisamment en compte l'abandon du projet aéroportuaire dont l'emprise concernait les communes de Notre-Dame-des-Landes et dans une moindre mesure de Vigneux-de-Bretagne et de Grandchamp-des-Fontaines et que cet événement aurait dû entraîner la réalisation d'un nouveau diagnostic. D'une part, l'importance urbanistique de l'abandon de ce projet doit être mise en perspective avec la portée et les enjeux du PLUi d'Erdre et Gesvres, qui concerne 12 communes, couvrant plus de 500 km² et accueillant plus de 60 000 habitants, ainsi qu'avec l'objet du rapport de présentation, et singulièrement de son diagnostic, qui est rappelé ci-dessus. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le diagnostic du rapport de présentation indique dans sa partie " 1.2.1 Des protections sur une partie des espaces agricoles " qu'une zone agricole protégée (ZAP) de 2 481 ha est en projet sur le territoire de Notre-Dame-des-Landes pour protéger durablement l'usage agricole de ces terres, concurrencées par des phénomènes consommateurs d'espaces liés à la périurbanisation, et identifie avec précision les bâtiments démolis dans le cadre de ce projet et ceux qui parmi eux pourront faire l'objet d'une reconstruction. Le diagnostic fait également état de ce que le réseau bocager est préservé sur l'emprise du projet aéroportuaire abandonné. Par ailleurs, l'absence dans le diagnostic de " recensement " des personnes habitant sur cette emprise, que les requérantes évaluent à 150 maximum, n'est pas de nature à établir que les besoins en logement auraient été mal diagnostiqués, compte tenu du faible nombre de personnes concernées, de ce que le rapport de présentation pose comme enjeu de proposer une offre en logements correspondant aux besoins des ménages, parmi lesquels figurent nécessairement les ménages résidant sur le site de l'ancien projet d'aéroport et de ce que, de surcroît, le diagnostic fait précisément état des bâtiments démolis sur cette emprise, de sorte que les besoins inhérents à ce secteur ont bien été pris en compte.

10. Les requérantes critiquent enfin le diagnostic agricole, qui présenterait l'agriculture biologique comme un type de production alors qu'il s'agit d'une production transversale, que les projets agricoles du site de l'ancien projet d'aéroport ne sont pas mentionnés, et qui s'appuie sur un diagnostic de la chambre d'agriculture " hors-sol répondant au fantasme d'une agriculture à visée exportatrice ". Toutefois, ces arguments, s'ils critiquent les modalités de présentation du diagnostic, ne sont pas de nature à caractériser une insuffisance de celui-ci, sur son versant agricole, dans la mesure où le document décrit avec suffisamment de précisions, qu'il s'agisse des territoires ou des filières concernées, l'activité agricole réalisée sur le territoire de la communauté de communes.

11. Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : 1° L'équilibre entre : a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; b) Le renouvellement urbain maitrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux ; c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; () 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes d'habitat, d'activités économiques, touristiques, sportives, culturelles et d'intérêt général ainsi que d'équipements publics et d'équipement commercial, en tenant compte en particulier des objectifs de répartition géographiquement équilibrée entre emploi, habitat, commerces et services, d'amélioration des performances énergétiques, de développement des communications électroniques, de diminution des obligations de déplacements motorisés et de développement des transports alternatifs à l'usage individuel de l'automobile ; / () 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ; / 7° La lutte contre le changement climatique et l'adaptation à ce changement, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'économie des ressources fossiles, la maîtrise de l'énergie et la production énergétique à partir de sources renouvelables ; () ". Ces dispositions imposent seulement aux auteurs des documents d'urbanisme d'y faire figurer des mesures tendant à la réalisation des objectifs qu'elles énoncent. Il en résulte que le juge administratif exerce un simple contrôle de compatibilité entre ces documents et les dispositions de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

