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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008653

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008653

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire respectivement enregistrés le 28 août 2020 et le 20 août 2021, M. F A, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier du Mans a modifié son affectation, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 30 avril 2020 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision du 4 mars 2020, notamment de la publication régulière de l'éventuelle délégation ;

- le principe du contradictoire et les droits de la défense n'ont pas été respectés dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de consulter son dossier, et ceci dans un délai lui permettant de préparer utilement sa défense ;

- la décision attaquée constitue une sanction déguisée ; le centre hospitalier ne justifie nullement de l'intérêt du service démontrant la nécessité de l'affecter au sein du service " transport patients " ; la décision attaquée se traduit par une diminution de ses fonctions, dès lors qu'il était affecté à un poste de catégorie B et que ses nouvelles missions relèvent d'un poste de catégorie C ; elle se traduit par une perte de rémunération dès lors qu'elle entraîne la suppression du versement de la nouvelle bonification indiciaire (NBI), de la prime mensuelle de 120 euros brut et de l'indemnité forfaitaire pour chaque dimanche travaillé, dans la limite de deux dimanches par mois.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er avril 2021 et le 12 février 2024, le centre hospitalier du Mans, représenté par Me Champenois, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner M. A au paiement des entiers dépens et de mettre à la charge de ce dernier la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la décision attaquée, du 4 mars 2020, constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ; elle ne porte pas atteinte aux responsabilités de M. A, qui exerçait ses fonctions en qualité d'aide-soignant et non d'assistant de régulation médicale et dont les nouvelles fonctions comportent également d'importantes responsabilités vis-à-vis des patients ; elle ne se traduit pas par une perte de rémunération ; la décision attaquée n'a produit aucun effet juridique à l'encontre de M. A dès lors que ce dernier n'a jamais exercé ses nouvelles fonctions de brancardier ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 22 avril 1905 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2007-1188 du 3 août 2007 portant statut particulier du corps des aides-soignants et des agents des services hospitaliers qualifiés de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, aide-soignant titulaire au sein du centre hospitalier du Mans (Sarthe), y exerce des fonctions d'assistant de régulation médicale depuis l'année 2001. Par une décision du 4 mars 2020 du directeur général de l'établissement de santé, il a été affecté, à compter du 6 mars 2020, au service " Transport Patient " en qualité de brancardier. Il a, par courrier du 30 avril 2020, formé un recours gracieux contre cette décision. M. A demande l'annulation de la décision du 4 mars 2020 ainsi que celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation:

2. En premier lieu, aux termes de l'article D. 6143-33 du code de la santé publique : " Dans le cadre de ses compétences définies à l'article L. 6143-7, le directeur d'un établissement public de santé peut, sous sa responsabilité, déléguer sa signature. ". Aux termes de l'article D. 6143-35 du même code : " Les délégations mentionnées à la présente sous-section, de même que leurs éventuelles modifications sont notifiées aux intéressés et publiées par tout moyen les rendant consultables. Elles sont communiquées au conseil de surveillance et transmises sans délai au comptable de l'établissement lorsqu'elles concernent des actes liés à la fonction d'ordonnateur des dépenses. ".

