mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2008431 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEXCAP RENNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 août 2020, 8 novembre 2021 et 26 avril 2023, M. A E, M. F E, l'association Les Plumés de Saint-Malo-de-Guersac, M. C D et M. G B, représentés par Me Rouhaud, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 4 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire (la Carene) a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal ;
2°) de mettre à la charge de la Carene une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la consultation prévue à l'article L. 5211-10-1 du code de l'urbanisme n'a pas été effectuée, cette absence de consultation a eu une incidence sur le sens de la décision ;
- la délibération méconnaît l'article 2121-12 du code général des collectivités territoriales en l'absence de note de synthèse communiquée aux élus communautaires ;
- la délibération méconnaît l'article R. 151-1 du code de l'urbanisme dès lors le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal ne comporte pas les analyses des résultats de l'application des plans locaux d'urbanisme communaux en vigueur ;
- la délibération méconnaît l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme dès lors que les modifications apportées au projet de plan après enquête ont modifié l'économie générale de celui-ci ;
- la délibération est illégale à raison de l'absence de mise en œuvre de la loi Elan du 23 novembre 2018, alors que la Carene compte plusieurs communes littorales ;
- le schéma de cohérence territoriale Nantes Saint-Nazaire ne respecte pas les dispositions de l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme ;
- les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) du secteur " Ilôt Grée " à Saint-Malo-de-Guersac sont entachées d'illégalité en ce qu'elles excèdent, par leur précision, ce qui est susceptible d'être imposé par les auteurs d'un plan local d'urbanisme ; en ce qu'elles imposent des sujétions aux propriétaires concernés qui ne se justifient nullement au regard des caractéristiques des lieux ; en que ce que l'exigence de création d'un vaste espace vert pour créer une perspective sur la Brière est entachée d'erreur manifeste dès lors qu'une telle perspective n'existe pas compte tenu du caractère urbanisé des lieux ; en ce qu'elles se limitent, pour une partie significative de son périmètre, à imposer la conservation de l'état actuel de l'occupation du sol (espace vert à préserver) ;
- le classement en zone inconstructible des parcelles appartenant à M. D situées au 46 rue Laennec sur la commune de Saint-Malo-de-Guersac est illégal ;
- le classement en zone inconstructible des parcelles appartenant à M. B situées au 66 rue Emile Zola sur la commune de Saint-Malo-de-Guersac est illégal ;
- le classement des secteurs urbanisés de Maison-Neuve, Marland / Le Cabéno, Bilac, La Ville au Jau, Kermeans à Saint-André-des-Eaux, du Brouzil à Donges,de Lavenac à Montoir-de-Bretagne, et de Dissignac à Saint-Nazaire en zone inconstructible est illégal.
Par des mémoires, enregistrés les 27 septembre 2021 et 22 novembre 2021, la Carene, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens de la requête ne sont fondés
- au besoin, il sera fait application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.
Un mémoire a été enregistré le 28 avril 2023 pour la Carene.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère,
- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,
- les observations de Me Rouhaud, avocat des requérants,
- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire.
Une note en délibéré, présentée par M. E et les autres requérants, a été enregistrée le 2 mai 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 15 décembre 2015, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération nazairienne et de l'estuaire (Carene) a prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Par une délibération du 30 avril 2019, le conseil communautaire a arrêté le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 20 août au 23 septembre 2019. Par une délibération du 4 février 2020, le conseil communautaire de la Carene a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal. Les requérants, propriétaires fonciers à Saint-Malo-de-Guersac, ainsi qu'une association qui a notamment pour objet de " représenter les personnes physiques et morales membres, dans le cadre de la révision des documents d'urbanisme relatifs à la commune de Saint-Malo-de-Guersac devant les instances administratives ou juridictionnelles si nécessaire " demandent au tribunal d'annuler la délibération du 4 février 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 5211-10-1 du code de l'urbanisme : " I. - Un conseil de développement est mis en place dans les établissements publics à fiscalité propre de plus de 50 000 habitants. En dessous de ce seuil, un conseil de développement peut être mis en place par délibération de l'établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre. / () IV. - Le conseil de développement est consulté sur l'élaboration du projet de territoire, sur les documents de prospective et de planification résultant de ce projet, ainsi que sur la conception et l'évaluation des politiques locales de promotion du développement durable du périmètre de l'établissement public de coopération intercommunale. / Il peut donner son avis ou être consulté sur toute autre question relative à ce périmètre./ (). ". Contrairement à ce que soutiennent les requérants, ces dispositions n'imposent pas la consultation du conseil de développement sur le projet de plan local d'urbanisme intercommunal, qui n'est ni le projet de territoire ni un document de prospective et planification résultant du projet de territoire. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que la Carene a consulté ce conseil, lequel a rendu une " contribution " au mois de décembre 2016. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 5211-10-1 du code de l'urbanisme doit ainsi être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales, applicable en l'espèce en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / Si la délibération concerne un contrat de service public, le projet de contrat ou de marché accompagné de l'ensemble des pièces peut, à sa demande, être consulté à la mairie par tout conseiller municipal dans les conditions fixées par le règlement intérieur. / Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales, applicable en l'espèce en vertu de l'article L. 5211-1 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Le défaut d'envoi, avec la convocation aux réunions du conseil municipal d'une commune de 3 500 habitants et plus, de la note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour prévue à cet article entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