12. Les associations requérantes soutiennent que l'absence dans le PLUi de dispositions liées à l'habitat rural, en soutien des petites exploitations agricoles indispensables à la transition écologique présentes sur le site de l'ancien projet aéroportuaire, méconnaît ces dispositions. Toutefois, le PADD du PLUi prévoit en son point 4.2 une évolution mesurée de l'habitat isolé en extension ou à proximité immédiate de constructions et d'autoriser ponctuellement le changement de destination de constructions présentant un intérêt architectural et patrimonial. Ces possibilités limitées d'urbanisation en zone rurale sont d'ailleurs conformes à l'objectif d'utilisation économe des espaces naturels, de préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et de protection des sites, des milieux et paysages naturels énoncé à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme précité. Par ailleurs, l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme ne prévoit pas que les documents d'urbanisme puissent déroger à la condition de délai de dix ans dans lequel un bâtiment démoli peut être reconstruit à l'identique. En tout état de cause, limiter les possibilités de construction, sur le site de l'ancien projet aéroportuaire, aux bâtiments démolis il y a moins de dix ans, ne caractérise pas une incompatibilité du PLUi avec les objectifs susmentionnés.

13. Si les associations requérantes font également grief au PLUi de ne pas avoir recensé et valorisé les modes d'habiter originaux développés, selon elles, sur le site de l'ancien projet aéroportuaire, les objectifs suscités, s'ils portent notamment sur " la diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes d'habitat ", n'imposent pas pour autant le maintien ou le développement de modes d'habitat " originaux ". Par ailleurs, les associations requérantes ne font pas état de dispositions précises du PLUi qui feraient obstacle à la mutualisation des équipements, ni à l'habitat partagé, léger ou mobile, qu'elles citent comme des modes d'habiter originaux, dans toutes les zones du règlement du PLUi. Enfin, l'absence sur le site de l'ancien projet aéroportuaire d'une ou plusieurs orientations d'aménagement et de programmation ou de secteurs de taille et de capacité d'accueil limité, dont la délimitation n'est, s'agissant de ces derniers, aux termes de l'article L. 151-13 du code de l'urbanisme, qu'une possibilité à titre exceptionnel pour les auteurs du document d'urbanisme, ne caractérise pas une incompatibilité de celui-ci avec les dispositions précitées.

14. L'axe 3 du PADD vise " une part modale des déplacements solos en voiture inférieure à 50 % et augmenter de l'ordre de 20 % la part des modes actifs en 2030 ", ainsi que la recherche " à travers la répartition du développement et les choix d'aménagement à toutes les échelles à favoriser les déplacements en modes actifs (marche, vélo, etc.), en transport collectif et en mode de déplacements partagés (covoiturage, etc.), afin de contribuer à la réalisation des objectifs du plan global de déplacements ", et la poursuite de " l'aménagement d'itinéraires cyclables et piétons continus et sécurisés afin d'accompagner les changements de pratiques vers l'utilisation des modes actifs ". Ces orientations se traduisent dans le règlement du PLUi par la mixité des fonctions au sein de mêmes zones afin de limiter les nécessités de déplacement, par le maintien et la création d'aires de covoiturage et de circulations douces et par la création de pôles multimodaux. Dans ces conditions, les associations requérantes ne sont pas fondées à soutenir que le PLUi d'Erdre et Gesvres n'est pas compatible avec l'objectif de diminution des obligations de déplacements motorisés et de développement des transports alternatifs à l'usage individuel de l'automobile cité ci-dessus.

15. Si les associations requérantes soutiennent que " la carte des zonages A et N consiste en aplats trop massifs qui ne permettent pas l'articulation d'activités variées propices à un développement harmonieux des activités rurales du secteur ", cet argument n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Si les associations requérantes semblent ainsi à nouveau déplorer la limitation des possibilités de construire en zone agricole, qui ne résulte au demeurant pas de l'importance des zonages " agricole " et " naturel ", il a été dit au point 12 que cette constructibilité limitée est conforme aux objectifs énoncés à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme précité.

