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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008750

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008750

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008750
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er septembre 2020, M. B A C, représenté par Me Anne Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à cet échange dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 2 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A C.

Il soutient que les moyens soulevés M. A C ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B A C par une décision du 3 août 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge des affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 juillet 2023 à partir de 8h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A C est un ressortissant érythréen qui séjourne régulièrement en France en qualité de réfugié. Il a, le 12 octobre 2018, sollicité l'échange de son permis de conduire, délivré par les autorités soudanaises le 10 mars 2014, contre un permis de conduire français. Le préfet de la Loire-Atlantique a expressément statué sur cette demande pour la rejeter par une décision du 20 décembre 2019. M. A C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ".

3. En vertu des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant l'échange d'un permis de conduire étranger contre un permis de conduire français doit être motivée. L'obligation de motiver une décision a pour objet d'imposer à l'autorité administrative d'énoncer, dans l'acte formalisant cette décision, les considérations de droit et de fait qui la fondent afin de permettre la personne qui en est la destinataire de cerner, de manière précise, le motif retenu par l'autorité administrative pour l'opposer.

4. Il ressort de la lecture de la décision attaquée qu'elle se réfère aux dispositions de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen, en particulier celles de son article 1er relative à la condition de délivrance régulière du permis et celles de son article 7. L'acte formalisant cette décision indique "qu'il ressort de l'analyse menée par les services spécialisés, que le document présenté ne répond pas aux caractéristiques principales de fabrication et de sécurisation des permis de conduire provenant du Soudan pour la raison suivante (ligne cochée)". Cette mention est suivie de l'énoncé de quatre motifs qui sont chacun précédés d'une case que l'autorité préfectorale coche pour préciser celui qu'elle retient. En l'espèce, a été cochée la case correspondant au motif suivant : "Le permis de conduire analysé est un titre conforme au modèle de référence, cependant, il a subi des modifications et / ou altérations, le document étudié est une falsification". En indiquant, en référence aux articles 1er et 7 de l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012, que le permis de conduire produit par M. A C constituait une falsification, le préfet de la Loire-Atlantique a précisé la considération de droit qui fonde sa décision. Il n'a en revanche pas préciser les éléments de fait qui l'ont conduit à qualifier ce permis de document falsifié, faute d'en préciser les caractéristiques qu'il a regardées comme révélant l'existence soit d'une modification, soit d'une altération au regard du modèle de référence. En conséquence, la décision attaquée ne peut être regardée comme exposant les considérations de fait qui la fondent. Dans ces conditions, cette décision n'est pas motivée au sens des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur les autres moyens soulevés et examinés, que M. A C est fondé à demander l'annulation de la décision du 20 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé l'échange de son permis de conduire soudanais contre un permis de conduire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation, par le présent jugement, de la décision attaquée n'implique pas nécessairement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, compte tenu du motif de cette annulation, que l'autorité préfectorale procède à l'échange du permis de conduire du requérant contre un permis de conduire français. Par suite, les conclusions à fin d'injonction au préfet de la Loire-Atlantique de décider cet échange ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

7. M. A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 000 (mille) euros, hors taxe sur la valeur ajoutée, à verser à Me Perrot, avocate de M. C, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation par cette avocate au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Loire-Atlantique du 20 décembre 2019 refusant de procéder à l'échange du permis de conduire soudanais de M. A C contre un permis de conduire français est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à Me Perrot la somme de mille (1 000) euros, hors taxe sur la valeur ajoutée, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

Article 3 : Les autres conclusions présentées par M. A C sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Anne Perrot.

Une copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023

Le magistrat désigné,

D. DLa greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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