3. Par un arrêté du Centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière du 10 avril 2015, M. C D a été nommé directeur général du centre hospitalier du Mans à compter du 1er juin 2015. En outre, par une décision n° 2018-020 du 5 avril 2018, ce dernier a accordé une délégation de signature au signataire de la décision attaquée, M. E B, directeur adjoint à la direction des ressources humaines à l'effet de signer en son nom tous les actes et décisions relevant de ses attributions. Il ressort enfin des pièces du dossier que cette décision n° 2018-020 du 5 avril 2018 a été affichée, pendant toute la durée de la délégation accordée, sur le panneau d'affichage de la direction générale situé au rez-de-chaussée du bâtiment administratif de l'établissement de santé, ce qui constitue une mesure de publicité régulière et suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les fonctionnaires civils et militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ". Il résulte de ces dispositions qu'un agent public faisant l'objet d'une mesure prise en considération de sa personne, qu'elle soit ou non justifiée par l'intérêt du service, doit être mis à même de demander la communication de son dossier.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des courriers du directeur adjoint aux ressources humaines des 21 janvier et 15 avril 2019, que M. A a été informé à plusieurs reprises, notamment au cours d'entretiens ayant eu lieu les 10 janvier, 18 mars et 11 avril 2019, de la volonté de la direction de l'établissement de santé de lui proposer un changement d'affection, l'échange du 11 avril 2019 ayant été l'occasion de lui indiquer, de manière plus précise, qu'il serait affecté sur un poste d'aide-soignant au sein du service " Transport Patient ". Dans ces conditions, le requérant, qui a été informé bien en amont de la décision attaquée, soit dans un délai suffisant, de son changement de fonctions, a été mis à même de demander la communication de son dossier. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier, notamment d'une attestation de consultation de dossier administratif produite par le centre hospitalier et signée par l'intéressé, que ce dernier a consulté son dossier le 14 janvier 2020, soit un peu moins de deux mois avant la décision attaquée et l'entretien du 4 mars 2020. Il résulte de ce qui précède que M. A a été mis à même, et dans un délai suffisant, de demander la communication de son dossier puis, à sa demande, de le consulter. Par ailleurs, et à supposer que le requérant ait entendu soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire tel qu'énoncé à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte des termes de l'article L. 121-2 du même code que les dispositions de cet article ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. Par suite, la procédure ayant conduit à l'édiction de la décision du 4 mars 2020 n'était pas soumise au respect du principe du contradictoire tel qu'édicté par les dispositions susmentionnées. Le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire et de la méconnaissance des droits de la défense sera donc écarté en toutes ses branches.

6 En dernier lieu, un changement d'affectation revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

7. Il ressort des pièces du dossier que le changement d'affectation en litige est motivé par les difficultés d'adaptation de M. A à son poste au sein du service de régulation médicale ainsi que par les difficultés relationnelles qu'il a pu rencontrer avec ses collègues au sein de ce service. Il ressort notamment d'un courrier adressé à l'intéressé par le directeur adjoint aux ressources humaines, le 21 janvier 2019, qu'en dépit de la mise en place de nombreuses mesures, ayant notamment consisté en l'étude de solutions techniques d'appareillage devant permettre à M. A, atteint d'une diminution de sa capacité auditive, de mieux s'adapter à son poste, en l'achat de tels appareillages par l'établissement de santé, en plusieurs rencontres avec l'ergonome du centre hospitalier et le cadre de santé du service concerné et en la mise en place d'un suivi mensuel personnalisé, le requérant a ressenti des difficultés dans l'exercice de ses fonctions. Il en ressort également que ces difficultés se sont traduites par une grande fatigue empêchant l'intéressé d'occuper les différentes missions du service de régulation médicale et par la nécessité de faire répéter les patients ayant contacté le service par téléphone et se trouvant dans la plupart des cas et, par hypothèse, dans une situation d'urgence. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment d'un courrier adressé à M. A par le directeur adjoint aux ressources humaines le 15 avril 2019 que deux postes d'aide-soignant, en unités de soins, ont été proposés au requérant, qui les a refusés, indiquant craindre de réintégrer un poste en unité de soins, fonctions qu'il n'exerçait plus depuis des années. Il en ressort enfin, et notamment d'un rapport du 13 août 2019 rédigé par le cadre de santé de M. A ainsi que d'un courriel de ce dernier, en date du 18 octobre 2019, adressé à la cadre supérieure de santé du pôle UMR (Urgences, Médecine, Réanimation), que le requérant a adopté un comportement inadapté vis-à-vis de ses collègues et de sa hiérarchie, se traduisant par des difficultés relationnelles au sein du service. Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 mars 2020 était destinée, non à sanctionner le requérant, mais à assurer la sécurité des patients et la qualité du service rendu à ces derniers ainsi qu'à mettre fin aux tensions constatées au sein du service de régulation médicale. Par suite, la décision attaquée du 4 mars 2020, alors même qu'elle a été prise en considération de la personne de M. A, ne peut être regardée comme une sanction déguisée de la part du centre hospitalier du Mans.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par l'établissement public défendeur, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 4 mars 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux, formulées par M. A, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux dépens :

9. La présente instance n'ayant occasionné aucun dépens, les conclusions du centre hospitalier du Mans relatives aux dépens doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier du Mans, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ce dernier la somme demandée par l'établissement de santé en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier du Mans au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au centre hospitalier du Mans.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BERIA-GUILLAUMIE

La greffière

B. GAUTIER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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