4. Il ressort des pièces du dossier que les élus communautaires ont reçu par voies électronique et postale une convocation à la séance du 4 février 2020, au cours de laquelle a été approuvée la délibération attaquée, datée du 28 janvier 2020, convocation accompagnée d'une note de synthèse, rappelant en préambule les objectifs poursuivis et les grandes étapes de la procédure, faisant état des avis et observations émis lors de la consultation, précisant les principales évolutions du document depuis l'arrêt du projet de plan et présentant les pièces constitutives du dossier de PLUi. Par ailleurs, les convocations envoyées par voie postale étaient accompagnées d'une clé USB contenant les documents relatifs au projet de PLUi. Par conséquent, le moyen tiré de ce que les conseillers communautaires auraient été insuffisamment informés de l'objet de la délibération attaquée avant la séance du conseil communautaire doit être écarté.
5. Aux termes de l'article R. 151-1 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Pour l'application de l'article L. 151-4, le rapport de présentation : / 1° Expose les principales conclusions du diagnostic sur lequel il s'appuie ainsi que, le cas échéant, les analyses des résultats de l'application du plan prévues par les articles L. 153-27 à L. 153-30 et comporte, en annexe, les études et les évaluations dont elles sont issues ; (). ". En l'absence de précédent plan local d'urbanisme intercommunal dont l'application eut été susceptible de faire l'objet d'une analyse des résultats, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le rapport de présentation est insuffisant à raison de l'absence d'analyse des résultats de l'application des plans locaux d'urbanisme des communes de la Carene.
6. Aux termes de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête publique, ce projet, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par délibération de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale ou () du conseil municipal ". Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et qu'elles procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.
7. Les requérants soutiennent que l'économie générale du projet de PLUi a été modifiée après la réalisation de l'enquête publique compte tenu de la suppression de 170 ha de zones à urbaniser, de ce que les orientations d'aménagement et de programmation ont, selon la délibération attaquée, " particulièrement été renforcées ", par une densification accrue, portant notamment sur des logements sociaux, notamment l'OAP " Îlot Grée " et qu'un travail de déclinaison de la loi " littoral " a été mis en œuvre après l'enquête publique, conduisant à des modifications significatives du règlement graphique. Les requérants, qui se bornent ainsi à reprendre certains des points figurant dans la délibération attaquée à la rubrique " les grandes évolutions du PLUi depuis l'arrêt du projet ", n'expliquent pas en quoi ces évolutions remettraient en cause l'économie générale du projet. Il ressort des pièces du dossier que chacune des modifications évoquées ne porte que sur des aspects limités, tant d'un point de vue quantitatif que d'un point de vue qualitatif, du projet de plan local d'urbanisme intercommunal et ne remettent pas en cause les partis d'urbanisme retenus par les auteurs du plan pour l'élaboration de celui-ci et contribuent même, au contraire, à une meilleure prise en compte de ceux-ci, tels qu'exprimés dans le projet d'aménagement et de développement durables, comme la limitation de la consommation d'espaces agricoles (" Des milieux naturels exceptionnels et actifs/ Une gestion économe et responsable de l'espace / consommer responsable / rationnaliser l'usage du foncier / Viser une réduction de la consommation d'espaces agricoles, naturels et forestiers de 35 % par rapport aux extensions de l'urbanisation (à vocation résidentielle ou économique) observées entre 1999 et 2012. "), la densification de l'urbanisation dans les espaces déjà urbanisés (" Un territoire à très haute qualité résidentielle / L'atout de la proximité, l'impératif de la qualité /une urbanité assumée : Proposer de nouveaux îlots urbains rationnalisant l'usage du foncier. Il s'agit de créer des ensembles bâtis articulant espaces de vie privatifs (confort d'usage des logements) et partagés (intégration paysagère des opérations, intégration des circulations douces) ") ainsi la création de logements sociaux (" Un territoire à très haute qualité environnementale : Des logements pour tous et attractifs / logements de qualité à coûts maîtrisés : Viser un objectif moyen de production de 30 % de logements locatifs sociaux à l'échelle de l'agglomération, la limitation du mitage des espaces littoraux "). Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à prétendre que les modifications apportées au projet de plan après l'enquête publique, y compris une réduction significative de la superficie des zones à urbaniser, ont remis en cause l'économie générale de ce projet. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-43 du code de l'urbanisme doit être écarté.
