jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2009115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 septembre 2020, le 9 février 2021, le 10 mars 2021 et le 10 mai 2021, Mme A B, représentée en dernier lieu par Me Bourgeois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2021 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 27 février 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et substituant à cette dernière une décision de rejet de ladite demande ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation, dans un délai de quinze jours sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme B soutient que :
- elle remplit toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation ;
- elle vit en France depuis 17 ans, est parfaitement intégrée à la société française dans laquelle grandissent ses enfants, a une activité professionnelle stable et a activement participé à l'effort national pendant la période de l'état d'urgence sanitaire ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en droit en méconnaissance des dispositions de l'article 27 du code civil ;
- elle méconnait les circulaires du 27 juillet 2010 et 16 octobre 2021 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que si Mme B n'a pas su répondre à diverses questions, d'une part, elle était stressée lors de l'entretien et, d'autre part, elle a répondu correctement à 13 questions sur les 19 qui lui ont été posées, ce qui lui a d'ailleurs valu que le résultat de son évaluation soit évalué comme étant satisfaisant par l'agent ayant réalisé le compte-rendu ; elle conteste que lui aient été posées les questions relatives à la signification de la fête nationale, au nom du maire de sa commune ainsi qu'aux pays frontaliers de la France.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 avril 2021 et le 18 mai 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à la date d'enregistrement de la requête, aucune décision ministérielle n'était intervenue, le délai ayant été prorogé par l'ordonnance du 25 mars 2020 ;
- subsidiairement, sa décision expresse du 7 janvier 2021 s'est substituée à sa décision implicite née le 29 novembre 2020 ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé ou opérant.
Par ordonnance du 27 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 octobre 2023.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 10 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malienne née le 10 mars 1983, demande au tribunal d'annuler la décision du 7 janvier 2021 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 27 février 2020 par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et substituant à cette dernière une décision de rejet de ladite demande.
2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à la postulante, si elle le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la ressortissante étrangère qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte sur le degré de connaissance par la postulante de l'histoire, de la culture et de la société françaises et des droits et devoirs conférés par la nationalité française du postulant.
3. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que les réponses qu'elle a apportées lors de son entretien mené en préfecture en vue d'évaluer son niveau de connaissance de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, des droits et devoirs conférés par la nationalité française et de son adhésion aux principes et valeurs essentiels de la République, témoignent d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux principes, symboles et institutions de la République, aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde, dès lors que, malgré 17 ans de résidence en France, elle ignore quels sont les symboles de la République française, le nom de l'hymne national, la signification de la fête nationale, le nom du maire de sa commune, l'âge maximal de la scolarité obligatoire en France, le nom d'un fleuve, qu'elle n'a pas été capable de s'exprimer sur le principe de fraternité, et a cité les Etats-Unis et la Chine comme pays frontaliers de la France.
4. En premier lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.
5. En deuxième lieu, il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation, établi par les services de la préfecture de Seine-Saint-Denis le 6 février 2020, que Mme B, laquelle résidait pourtant en France depuis 17 ans, interrogée par les services préfectoraux, si elle a su répondre à de nombreuses questions qui lui ont été posées, n'a toutefois pas su répondre aux questions concernant notamment les symboles de la République Française, les dates des Guerres mondiales, le nom d'un fleuve français, le nom du maire de sa commune, le nom de l'hymne national, et n'a pas été en mesure d'expliciter la notion de fraternité. Mme B ne contredit pas sérieusement le motif de la décision attaquée en soutenant, sans l'établir, que les questions relatives à la signification de la fête nationale, au nom du maire de sa commune ainsi qu'aux pays frontaliers de la France ne lui ont pas été posées, en se prévalant de ce qu'elle était stressée lors de l'entretien et de ce qu'elle a néanmoins réussi à répondre à une majorité des questions qui lui ont été posées. Enfin, la seule circonstance que l'agent de la préfecture a estimé que le résultat de l'évaluation de son " adhésion aux principes et valeurs de la République " était satisfaisant n'est pas de nature à remettre en cause les lacunes relevées au cours de cet entretien, alors au demeurant que ce même agent a estimé que le résultat de l'évaluation des " connaissances de l'histoire, de la culture, de la société française et des droits et devoirs " était insuffisant. Dans ces conditions, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, rejeter la demande de naturalisation de Mme B pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.
6. En troisième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir du contenu des circulaires du 27 juillet 2010 et du 16 octobre 2021, dès lors que ces énonciations ne constituent pas des lignes directrices et sont dépourvues de caractère réglementaire.
7. En quatrième lieu, la circonstance selon laquelle Mme B remplirait toutes les conditions de recevabilité d'une demande de naturalisation est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, laquelle n'est pas une décision d'irrecevabilité.
8. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles Mme B vit en France depuis 17 ans, est parfaitement intégrée à la société française dans laquelle grandissent ses enfants, a une activité professionnelle stable et a activement participé à l'effort national pendant la période de l'état d'urgence sanitaire sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, eu égard au motif sur lequel elle se fonde.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2': Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Bourgeois.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.
Le rapporteur,
R. HANNOYERLa présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026