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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008618

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008618

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 août 2020, Mme A B, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de procéder au versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 30 décembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du mois de février 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit.

Par une lettre du 24 octobre 2022, l'OFII a été mis en demeure de produire ses observations dans un délai de 15 jours.

Un mémoire en défense, présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a été enregistré le 15 mai 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gauthier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante érythréenne née le 24 mai 1983, a déposé, après son arrivée en France, une demande d'asile enregistrée le 26 octobre 2018 en procédure dite accélérée. Le même jour, l'intéressée a accepté l'offre de prise en charge de l'OFII. Après que Mme B a été déclarée en fuite, l'OFII l'a informée, le 13 novembre 2019, de son intention de suspendre cette prise en charge, puis, a procédé à cette suspension le 11 mars 2020, motif pris qu'elle n'avait pas respecté son obligation de se présenter aux autorités. Mme B a, par un courrier, dont l'OFII a accusé réception le 3 juin 2020, sollicité le versement rétroactif de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 30 décembre 2019. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur cette demande. Par un jugement n° 2008555 du 17 septembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a rejeté la demande tendant à la suspension de l'exécution de cette décision implicite. Par la présente requête, que Mme B a déclaré maintenir, celle-ci demande au tribunal d'annuler cette décision implicite. Mme B, dont la demande d'asile a été enregistrée en procédure dite normale le 30 décembre 2019, a obtenu le statut de réfugiée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 1er avril 2020, notifiée le 5 juin 2020.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil / 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

3. Mme B soutient que l'OFII était tenu, en application des dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, de statuer par une décision motivée mais qu'aucune décision répondant aux exigences de la directive ne lui a été adressée. Toutefois, la décision litigieuse constitue un refus rétablissement des conditions matérielles d'accueil, et non une décision de limitation ou de retrait du bénéfice de ces conditions, au sens des dispositions de l'article 20 de la directive. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile () n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une lettre du 13 novembre 2019, l'OFII a informé Mme B de son intention de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et lui a indiqué qu'elle disposait d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations. L'OFII a procédé à cette suspension le 11 mars 2020. L'intéressée a été déclaré en fuite. Alors que la requérante n'apporte aucun élément de nature à contredire ce constat de fuite, elle n'est pas fondée à soutenir, alors qu'elle n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, qu'elle était en droit d'obtenir le rétablissement de l'allocation pour demandeur d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

E. GAUTHIER

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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