mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2008929 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SPHERANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er septembre 2020, 24 septembre 2020 et 5 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Visscher, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet de police de Paris du 2 janvier 2020 rejetant sa demande de naturalisation ainsi que la décision du 2 juillet 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours hiérarchique ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui accorder la naturalisation un délai d'un mois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite du ministre est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle réside de manière continue avec sa famille en France depuis cinq ans ; elle est réfugiée statutaire et dispensée du stage prévu à l'article 21-19 du code civil ; elle est intégrée professionnellement ; ses revenus ont leur source en France ; elle parle couramment le français et adhère aux valeurs de la République ; elle ne représente pas une menace à l'ordre public ; ses enfants sont scolarisés ou en voie d'intégration professionnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son autonomie financière et matérielle ; elle méconnaît les termes des circulaires des 16 octobre 2012 et
21 juin 2013 ;
- le compte-rendu de l'entretien avec les services préfectoraux ne fait pas état des échanges spontanés qui ont pu intervenir ; elle a mal compris les questions qui lui étaient posées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 13 février 1971, a sollicité l'acquisition de la nationalité française auprès du préfet de police de Paris, qui a, par une décision du 2 janvier 2020, rejeté sa demande au motif de ses connaissances insuffisantes de l'histoire, de la culture et de la société françaises et des principes et valeurs essentiels de la République. L'intéressée a exercé un recours hiérarchique contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur. Par une décision implicite du 14 octobre 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté ce recours. Mme A demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
En ce qui concerne la décision du préfet de Police de Paris:
2. Aux termes de l'article 44 du décret du 30 décembre 1993 : " Si le préfet du département de résidence du postulant ou, à Paris, le préfet de police estime, même si la demande est recevable, qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. () ". Aux termes de l'article 45 du même décret : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet.
3. Par application de ces dispositions, la décision implicite du ministre de l'intérieur du 14 octobre 2020 s'est substituée à la décision du préfet de Police de Paris du 2 janvier 2020. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 14 octobre 2020.
4. Il en résulte d'une part que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables et doivent être rejetées et d'autre part que les moyens dirigés contre cette décision sont inopérants.
En ce qui concerne la décision implicite du ministre de l'intérieur du 14 octobre 2020 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait sollicité la communication des motifs de la décision auprès du ministre de l'intérieur. Elle n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la décision serait insuffisamment motivée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du
30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. () ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, tant l'assimilation du postulant à la société française, notamment sur son adhésion des principes fondamentaux de la République française ou un refus d'adhésion à ces principes.
7. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que les réponses apportées lors de son entretien avec les services préfectoraux le 18 décembre 2019 ne témoignaient pas d'une assimilation à la communauté française et d'une adhésion aux valeurs républicaines.
8. Il ressort des termes du compte-rendu de l'entretien d'évaluation du
18 décembre 2019 entre Mme A et un agent de la préfecture de police de Paris, que, questionnée sur le principe d'égalité entre les hommes et les femmes, l'intéressée a répondu que c'est " la femme est la 1ère responsable de la famille, elle gère tout " et que " c'est la femme qui doit se soumettre ". Elle a précisé par ailleurs que " chez nous en Afrique, c'est comme ça, ici en France, ils ont les mêmes pouvoirs. " Si l'intéressée fait valoir qu'elle n'a pas saisi le sens des questions posées, elle ne l'établit pas alors qu'elle indique par ailleurs maîtriser parfaitement le français et qu'il ressort des pièces du dossier que les questions posées étaient claires. Dans ces conditions, en dépit des réponses correctes apportées par l'intéressée à de nombreuses questions, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite, et sans qu'il soit besoin de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre de l'intérieur, ce dernier n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de naturalisation de Mme A.
9. En troisième lieu, la requérante ne saurait utilement se prévaloir des termes des circulaires des 16 octobre 2012 et 21 juin 2013 qui sont dépourvues de valeur réglementaire.
10. Les autres circonstances soulevées par la requérante sont incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
Le rapporteur,
Y. C
La présidente,
C. LOIRATLa greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026