16. Enfin, s'agissant de l'objectif de " lutte contre le changement climatique et l'adaptation à ce changement ", les associations requérantes relèvent dans le règlement du PLUi, d'une part la présence de dispositions favorisant les zones d'activités économiques, les résidences secondaires et les piscines privées ou portant atteinte à la protection environnementale, dans les orientations d'aménagement et de programmation et les emplacements réservés, et singulièrement des haies. Toutefois, en ne citant pas les dispositions concernées, et en n'explicitant pas leurs conséquences, les requérantes ne démontrent pas que le PLUi serait incompatible avec cet objectif. Par ailleurs, l'absence dans le règlement du PLUi de dispositions visant spécifiquement à favoriser " une agriculture moins carbonée " et l'éco-construction n'est pas davantage de nature à caractériser une telle incompatibilité.

17. Il résulte de ce qui précède que l'incompatibilité invoquée du plan local d'urbanisme en litige avec le principe d'équilibre énoncé par les dispositions précitées de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

18. L'article L. 131-4 du code de l'urbanisme dispose que : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / () 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 ; () ". Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

19. Le document d'orientations et d'objectifs du Scot de Nantes - Saint-Nazaire dispose : " Accompagner les nouveaux modes d'habiter. / En encourageant de nouvelles formes d'habiter, il s'agira de tenir compte des attentes sociales de plus en plus diverses. / L'habitat participatif pourra être développé sur le territoire métropolitain. Ce mode d'habitat réunit des habitants ayant décidé de mutualiser leur ressource pour concevoir, réaliser et financer ensemble leur logement, au sein d'un bâtiment géré collectivement par une société dont ils sont fondateurs. / Les différents modes de colocation pourront être développés sur le territoire. / L'habitat évolutif pourra se développer. Il s'agira de réfléchir au développement d'une offre de logement plus modulable, qui peut évoluer tout au long de la vie selon l'évolution des besoins (naissance, décohabitation, monoparentalité,). ". Si le PLUi d'Erdre et Gesvres ne comprend pas de dispositions visant spécifiquement au maintien des " nouveaux modes d'habiter " mis en œuvre sur le site de l'ancien projet aéroportuaire, ce document n'en est pas pour autant incompatible avec le Scot de Nantes - Saint-Nazaire, compte tenu du degré de précision des dispositions précitées et de ce qu'il n'est pas allégué que le PLUi ferait obstacle à l'habitat participatif, tel qu'il est défini ci-dessus, à la colocation ou à " l'habitat évolutif ".

20. Si le DOO du Scot indique dans sa partie " garantir des modes d'habiter qualitatifs " que " l'innovation, pour une meilleure valeur d'usage, doit être particulièrement encouragée dans les nouvelles opérations de logements, dans l'enveloppe urbaine ou en extension. Il s'agit d'encourager la construction et la réhabilitation avec des matériaux durables et des filières locales ", la seule circonstance que le PLUi ne contiendrait pas de mesures spécifiques de soutien à l'habitat à faible empreinte écologique n'a pas pour effet de rendre le PLUi incompatible avec le Scot, le PLUi ne comprenant au demeurant pas de dispositions, dans son règlement, qui ferait obstacle à l'utilisation de matériaux durables issus de filières locales.

21. Il résulte de tout ce qui précède que l'association pour un avenir commun dans le bocage et l'association Notre-Dame-des-Landes Poursuivre-Ensemble ne sont pas fondées à demander l'annulation de la délibération attaquée du 18 décembre 2019 portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres et de la décision par laquelle le président de la communauté de communes a rejeté leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté de communes d'Erdre et Gesvres, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la communauté de communes d'Erdre et Gesvres au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'association pour un avenir commun dans le bocage et de l'association Notre-Dame-des-Landes Poursuivre-Ensemble est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes d'Erdre et Gesvres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour un avenir commun dans le bocage et l'association Notre-Dame-des-Landes Poursuivre-Ensemble et à la communauté de communes d'Erdre et Gesvres.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

C. BLe président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne

ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2008430

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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