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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008862

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008862

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDEVOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 septembre 2020 et 12 mai 2021, M. B A, représenté par Me Devos, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 6 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours formé contre la décision du préfet de l'Oise en date du 7 janvier 2020 ajournant à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du préfet ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à sa naturalisation au besoin en procédant à une nouvelle instruction ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 6 juillet 2020 est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 et de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elles sont fondées sur des considérations non prévues par l'article 37-1 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la circulaire du 27 juillet 2010.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2021, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens et conclusions de la requête dirigés contre la décision implicite de rejet du ministre sont dépourvus d'objet dès lors qu'une décision expresse est intervenue le 10 août 2020 ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Benoist a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant congolais, a sollicité l'acquisition de la nationalité française. Par une décision du 7 janvier 2020, le préfet de l'Oise a ajourné sa demande à deux ans. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a confirmé cet ajournement par une décision du 10 août 2020 aux motifs, d'une part, que s'il a pris bonne note de la mise en conformité de son avis d'imposition de l'année 2017, il n'en demeure pas moins que son comportement fiscal est sujet à critiques puisqu'il a déclaré à charge en 2016 et 2017 ses trois enfants mineurs alors que sa concubine faisait simultanément la même démarche et, d'autre part, qu'il ressort des éléments de son dossier qu'il règle régulièrement ses taxes d'habitation après majoration. M. B A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du ministre :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le 6 mars 2020, M. A a saisi le ministre de l'intérieur d'un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du préfet du 7 janvier 2020 et que le ministre a rejeté son recours par une décision expresse en date du 10 août 2020. Par suite, les conclusions dirigées contre une décision implicite de rejet qui serait née le 6 juillet 2020 ne peuvent qu'être rejetée comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet :

4. L'article 45 du décret du 30 décembre 1993 modifié cité au point 2 instituant un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge, la décision du 10 août 2020 du ministre de l'intérieur s'est substituée à celle du préfet de l'Oise du 7 janvier 2020. Par suite, les conclusions de la requête de M. B A à fin d'annulation doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 août 2020 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée. ". Aux termes de l'article 49 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". Et aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement des articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de fait sur lesquelles elle est fondée. Elle est, par suite, suffisamment motivée et ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant. Par suite, en considérant que le postulant ne remplissait pas correctement ses obligations fiscales, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

7. En troisième lieu, il est constant que M. A a déclaré à charge en 2016 et 2017 ses trois enfants mineurs alors que sa concubine faisait simultanément la même démarche. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A a réglé les taxes d'habitation des années 2016, 2017 et 2018 après majoration. Par conséquent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir du contenu de la circulaire du 27 juillet 2010 relative à la déconcentration de la procédure d'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique, laquelle est dépourvue de caractère réglementaire. Le fait qu'il démontrerait une réelle volonté de s'intégrer dans la société, qu'il justifie d'un logement adapté à sa famille et de conditions de vie matérielles satisfaisantes, ainsi que d'un contrat à durée indéterminée, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée au vu du motif qui la fonde.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Thierry, conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

L-L. BENOISTLa présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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