mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2008923 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BEAUFILS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 septembre 2020, et un mémoire, enregistré le 14 avril 2022, la Fédération des chasseurs de la Sarthe, représentée par Me Bérangère Beaufils, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2020 par lequel le préfet de la Sarthe a fixé l'ouverture et la clôture de la chasse pour la saison cynégétique 2020-2021 ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler les dispositions du 2 de l'article 6 de cet arrêté fixant au 8 juin 2021 la date du début de la période complémentaire de chasse au blaireau par vénerie sous terre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- l'arrêté n'a pas été publié sept jours avant son entrée en vigueur, contrairement à ce que prévoit l'article R. 424-6 du code de l'environnement, de sorte que cet arrêté est entaché d'un vice de procédure ;
- la disposition de l'arrêté fixant la date d'ouverture de la période complémentaire de chasse au blaireau par vénerie sous terre au 8 juin 2021 est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2021, le préfet de la Sarthe demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par la Fédération des chasseurs de la Sarthe.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 13 juillet 2023, à partir de la laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.
La clôture de l'instruction à effet immédiat est intervenue le 11 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 novembre 2023 à partir de 9h45 :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Sarthe, par un arrêté du 9 juillet 2020, qu'il a modifié le 24 août 2020, a défini notamment les règles relatives à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la saison cynégétique 2020-2021 dans ce département. Il a en particulier, au sein du point 2 de l'article 6 de son arrêté, fixé deux périodes complémentaires de vénerie sous terre du blaireau, l'une du 1er juillet au 14 septembre 2020, l'autre, du 8 juin au 30 juin 2021. La Fédération des chasseurs de la Sarthe demande au tribunal l'annulation de l'ensemble des dispositions de l'arrêté du 9 juillet 2020 modifié, à défaut, celle des seules dispositions du 2 de l'article 6 de cet arrêté en tant qu'elle fixe au 8 juin 2021, au lieu du 15 mai 2021, la date de début de la seconde période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau.
2. Aux termes de l'article L. 424-4 du code de l'environnement : " Dans le temps où la chasse est ouverte, le permis donne à celui qui l'a obtenu le droit de chasser de jour, soit à tir, soit à courre, à cor et à cri, soit au vol () ". Selon l'article L. 424-2 du même code : " Nul ne peut chasser en dehors des périodes d'ouverture de la chasse fixées par l'autorité administrative selon des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat () ".
3. Selon l'article R. 424-4 du code de l'environnement : " La chasse à courre, à cor et à cri est ouverte du 15 septembre au 31 mars. () ". Toutefois, s'agissant de la vénerie sous terre qui relève de la chasse à courre, à cor et à cri, la clôture de cette pratique de chasse intervient, selon le premier alinéa de l'article R. 424-5 du même code, " le 15 janvier ". Selon le second alinéa de ce même article : " Le préfet peut, sur proposition du directeur départemental de l'agriculture et de la forêt et après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, autoriser l'exercice de la vénerie du blaireau pour une période complémentaire à partir du 15 mai. ". L'article R. 424-6 de ce même code énonce : " La chasse à tir est ouverte pendant les périodes fixées chaque année par arrêté du préfet, pris sur proposition du directeur départemental des territoires ou du directeur départemental des territoires et de la mer après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et de la fédération des chasseurs, et publié au moins sept jours avant la date de sa prise d'effet ".
4. En premier lieu, la Fédération des chasseurs de la Sarthe soutient que l'ensemble des dispositions de l'arrêté attaqué sont entachées d'un "vice de procédure" dès lors que contrairement à ce qu'énoncent les dispositions précitées de l'article R. 424-6 du code de l'environnement, cet arrêté pris le 9 juillet 2020 n'a pas été publié au moins sept jours avant la date de sa prise d'effet, laquelle est fixée au 1er juillet 2020. Cependant, le "vice de procédure" qu'entend soulever la Fédération des chasseurs de la Sarthe ne met pas en cause les conditions dans lesquelles l'arrêté attaqué a été pris, mais celles dans lesquelles il a été publié. Or, les conditions de publication d'un acte réglementaire sont sans incidence sur sa légalité de sorte que le moyen énoncé ci-dessus ne peut être utilement invoqué et doit, dès lors, être écarté comme étant inopérant.
5. En second lieu, la Fédération des chasseurs de la Sarthe soutient que la disposition de l'arrêté fixant au 8 juin 2021 la date d'ouverture de la seconde période complémentaire de chasse au blaireau par vénerie sous terre est entachée d'erreur d'appréciation.
6. Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. (). Par leurs actions de gestion et de régulation des espèces dont la chasse est autorisée ainsi que par leurs réalisations en faveur des biotopes, les chasseurs contribuent au maintien, à la restauration et à la gestion équilibrée des écosystèmes en vue de la préservation de la biodiversité. () ". Selon l'article L. 424-10 de ce code : " () Il est interdit de détruire, d'enlever, de vendre, d'acheter et de transporter les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée, sous réserve des dispositions relatives aux animaux susceptibles d'occasionner des dégâts ". L'article L. 425-4 de ce même code dispose : " L'équilibre agro-sylvo-cynégétique consiste à rendre compatibles, d'une part, la présence durable d'une faune sauvage riche et variée et, d'autre part, la pérennité et la rentabilité économique des activités agricoles et sylvicoles. Il est assuré, conformément aux principes définis à l'article L. 420-1, par la gestion concertée et raisonnée des espèces de faune sauvage et de leurs habitats agricoles et forestiers. L'équilibre agro-sylvo-cynégétique est recherché par la combinaison des moyens suivants : la chasse, la régulation, la prévention des dégâts de gibier par la mise en place de dispositifs de protection et de dispositifs de dissuasion ainsi que, le cas échéant, par des procédés de destruction autorisés. () ".
