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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009159

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009159

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : Mme CARO - R. 222-13
Avocat requérantSCP BARBARY MORICE L'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 septembre 2020 et le 29 juin 2022, M. B C, représenté par Me L'Hélias, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui accorder l'échange de son permis de conduire azerbaïdjanais contre un permis de conduire français ainsi que la décision implicite du 8 août 2020 par laquelle la directrice du centre d'expertise et de ressources titres (CERT) a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de procéder à l'échange de son permis de conduire azerbaïdjanais contre un permis de conduire français, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande, au regard de la législation en vigueur à la date où il a déposé sa demande d'échange de permis de conduire, soit le 28 novembre 2018 ;

3°) de condamner, dans l'hypothèse où ses conclusions à fin d'annulation seraient rejetées, l'Etat et/ou le CERT à lui verser, à titre de dommages et intérêts, une somme de 1 200 euros, en réparation du préjudice financier résultant de la nécessité de devoir repasser son permis de conduire et du coût de préparation et de présentation aux épreuves du permis de conduire, ainsi qu'une somme de 4 000 euros en réparation du préjudice économique et de la perte de chance de pouvoir occuper un emploi nécessitant la détention du permis de conduire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 300 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet a commis une faute de service en ne traitant pas sa demande d'échange de permis avant le 9 avril 2019 ; la décision litigieuse n'est pas suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le délai anormalement long de traitement de sa demande d'échange de permis de conduire par le CERT de Nantes, chargé de l'examen des demandes d'échange des permis de conduire, a abouti à une situation où l'administration a appliqué, à la date où elle a rendu sa décision, une législation plus défavorable au requérant que celle en vigueur à la date où il a présenté sa demande d'échange du permis de conduire ;

- l'examen de la demande du requérant au regard de cette nouvelle législation lui a causé un préjudice puisqu'elle le contraint à se représenter aux épreuves du permis de conduire, à payer des frais d'inscription et de suivi de cours auprès d'une auto-école et le prive de la possibilité de conduire tout véhicule nécessitant la détention du permis de conduire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 avril 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée le 10 février 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le code de la route ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;

- l'arrêté interministériel du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant azerbaïdjanais, né le 22 avril 1976 à Salyan (Azerbaïdjan), qui s'est vu octroyer le statut de réfugié par une décision de la Cour nationale de droit d'asile du 16 septembre 2018, a demandé, le 22 novembre 2018, auprès des services préfectoraux de la Mayenne, l'échange de son permis de conduire, délivré le 14 juin 2016 par les autorités azerbaïdjanaises, contre un permis de conduire français. Par une décision du 30 décembre 2019, le préfet de la région Pays de la Loire, préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande au motif qu'il n'existait pas d'accord de réciprocité entre la France et l'Azerbaïdjan en matière d'échange de permis de conduire. Par une décision du 27 février 2020, le requérant a formé un recours gracieux contre cette décision et a également présenté des conclusions indemnitaires au titre des préjudices qu'il estime avoir subis en raison du délai d'instruction de sa demande, responsable selon lui de l'assujettissement de sa demande d'échange de permis de conduire à la nouvelle règlementation, plus restrictive. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet est née le 8 août 2020, en application de l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020. Par la présente requête, M. C demande au Tribunal à titre principal, l'annulation de cette décision, à titre subsidiaire, la condamnation de l'État à lui verser les sommes de 1 200 euros, en réparation de son préjudice financier résultant de la nécessité de devoir repasser son permis de conduire et du coût de préparation et de présentation aux épreuves du permis de conduire, ainsi qu'une somme de 4 000 euros en réparation du préjudice économique et de la perte de chance de pouvoir occuper un emploi nécessitant la détention du permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un Etat ni membre de l'Union européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peut être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article D. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière, après avis du ministre de la justice et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé ". Pour l'application de ces dispositions, l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dispose que : " I. - Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : / A. - Avoir été délivré au nom de l'Etat dans le ressort duquel le conducteur avait alors sa résidence normale, sous réserve qu'il existe un accord de réciprocité entre la France et cet Etat conformément à l'article R. 222-1 du code de la route. Seul le dernier titre délivré peut être présenté à l'échange () ".

3. Dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 19 avril 2019, le I de l'article 11 du même arrêté du 12 janvier 2012 disposait que : " I. Les dispositions du A du I de l'article 5 ne sont pas applicables au titulaire d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen possédant un titre visé au I de l'article 4 comportant la mention " réfugié " ". Ces dispositions ont toutefois été abrogées par l'article 1er de l'arrêté du 9 avril 2019 modifiant l'arrêté du 12 janvier 2012, qui a été publié au Journal officiel de la République française le 18 avril 2019 et est entré en vigueur le lendemain de sa publication.

4. D'une part, sauf dispositions expresses contraires, il appartient à l'autorité administrative de statuer sur les demandes dont elle est saisie en faisant application des textes en vigueur à la date de sa décision. Il en va notamment ainsi, en l'absence de texte y dérogeant, des décisions que l'administration est amenée à prendre, implicitement ou expressément, sur les demandes d'échange de permis de conduire qui lui sont présentées en application des dispositions citées au point 2.

5. D'autre part, si l'article L. 221-4 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Sauf s'il en est disposé autrement par la loi, une nouvelle réglementation ne s'applique pas aux situations juridiques définitivement constituées avant son entrée en vigueur ou aux contrats formés avant cette date ", le dépôt d'une demande d'échange de permis de conduire ne saurait être regardé comme instituant, au profit du demandeur, une situation juridique définitivement constituée à la date de ce dépôt. Par suite, la circonstance qu'une demande d'échange de permis de conduire a été déposée avant l'entrée en vigueur des modifications introduites par l'arrêté du 9 avril 2019 ne saurait faire obstacle à ce que ces modifications lui soient applicables.

6. Ainsi, lorsque l'administration statue, à compter du 19 avril 2019, c'est-à-dire après l'entrée en vigueur des dispositions ayant rendu applicable aux bénéficiaires du statut de réfugié, aux apatrides ou aux étrangers ayant obtenu la protection subsidiaire, la condition d'existence d'un accord de réciprocité pour tout échange d'un permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'Espace économique européen, il lui appartient de vérifier le respect de cette condition, y compris pour les demandes qui ont été déposées avant le 19 avril 2019.

7. Compte tenu de ce qui a été dit au point 5, M. C ne se trouvait pas dans une situation juridique définitivement constituée le 22 novembre 2018, date à laquelle il a déposé sa demande d'échange de permis. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'existait un accord de réciprocité en matière d'échange de permis de conduire entre la France et l'Azerbaïdjan à la date à laquelle le préfet de la Loire-Atlantique s'est prononcé sur la demande de M. C. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique a pu légalement se fonder sur ce seul motif, en application des dispositions de l'article 5-1-A de l'arrêté du 12 janvier 2012 susvisé, qui impose la condition de l'existence d'un accord de réciprocité entre la France et le pays dans lequel a été obtenu le permis de conduite y compris aux réfugiés, pour refuser l'échange du permis demandé. Dès lors, à supposer que le requérant ait entendu soulever le moyen tiré de l'erreur de droit ou d'appréciation, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 décembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire azerbaïdjanais contre un permis de conduire français ainsi que la décision implicite du 8 août 2020 par laquelle la directrice du centre d'expertise et de ressources titres (CERT) a rejeté son recours gracieux. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Le préfet a statué le 30 décembre 2019 sur la demande présentée le 22 novembre 2018 par M. C et tendant à l'échange de son permis de conduire étranger. Dans ces conditions, le délai d'instruction de cette demande n'a pas été anormalement long. Par suite, le requérant n'est pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute de l'État à raison de ce délai d'instruction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. C au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me L'Hélias.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023

La magistrate désignée,

N. A

s

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

V. Malingre

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