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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009202

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009202

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantSAUTEREAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre 2020 et 24 mai 2022 sous le n°2009202, M. A B, représenté par Me Sautereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a procédé à sa mutation dans l'intérêt du service ;

2°) d'annuler la décision de rupture d'établissement prise en application de la décision du 15 juillet 2020 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont des sanctions déguisées faisant grief ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service méconnaît les droits de la défense dès lors qu'elle avait été prise en réalité bien avant son édiction ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service est une sanction déguisée prise sans consultation préalable du conseil de discipline, ce qui l'a privé d'une garantie ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service n'a pas été précédée de la consultation de la commission administrative paritaire, ce qui l'a privé d'une garantie ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service est insuffisamment motivée en fait et n'est pas motivée en droit ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service est entachée d'inexactitude matérielle des faits ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de mutation dans l'intérêt du service est entachée de détournement de pouvoir ;

- la décision de rupture d'établissement est illégale à raison de l'illégalité de la décision de mutation dans l'intérêt du service.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la mesure de rupture d'établissement sont irrecevables dès lors que cette mesure n'a pas été produite et que, s'agissant d'un acte de pure gestion, elle ne fait pas grief ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II - Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 septembre 2020 et 24 mai 2022 sous le n° 2009203, M. A B, représenté par Me Sautereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères l'a affecté sur le poste de rédacteur au bureau rédaction 2 en administration centrale à Nantes ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'Europe et des affaires étrangères de le réaffecter au consulat général de France à Johannesburg, en qualité de consul général adjoint ou de lui proposer une nouvelle affectation à l'étranger dans les services consulaires, sur un emploi correspondant à son grade ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaqué fait grief ;

- elle a été prise sur le fondement de la décision de mutation d'office prise le 15 juillet 2020 qui est elle-même illégale et dont il a demandé l'annulation ;

- les missions confiées ne correspondent pas à son grade dès lors qu'elles sont dépourvues d'encadrement ;

- la durée d'affectation sur un poste à l'étranger, prévue par une note diplomatique, a été méconnue ; à supposer fondée la mutation dans l'intérêt du service, il aurait dû être de nouveau affecté sur un poste à l'étranger.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision de mutation dans l'intérêt du service sont irrecevables dès lors que la décision d'affectation n'a pas été prise en application de cette décision et en dehors d'une opération complexe ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;

- les observations de Me Sautereau, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titularisé dans le corps des secrétaires de chancellerie le 6 juin 1995, a été affecté le 2 septembre 2018 au consulat général de France à Johannesburg, en qualité de consul adjoint et de chef de chancellerie. Par une décision du 15 juillet 2020, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a procédé à sa mutation d'office dans l'intérêt du service sur un poste en administration centrale. Par une note diplomatique du 31 juillet 2020, M. B a été informé par la direction des ressources humaines de son affectation, à compter du 27 août 2020, sur un poste de rédacteur au bureau rédaction 2 du département établissement du service central d'état-civil à Nantes. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 15 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a procédé à sa mutation dans l'intérêt du service, la décision de rupture d'établissement prise en application de la décision du 15 juillet 2020 ainsi que la décision l'affectant sur le poste de rédacteur au bureau rédaction 2 en administration centrale à Nantes.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense et l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / (). ". M. B demande l'annulation d'une " décision de rupture d'établissement ", sans produire la décision en cause mais en indiquant que celle-ci est révélée par les pièces jointes à sa requête. A supposer que le requérant demande l'annulation de la décision par laquelle il a été mis fin à son affectation au consulat général de France à Johannesburg pour l'affecter sur un poste en administration centrale, cette décision n'est pas distincte de la décision du 15 juillet 2020 attaquée, qui a le même objet et les mêmes effets. Il suit de là qu'il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur la jonction des requêtes :

3. Les requêtes n°s 2009202 et 2009203, présentées par le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 15 juillet 2020 de mutation dans l'intérêt du service :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du principe général des droits de la défense :

