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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2008958

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2008958

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2008958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSELARL ENARD BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 septembre 2020, Mme A B, représentée par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le président de l'université d'Angers a refusé de reconnaître comme imputable au service sa pathologie ;

2°) d'enjoindre au président de l'université d'Angers de régulariser sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit afin de dire si sa pathologie est en lien direct et certain avec son activité professionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'université d'Angers le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le médecin de prévention n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme et qu'il n'a pas transmis de rapport à cette commission ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas un établi qu'un médecin psychiatre a siégé au sein de la commission de réforme ;

- elle est entachée d'une " erreur de motif " dès lors que la commission de réforme a rendu un avis favorable à l'imputabilité au service de sa pathologie, d'après un représentant du personnel ayant siégé au sein de la commission ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les conditions de reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie, à savoir l'existence d'un lien direct entre sa pathologie et l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail d'une part, et l'absence de fait personnel ou de circonstance particulière conduisant à détacher la maladie du service d'autre part, sont réunies, comme il ressort du rapport du médecin psychiatre agréé.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 avril 2021, l'université d'Angers conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, assistante ingénieure de recherche et de formation, est affectée à l'université d'Angers depuis le 14 octobre 2013. Par un courrier du 21 octobre 2019, Mme B a sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service du syndrome anxio-dépressif dont elle souffre. Par la décision attaquée du 6 juillet 2020, le président de l'université d'Angers a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cette pathologie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les décisions portant refus de reconnaissance de l'imputabilité au service d'une pathologie sont au nombre des décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'un tel congé constitue un droit pour les fonctionnaires qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir.

3. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application et indique, s'agissant des éléments de fait qui la fondent, que l'enquête administrative diligentée par l'administration n'a pas permis de conclure à l'imputabilité au service de la maladie professionnelle dans la mesure où la maladie de figure pas dans le tableau des maladies professionnelles et que le taux d'IPP étant fixé à 15%, la maladie ne remplit pas les conditions retenues pour la reconnaissance d'une maladie professionnelle. Elle comporte ainsi une motivation suffisante pour permettre à Mme B de comprendre les raisons pour lesquelles elle a été prise. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 18 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires dans sa version en vigueur à la date à laquelle la décision attaquée a été prise : " Le médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34, 43 et 47-7. / Le fonctionnaire intéressé et l'administration peuvent, en outre, faire entendre le médecin de leur choix par le comité médical ou la commission de réforme. ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. S'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le médecin de prévention ait été informé de la réunion de la commission de réforme du 30 juin 2020 à la suite de laquelle est intervenue la décision attaquée, il ressort en revanche de ces pièces, et notamment des courriers électroniques échangés entre le service de médecine de prévention de l'université, le service des ressources humaines de l'université et la direction départementale de la cohésion sociale ainsi que de la fiche de saisine de la commission de réforme versés à l'instance, que le rapport de ce médecin sur la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie a été soumis à la commission de réforme. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, l'absence d'information du médecin chargé de la prévention de la date de la réunion de la commission de réforme n'a pas privé la requérante d'une garantie. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 12 du décret du 14 mars 1986, dans sa version alors applicable : " Dans chaque département, il est institué une commission de réforme départementale compétente à l'égard des personnels mentionnés à l'article 15. Cette commission () est composée comme suit : 1. Le chef de service dont dépend l'intéressé ou son représentant ; 2. Le directeur départemental ou, le cas échéant, régional des finances publiques ou son représentant ; 3. Deux représentants du personnel appartenant au même grade ou, à défaut, au même corps que l'intéressé, élus par les représentants du personnel, titulaires et suppléants, de la commission administrative paritaire locale dont relève le fonctionnaire ; toutefois, s'il n'existe pas de commission locale ou si celle-ci n'est pas départementale, les deux représentants du personnel sont désignés par les représentants élus de la commission administrative paritaire centrale, dans le premier cas et, dans le second cas, de la commission administrative paritaire interdépartementale dont relève le fonctionnaire ; 4. Les membres du comité médical prévu à l'article 6 du présent décret. ". En application l'article 5 du même décret, auquel renvoie l'article 6 précité, la commission de réforme compte " () deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, pour l'examen des cas relevant de sa qualification, un spécialiste de l'affection () ". Enfin, aux termes de l'article 19 du même décret : " () un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. ".

8. Il résulte de la combinaison des dispositions citées au point précédent que doit être présent, au sein de la commission de réforme appelée à statuer sur l'imputabilité au service de la maladie contractée par un agent, en plus des deux praticiens de médecine générale, un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par l'agent qui, s'il participe aux échanges de la commission, ne prend pas part au vote de son avis.

9. Il ressort des pièces du dossier qu'était présent, au sein de la commission de réforme appelée à statuer sur l'imputabilité au service de la pathologie de Mme B, en plus des deux praticiens de médecine générale, un médecin psychiatre spécialiste de la pathologie déclarée par la fonctionnaire. Le moyen tiré de l'absence de médecin spécialiste au sein de la commission de réforme manque ainsi en fait et doit être écarté.

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de la commission de réforme versé au dossier par l'université d'Angers, que cette commission a, dans sa séance du 30 juin 2020, rendu un avis défavorable à la demande de reconnaissance d'imputabilité au service de la pathologie de Mme B. Si la requérante produit à l'instance le courrier d'un représentant du personnel ayant siégé au sein de la commission affirmant que celle-ci a rendu un avis favorable à la demande de Mme B, cette affirmation est contredite par le fait que ce même représentant a apposé son nom et sa signature sur le procès-verbal susmentionné. En tout état de cause, l'avis de la commission de réforme ne lie pas l'administration quant à la décision de celle-ci sur la demande de reconnaissance d'imputabilité au service qui lui est présentée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une " erreur de motif " dans la mesure où la commission de réforme aurait rendu favorable et non défavorable doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau (). Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article 47-8 du décret du 14 mars 1986 : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par la commission de réforme compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ". Aux termes de l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : " Le taux d'incapacité mentionné au quatrième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 % ".

12. Le syndrome anxio-dépressif réactionnel à l'origine de la demande de reconnaissance d'imputabilité d'une maladie au service de Mme B n'est pas mentionné par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L.461-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Par suite, pour être reconnu imputable au service, il doit être susceptible d'entraîner un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) d'au moins 25%, et doit présenter un lien direct et essentiel avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.

13. Il ressort des pièces du dossier que le médecin psychiatre agréé ayant expertisé l'état de santé de Mme B a conclu à l'existence d'un trouble psychopathologique susceptible d'entraîner un taux d'incapacité permanente de 15%. La commission de réforme s'est fondée sur ce taux, qu'elle n'a pas remis en cause, pour rendre un avis défavorable à la reconnaissance d'imputabilité au service de Mme B. Celle-ci, qui se borne à insister sur l'existence d'un lien direct entre sa pathologie et l'exercice de ses fonctions ou ses conditions de travail et l'absence de fait personnel ou de circonstance particulière conduisant à détacher la maladie du service, ne développe aucune argumentation tendant à remettre en cause ce taux de 15% retenu par le médecin expert, par la commission de réforme et par le président de l'université d'Angers et, ni encore moins à démontrer que ce taux devrait être fixé à au moins 25%. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 portant refus d'imputabilité au service de sa pathologie.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'imputabilité au service de la pathologie développée par Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université d'Angers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'université d'Angers.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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