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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008776

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008776

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008776
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCUZIN-TOURHAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 septembre 2020 et le 21 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Cuzin-Tourham, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 juin 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : avec son compagnon, ils ont chacun déclaré leur enfant à charge au titre des revenus de l'année 2017 puisqu'ils ignoraient en toute bonne foi le fait qu'il revenait à l'un ou l'autre de déclarer l'enfant ; suite à la décision préfectorale, cette erreur a été rectifiée, et elle ne pouvait en tout état de cause en espérer aucun avantage puisqu'elle n'était pas imposable ; elle a fait valoir l'ensemble de ces éléments dans son recours, pourtant le ministre a fondé sa décision sur le même motif que celui opposé par la décision préfectorale ;

- elle remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé et qu'elle se prévaut en outre de circonstances sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

Par ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller,

- et les observations de Me Regent, substituant Me Cuzin-Tourham, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 16 septembre 1992, demande au tribunal d'annuler la décision du 9 juin 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 14 octobre 2019 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble ladite décision préfectorale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi les conclusions dirigées contre la décision du préfet des Bouches-du-Rhône sont irrecevables, la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre la décision préfectorale sont inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la ressortissante étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement de la postulante.

4. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme A, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle avait déclaré à charge son enfant né le 18 juillet 2017 alors que son compagnon faisait simultanément la même démarche.

5. En premier lieu, il est constant que Mme A a déclaré à charge à l'administration fiscale au titre de l'année 2017 son fils né le 18 juillet 2017, alors que le père de ce dernier le déclarait simultanément comme étant à charge. En se bornant à soutenir qu'elle a commis une erreur, que son comportement fiscal n'était pas dicté par une quelconque intention frauduleuse mais par une simple ignorance, qu'elle n'en a pas tiré profit dès lors qu'elle n'était alors pas imposable et que sa situation a depuis été régularisée, Mme A ne contredit pas sérieusement le motif de la décision attaquée. Eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre, en se fondant, pour ajourner à deux ans la demande de l'intéressée, sur le motif mentionné ci-dessus, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, et alors même que la décision ministérielle reprend la motivation de la décision préfectorale initiale, que le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante doit être écarté.

7. En troisième lieu, la circonstance selon laquelle Mme A remplirait toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYER La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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