mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2009179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DARMON |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête enregistrée le 11 septembre 2020 sous le n°2009179, Mme B A, représentée par Me Darmon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision explicite du 22 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 15 mai 2020 du préfet du Val de Marne rejetant sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui accorder la nationalité française, dans un délai de trente jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut à l'irrecevabilité de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision ministérielle n'était née à la date d'introduction de la requête.
II/ Par une requête enregistrée le 30 novembre 2020 sous le n°2012276, Mme B A, représentée par Me Darmon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 15 mai 2020 du préfet du Val de Marne rejetant sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val de Marne de lui accorder la nationalité française, dans un délai de trente jours.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Dupont, substituant Me Darmon, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante nigériane, née le 22 mars 1967, a sollicité l'acquisition de la nationalité française auprès du préfet du Val de Marne qui, par une décision du 15 mai 2020, a rejeté cette demande. L'intéressée a exercé un recours hiérarchique contre cette décision le 16 juillet 2020. Une décision implicite de rejet puis une décision explicite de rejet du 8 février 2021 ont été opposées par le ministre de l'intérieur. Par ses deux requêtes
n° 2009179 et n° 2012276, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement,
Mme A demande au tribunal l'annulation d'une décision implicite du 22 juillet 2020 et d'une seconde décision implicite du 22 novembre 2020. Le 8 février 2021, le ministre de l'intérieur a rejeté explicitement le recours hiérarchique de Mme A.
Sur la requête n°2009179 :
2. Aux termes de l'article 45 du décret visé ci-dessus du 30 décembre 1993: " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours. "
3. Il ressort des pièces du dossier que le recours hiérarchique de Mme A contre la décision du préfet du Val de Marne du 15 mai 2020 a été réceptionné par le ministre de l'intérieur le 22 juillet 2020. A cette même date, aucune décision explicite de rejet du ministre n'existait. De même, à la date d'enregistrement de sa requête, le 11 septembre 2020, aucune décision implicite n'était née sur son recours hiérarchique. Dans ces conditions, le ministre est fondé à soutenir que la requête est irrecevable.
Sur la requête n°2012276 :
En ce qui concerne la décision implicite du ministre de l'intérieur :
4. Il résulte des termes de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 rappelés ci-dessus que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet.
5. Par application de ces dispositions, la décision explicite du ministre de l'intérieur du 8 février 2021 s'est substituée à la décision implicite née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le ministre de l'intérieur sur le recours hiérarchique. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 8 février 2021.
6. Il en résulte d'une part que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur sont irrecevables et doivent être rejetées et d'autre part que les moyens dirigés contre cette décision sont inopérants.
En ce qui concerne la décision du ministre de l'intérieur du 8 février 2021 :
7. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre suivant, Mme C, nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française le 29 septembre 2016, a accordé à Mme D E, attachée principale d'administration de l'Etat, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau des naturalisations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte manque en fait et doit être écarté.
8. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
9. En troisième lieu, Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du
30 décembre 1993 visé ci-dessus : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ".
10. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ". Aux termes de l'article 37 du décret n° 93-1362 du
30 décembre 1993 : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : / a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; / b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'assimilation du postulant.
11. D'une part, pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française présentée par Mme A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée témoignait d'une connaissance insuffisante des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France, aux règles de vie en société (principes, symboles et institutions de la République), aux principaux droits et devoirs liés à l'exercice de la citoyenneté française, et à la place de la France dans l'Europe et dans le monde.
12. En l'espèce, il ressort du compte rendu d'entretien d'assimilation, rédigé le
18 février 2020 par l'agent de la préfecture du Val de Marne qui a reçu Mme A, qu'en dépit de plus de trente années de présence en France, elle ne connaissait pas les dates des deux guerres mondiales, la géographie (fleuves, mers et océans, chaînes de montagnes, nombre de régions et de départements), le nombre d'États membres de l'Union européenne, l'année d'instauration de la Vème République, le nom du maire de sa commune ni les droits et devoirs que confère la nationalité française à laquelle elle aspire, hormis le droit de vote. Par ailleurs, la requérante n'a pas su définir, même succinctement, ou illustrer, les principes fondamentaux de " fraternité " et de " laïcité ". L'état d'anxiété invoqué par la requérante ne suffit pas à expliquer l'insuffisance de ses réponses lors de cet entretien. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, pour ce motif et sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, rejeter la demande de l'intéressée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de Mme A ne peuvent qu'être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2009179 et n°2012276 de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Darmon et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
Le rapporteur,
Y. F
La présidente,
C. LOIRAT
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2009179 ; 2012276
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026