4. Par un courrier du 2 juillet 2020, le directeur des ressources humaines a informé

M. B de l'intention de l'administration de procéder à sa mutation dans l'intérêt du service, l'a invité à formuler ses observations d'ici le 14 juillet 2020, ce qu'il a fait le 13 juillet 2020, et l'a informé de son droit à consulter son dossier, consultation réalisée par deux mandataires choisis par le requérant le 13 juillet 2020. Le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit ainsi être écarté. Si le requérant soutient que la décision de mutation dans l'intérêt du service " avait été prise en réalité il y a bien longtemps ", un courrier électronique du 25 septembre 2019 de la consule générale établissant selon lui que celle-ci avait l'intention de se séparer de lui dès cette date, intention renforcée après l'entretien professionnel du mois de mai 2020, l'existence d'une telle intention est sans incidence sur le respect des droits de la défense et sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que le requérant a bien été mis à même de consulter son dossier et de formuler ses observations.

En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure tenant à l'absence de consultation de la commission administrative paritaire :

5. Comme le relève lui-même le requérant, l'article 60 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version en vigueur à la date d'édiction de la décision attaquée, ne subordonnait plus la mutation d'un agent à la consultation de la commission administrative paritaire (CAP). Si le chef du bureau des parcours professionnels des agents titulaires et assimilés de catégorie B du ministre de l'Europe et des affaires étrangères a, dans un courrier électronique du 1er juillet 2020 adressé à la consule générale, envisagé que M. B fasse l'objet d'une mutation dans l'intention du service dans la mesure où la consule générale faisait état d'une rupture du lien de confiance, et la possibilité que cette mutation soit soumise à l'examen de la CAP d'automne, il ressort des pièces du dossier que, in fine, l'administration n'a pas sollicité à titre facultatif l'avis de la CAP sur la mutation de M. B. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'absence de consultation de la CAP constituerait en elle-même un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable suivie à titre facultatif, susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision prise ou l'ayant privé d'une garantie.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que la décision attaquée est une sanction disciplinaire déguisée et les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence de saisine du conseil de discipline :

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision de mutation dans l'intérêt du service en litige se fonde sur la " rupture du lien de confiance " entre M. B et sa hiérarchie, en raison de plusieurs dysfonctionnements qui avaient été notifiés au requérant, pour une partie d'entre eux, lors de son entretien professionnel 2019 et par un courrier du mois de juillet 2019, et pour l'autre partie, à l'occasion d'un entretien, le 10 juin 2020, entre M. B, la consule générale et la secrétaire générale de l'ambassade de France.

7. Si une nouvelle affectation entraîne une modification de la situation de l'intéressé, elle prend le caractère d'une mutation. La mutation dans l'intérêt du service revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

8. Le requérant soutient que la décision en litige est une sanction disciplinaire déguisée dès lors que les dysfonctionnements qui lui sont reprochés sont qualifiés de fautes, notamment disciplinaires, que la consule générale l'a menacé de sanction au mois de septembre 2019 et que cette décision entraîne une perte de rémunération et de responsabilités.

9. Il ressort des pièces du dossier que les dysfonctionnements reprochés à M. B, qui ont altéré le lien de confiance entre celui-ci et la consule générale, à savoir sa