7. La pratique de la vénerie sous terre est autorisée par l'article L. 424-4 du code de l'environnement. L'article R. 424-5 du même code a pour seul objet de préciser ses périodes d'ouverture, du 15 septembre au 15 janvier, par dérogation à celle prévue pour la chasse à courre ouverte du 15 septembre au 31 mars, et, sur autorisation préfectorale, pour une période complémentaire à partir du 15 mai. Ces dispositions n'ont pas par elles-mêmes pour effet d'autoriser la destruction de petits blaireaux ou de nuire au maintien de l'espèce dans un état de conservation favorable, le préfet étant notamment tenu, pour autoriser cette période de chasse complémentaire, de s'assurer, en considération des avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et des circonstances locales, qu'une telle prolongation n'est pas de nature à porter atteinte au bon état de la population des blaireaux, ni à favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.
8. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des pièces jointes au mémoire en défense, que la décision fixant au 8 juin 2021 et non au 15 mai 2021, date dont la fédération de chasseurs requérante estime qu'elle devait être retenue, le début de la seconde période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau, a été prise au regard des considérations suivantes : en premier lieu, une tendance à la baisse des prises de blaireaux sur les campagnes de chasse 2017-2018, 2018-2019 et 2019-2020, tous types de prise confondus, une baisse nette des prises par vénerie sous terre, évaluée à 60%, pendant les campagnes de chasse 2016/2017, 2017-2018 et 2018-2019, en deuxième lieu, une absence d'éléments concernant l'existence de dégâts particuliers causés aux cultures dans un contexte où la population des blaireaux tend à se réduire dans le département de la Sarthe, en dernier lieu, l'exigence de ne pas favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux dès lors que leur éducation ainsi que leur autonomie alimentaire et comportementale seraient atteintes à une période dont la médiane correspond à la fin de la première semaine de juin.
9. Pour soutenir que le préfet de la Sarthe aurait dû fixer le début de la seconde période complémentaire de vénerie sous terre du blaireau au 15 mai 2021, la Fédération des chasseurs de la Sarthe se borne à indiquer, en s'appuyant sur une réponse ministérielle du 17 mars 2022, que la date du 15 mai correspond à celle qui fait consensus concernant le moment du sevrage du jeune blaireau. Cependant, ainsi que cela ressort en particulier des données produites par le préfet de la Sarthe, lesquelles sont issues d'un rapport d'expertise collective établi par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail en juillet 2019, la date du 15 mai n'est qu'une moyenne, la période de sevrage de 12 semaines s'étendant de la mi-avril à la mi-juin. Il ressort de ce même rapport que l'accession du blaireau à l'âge adulte ne se déduit pas seulement du sevrage du petit blaireau, lequel est susceptible d'être atteint par la pratique de vénerie sous terre, mais nécessite qu'il atteigne une autonomie alimentaire et comportementale, laquelle n'est observée que sur la période courant de mi-mai à mi-juin avec une médiane vers la fin de la première semaine de juin. Par ailleurs, si la Fédération des chasseurs de la Sarthe, après avoir allégué dans sa requête que la population de blaireaux en Sarthe n'avait pas évolué, soutient, dans son mémoire en réplique, qu'elle a légèrement augmenté et que les prélèvements de blaireaux sont faibles, elle fournit seulement des données extrapolant un nombre de blaireaux à l'échelle du département à partir des observations annuelles réalisées entre 2006 et 2018 sur le territoire couvrant seulement entre 16 et 38 communes selon les années alors que le territoire de la Sarthe en compte plus de 350. Par ailleurs, les statistiques relatives à la campagne de chasse 2019-2020 produites par la fédération requérante présentent un nombre de prélèvements de blaireaux ne prenant appui sur aucune donnée concernant, d'une part, les prises accidentelles par piégeage d'autres espèces, en particulier le renard, à propos desquelles elle ne peut sérieusement soutenir qu'elles conduisent au relâchement de l'animal, d'autre part, les prises par chiens lors de battues. Il ressort en outre des pièces du dossier, et en particulier du document préparatoire à l'élaboration de l'arrêté en litige joint au mémoire en défense, que 504 blaireaux ont été tués au cours de la campagne de chasse 2016-2017, soit un nombre conséquent de prélèvements, les deux campagnes précédentes ayant conduit à prélever respectivement 437 et 302 individus de cette espèce, et que sa croissance est lente en raison d'un faible taux de reproduction annuel et d'une mortalité élevée des juvéniles de l'année. Dans ces conditions, et en l'absence enfin de données démontrant que les blaireaux causeraient des dégâts aux cultures qui seraient d'une importance particulière d'un point de vue économique, le préfet de la Sarthe, en décidant de fixer au 8 juin et non au 15 mai la date de début de la seconde période complémentaire de la vénerie sous terre du blaireau, n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard de la double exigence, découlant des dispositions précitées des articles L. 420-1, L. 424-10 et L. 425-4 du code de l'environnement, de ne pas porter atteinte au bon état de la population des blaireaux dans le département de la Sarthe, ni de favoriser la méconnaissance, par les chasseurs, de l'interdiction légale de destruction des petits blaireaux.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation présentées par la Fédération des chasseurs de la Sarthe doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la Fédération des chasseurs de la Sarthe est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Fédération des chasseurs de la Sarthe et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie en sera adressée au préfet de la Sarthe
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le rapporteur,
D. B
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
No 2008923
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026