8. Le moyen tiré de ce que " la délibération est illégale à raison de l'absence de mise en œuvre de la loi Elan du 23 novembre 2018, alors que la Carene compte plusieurs communes littorales " n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative que si cette dernière a été prise pour son application ou s'il en constitue la base légale. Par suite, dès lors que le plan local d'urbanisme intercommunal de la Carene n'a pas été pris pour l'application du schéma de cohérence territoriale de Nantes - Saint-Nazaire, qui n'en constitue pas la base légale, les requérants ne peuvent utilement exciper de l'illégalité de ce schéma.
10. Aux termes de l'article R. 151-8 du code de l'urbanisme : " Les orientations d'aménagement et de programmation des secteurs de zones urbaines ou de zones à urbaniser mentionnées au deuxième alinéa du R. 151-20 dont les conditions d'aménagement et d'équipement ne sont pas définies par des dispositions réglementaires garantissent la cohérence des projets d'aménagement et de construction avec le projet d'aménagement et de développement durables. / Elles portent au moins sur : 1° La qualité de l'insertion architecturale, urbaine et paysagère ; 2° La mixité fonctionnelle et sociale ; 3° La qualité environnementale et la prévention des risques ; 4° Les besoins en matière de stationnement ; 5° La desserte par les transports en commun ; 6° La desserte des terrains par les voies et réseaux. / Ces orientations d'aménagement et de programmation comportent un schéma d'aménagement qui précise les principales caractéristiques d'organisation spatiale du secteur ".
11. Les requérants font valoir que les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) du secteur " Îlot Grée " à Saint-Malo-de-Guersac comporteraient illégalement des prescriptions excédant, par leur précision, ce qui est susceptible d'être imposé par les auteurs d'un plan local d'urbanisme dans une OAP, en déterminant par avance et de manière détaillée les modalités de réalisation de l'opération d'aménagement à venir. Il résulte toutefois des dispositions de l'article R. 151-8 du code de l'urbanisme qu'une orientation d'aménagement et de programmation prise sur ce fondement peut comporter des prescriptions précises de nature réglementaire dans les secteurs de zone urbaine, sans méconnaître les dispositions législatives ou réglementaires précitées. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que le contenu de ces orientations serait entaché d'une erreur de droit.
12. Le moyen tiré de ce que ces OAP imposeraient " des sujétions aux propriétaires concernés qui ne se justifient nullement au regard des caractéristiques des lieux " n'est pas assorti des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Les requérants soutiennent également que " l'exigence de création d'un vaste espace vert pour créer une perspective sur la Brière est entachée d'erreur manifeste dès lors qu'une telle perspective n'existe pas compte tenu du caractère urbanisé des lieux ". Toutefois, ils ne démontrent pas, ni même n'allèguent, que la création à cet endroit d'un espace vert serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de dispositions réglementaires ou législatives ou au regard des partis d'urbanisme retenus par les auteurs du PLUi. Enfin, les requérants ne peuvent valablement soutenir, faute de caractériser l'illégalité qui serait ainsi en cause, que les OAP " se limitent, pour une partie significative de son périmètre, à imposer la conservation de l'état actuel de l'occupation du sol (espace vert à préserver) ".
13. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". L'article R. 151-24 de ce code dispose que : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ;
2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ".
14. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé. En outre, les auteurs d'un plan local d'urbanisme peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés à l'article R. 151-24, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.
15. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.
16. Il ressort des pièces du dossier que M. D est propriétaire de parcelles non-bâties situées le long de la rue Laënnec à Saint-Malo-de-Guersac, classées en zone naturelle NA1. Si les parcelles bâties situées le long de cette voie ont été classées en zone Ula, les parcelles non-bâties ont été classées en zone naturelle compte tenu de la proximité de la rivière du Brivet et du marais de Brière. Le tènement de M. D, non-bâti et végétalisé, se situe entre la rue Laënnec et la rivière du Brivet, est pour partie concerné par une zone humide et s'ouvre au sud et à l'ouest sur un vaste espace naturel. Les requérants, qui se bornent à déplorer le caractère inconstructible de ces parcelles alors que des parcelles voisines sont classées en zone constructible, ne contestent pas que ces parcelles présentent les caractéristiques d'une zone naturelle. Il suit de là que le moyen tiré de l'illégalité du classement en zone non-constructible des parcelles dont M. D est propriétaire doit être écarté.