non-participation à diverses instances auxquelles sa présence était requise, l'absence d'invitation et d'information des participants à un comité de sécurité annuel et à un comité de sécurité exceptionnel, l'absence de formation d'un agent de droit local nouvellement affecté en vue de l'organisation d'un conseil consulaire, la méconnaissance manifestée par M. B à l'occasion de ce conseil consulaire des dossiers et des mécanismes mis en œuvre dans le cadre de la crise sanitaire et l'absence de liens avec la communauté consulaire européenne ne relèvent pas de motifs disciplinaires et n'ont d'ailleurs pas été qualifiés comme tels par les responsables hiérarchiques de M. B, dans la décision attaquée ou dans l'un des documents faisant état de ces manquements. Si la consule générale a reproché à M. B des impolitesses ou des remarques déplacées, ces manquements ne constituent pas nécessairement des fautes disciplinaires mais révèlent davantage une carence de M. B dans son positionnement en tant qu'agent titulaire d'une représentation de la France à l'étranger, adjoint à la cheffe de chancellerie de surcroît. Il ressort également des pièces du dossier que ces divers dysfonctionnements ont altéré le lien de confiance entre M. B et la consule générale, de sorte que la mutation d'office du requérant présentait un intérêt pour le service. Enfin, si le requérant soutient que la consule générale aurait cherché à le sanctionner pour avoir porté des appréciations défavorables sur sa manière de servir dans le cadre de son évaluation dite " à 360° ", non seulement il n'est pas établi que M. B aurait évalué sa supérieure hiérarchique de manière négative mais en tout état de cause les évaluations effectuées dans ce cadre sont anonymisées et synthétisées pour être portées à la connaissance de l'agent évalué, de sorte que le motif de l'intention punitive alléguée n'est pas établi. Ainsi, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en procédant à sa mutation d'office, aurait entendu le sanctionner, une telle intention n'étant pas révélée par les pièces du dossier.

10. Par suite, M. B n'étant pas fondé à soutenir que la décision attaquée du

15 juillet 2020 constituerait une sanction disciplinaire déguisée, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du vice de procédure tenant à l'absence de consultation du conseil de discipline sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne les moyens tirés de l'inexactitude matérielle des faits et de l'erreur manifeste d'appréciation :

11. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige se fonde sur diverses difficultés constatées dans la manière dont de M. B s'est acquitté de ses obligations professionnelles, qui ont altéré le lien de confiance entre le requérant et sa hiérarchie, faits exposés dans un courrier électronique du 3 juillet 2019 et un compte-rendu d'entretien daté du 12 juin 2020.

12. Il ressort des pièces du dossier qu'à deux reprises, M. B a adopté un comportement inadapté à l'égard de collègues dans le cadre de demandes, l'une de naturalisation, l'autre de visa, émanant de deux agents de droit local de l'ambassade, en remettant en question le bien-fondé de la demande de naturalisation et en se montrant agressif à l'endroit de deux collègues intervenant pour faciliter la demande de visa, quand bien même ces deux demandes étaient déposées dans un cadre dérogatoire. Par suite, le manquement tenant à un comportement inadapté à l'endroit de collègues de travail est matériellement établi.

13. Il ressort également des pièces du dossier que si M. B a envoyé le 17 octobre 2018 un courrier électronique d'invitation à une réunion des chefs d'îlots et de leurs adjoints programmée le 15 novembre suivant, cette invitation n'a pas été envoyée à l'ensemble des personnes concernées, compte tenu de la différence entre le nombre de destinataires et le nombre de chefs d'îlots et d'adjoints, et que la consule générale a demandé à M. B de compléter ce courrier électronique puis a elle-même organisé l'intervention lors de cette réunion d'un représentant d'une organisation non-gouvernementale. Si le requérant soutient que sa collaboration avec l'ensemble des intervenants a été " parfaite " et que le résultat de cette réunion a été salué par la consule générale, il ne l'établit pas. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B a convié à une réunion par visio-conférence un nombre de participants supérieur à celui que permettait techniquement la connexion de l'ensemble des participants. Le requérant ne conteste pas que, s'il n'a pas physiquement assisté à cette réunion en raison de congés annuels, il n'en a pas effectué de suivi alors que cette réunion revêtait un caractère particulièrement important, d'après les allégations en défense qui ne sont pas contredites sur ce point. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'agent chargé de l'organisation du conseil consulaire du 29 mai 2020, que M. B était chargé d'encadrer à cette fin, n'avait pas préparé cette réunion de manière satisfaisante. Si le requérant fait valoir que l'agent en question avait bénéficié d'un " tuilage " d'une courte durée seulement et que