17. M. B est propriétaire de parcelles situées le long de la rue Emile Zola classées en zone agricole AB, qu'il n'identifie pas précisément mais qui font l'objet d'une identification grossière sur un extrait de plan. Les requérants, qui se bornent là encore à déplorer le caractère inconstructible de ces parcelles, alors que des parcelles voisines sont classées en zone constructible, ne contestent pas que ces parcelles, qui ne sont pas bâties, qui sont végétalisées et qui forment un tènement de dimension importante, présentent les caractéristiques d'une zone agricole et notamment un potentiel agronomique, biologique ou économique à protéger. Ces parcelles s'ouvrent au nord sur un vaste espace naturel et agricole également classé en zone AB, auquel elles se rattachent, nonobstant la circonstance que la rue Emile Zola présente pour partie des constructions de premier rideau, une partie de ces parcelles faisant en outre l'objet d'une exploitation agricole effective.
18. Il ressort des pièces du dossier que les secteurs de Maison-Neuve, Marland / Le Cabéno, Bilac, La Ville au Jau, Kermeans à Saint-André-des-Eaux, du Brouzil à Donges, de Lavenac à Montoir-de-Bretagne, et de Dissignac à Saint-Nazaire, cités par les requérants, sont classés en zone agricole AA1, dont le règlement, s'il n'autorise pas les constructions d'habitation nouvelles, permet les extensions. Il ressort des partis d'urbanisme exprimés dans le PADD, ainsi qu'explicités dans le rapport de présentation, que les auteurs du PLUi ont entendu, afin de limiter la consommation d'espaces naturels et agricoles et rationaliser l'urbanisation, autoriser celle-ci en densification ou en extension de certains types d'urbanisation, au sein d'une enveloppe urbaine dont la méthode de délimitation est clairement exposée, le PLUi identifiant cinq types de secteurs urbanisés, l'agglomération, l'île de Brière, le village, le hameau ou le secteur déjà urbanisé dans les communes soumises à la loi littoral et l'écart, dont certains seulement peuvent faire l'objet d'un développement encadré de l'urbanisation. S'agissant des " villages ", quatre d'entre eux disposent de possibilités d'extension, tandis que les autres villages identifiés peuvent faire l'objet d'une densification au sein de l'enveloppe urbaine, par comblement de " dents creuses ". Les " hameaux " pouvant faire l'objet d'une densification au sein de leur enveloppe urbaine ont été identifiés par les auteurs du PLUi sur la base de cinq critères. Les secteurs évoqués par les requérants ont, pour leur part, été considérés par les auteurs de PLUi comme des " écarts ". Il ressort des pièces du dossier que ces secteurs, qui ne répondent pas aux critères d'identification de hameaux densifiables, présentent une urbanisation uniquement dédiée à l'habitation, réalisée pour l'essentiel en premier rideau le long de voies, en dehors des centralités, de sorte qu'il s'agit de " lieux d'habitat ponctuels " que les auteurs du PLUi ont entendu soustraire à une possibilité de construction nouvelle de logement, au fin de limitation du mitage et dans un souci de protection des paysages agricoles, ainsi qu'il ressort du rapport de présentation, qui expose que : " Bien qu'ayant connu un mitage, ce paysage agricole et naturel donne encore à lire les ambiances de bocages et de marais de l'agglomération et offre des vues lointaines vers le grand paysage. / L'enjeu est donc de stopper le mitage de ces espaces et limiter l'étalement urbain, en maîtrisant la qualité urbaine des lisières bâties situées en interface avec l'espace agricole et naturel. Il convient par ailleurs de permettre la réhabilitation des anciens bâtis afin de sauvegarder le patrimoine rural, ainsi que les éléments de vie quotidienne qui témoignent de l'histoire de ces campagnes. / La collectivité souhaite encadrer strictement l'urbanisation à la campagne et privilégier l'urbanisation en continuité des centralités et des pôles urbains de l'agglomération, notamment pour préserver les espaces agricoles et naturels. ". Il ressort également du PADD que les auteurs du PLUi ont entendu classer en zone agricole les écarts afin de " donner à la profession agricole une lisibilité sur la vocation agricole des terres pour éclairer sa stratégie d'investissement et guider ses plans d'exploitation ". Par suite, le moyen tiré de ce que le classement de ces secteurs " en zone inconstructible " est illégal doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 4 février 2020 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal de la Carene.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la communauté d'agglomération, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, le versement d'une somme sur ce fondement. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions que la communauté d'agglomération présente également à ce titre.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A E, M. F E, l'association Les Plumés de Saint-Malo-de-Guersac, M. C D et M. G B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire présentées sur le fondement de l'article L. 761-1du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, représentant unique des requérants, ainsi qu'à la communauté d'agglomération de la région nazairienne et de l'estuaire.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
C. MILINLe président,
A. DURUP DE BALEINE
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2008431
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026