lui-même avait été arrêté pour maladie durant cinq mois, il ressort des pièces du dossier que l'agent en question travaillait depuis neuf ans pour le consulat général, qu'il avait pris son poste au mois de septembre 2019 et que M. B était de retour de congé de maladie depuis deux mois, de sorte qu'il n'est pas établi que le requérant ne pouvait pas correctement encadrer cet agent dans l'optique d'une réunion. Le compte-rendu d'entretien du 12 juin 2020 fait également état que M. B lui-même a manifesté à l'occasion de cette réunion sa méconnaissance des dossiers à l'ordre du jour, de sorte que plusieurs participants ont exprimé leur mécontentement par écrit et que M. B a dû présenter des excuses à une élue en raison du ton sur lequel il s'était adressé à elle. Le requérant ne conteste pas ces allégations, ni dans le cadre de l'instance, ni dans le cadre des observations qu'il a formulées à l'issue de l'entretien du 12 juin 2020. Par suite, l l'insuffisante implication de M. B dans l'organisation de réunions est matériellement établie.

14. Si le requérant soutient qu'il ne peut pas lui être reproché d'avoir instauré une distance avec la consule générale, notamment en raison de la proximité géographique de leurs bureaux respectifs, il ressort des pièces du dossier que la consule générale, lors de l'entretien du 12 juin 2020, a reproché à M. B, non d'avoir établi une distance physique entre eux deux, mais de ne pas l'avoir saluée ni ne lui avoir adressé la parole durant plusieurs jours après le conseil consulaire du 29 mai 2020, ce que le requérant ne conteste pas.

15. Il ressort encore des pièces du dossier que M. A n'a pas répondu à une demande de la secrétaire générale de l'ambassade portant sur la préparation d'éléments de langage en vue de " plaider ", selon le terme même de cette demande, auprès de l'administration centrale la création d'un poste de titulaire de catégorie C en remplacement d'un poste de volontaire international en administration au service des visas et qu'il n'a pas respecté l'interdiction de communiquer sur les vols retours en France avant que l'instruction n'en ait été donnée par l'ambassadeur dans le cadre de la crise sanitaire en lien avec la pandémie de covid-19. Par suite, ces éléments sont suffisamment établis.

16. Le requérant ne conteste pas qu'il n'a développé aucun lien avec la communauté consulaire européenne, comme il ressort du compte-rendu de l'entretien du 12 juin 2020. Il ne conteste pas non plus qu'il n'a pas représenté le consulat général lors de plusieurs réunions auxquelles la consule générale, dont il était l'adjoint, ne s'est pas rendue, quel que soit le motif de l'absence de cette dernière. Il n'établit pas qu'il aurait été dispensé de participation à ces instances en raison de la crise sanitaire.

17. Il ressort enfin des pièces du dossier que M. B n'a pas vérifié le contenu d'un contrat de travail concernant le service des visas mis à la signature de la consule générale avant cette signature, le contrat prévoyant un recrutement à temps complet alors que l'agent concerné devait être recruté à mi-temps.

18. En revanche, la matérialité des dysfonctionnements tenant à un comportement déplacé à l'occasion d'un entretien de naturalisation, à l'expression de propos inadaptés sur la police diplomatique sud-africaine lors d'un conseil consulaire européen et au maintien de deux tournées des postes de présence diplomatique en dépit de consignes contraires de la consule générale ne sont pas suffisamment établis par les pièces du dossier.

19. Le contenu des témoignages versés à l'instance par le requérant, faisant état, de la part de plusieurs agents du consulat général de France à Johannesburg et de l'ancien consul général de France à San Francisco avec lequel M. B a collaboré en 2009, des qualités professionnelles et relationnelles de M. B, est insuffisant pour démontrer que le comportement qui lui est attribué n'est pas matériellement établi et de nature à justifier dans l'intérêt du service son changement d'affectation.

20. Il ressort ainsi des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté par le requérant, que les faits mentionnés aux points 12 à 17 dont la matérialité est suffisamment établie par les pièces du dossier ont créé une perte du lien de confiance entre M. B et sa hiérarchie, de nature à porter atteinte au bon fonctionnement du service. Ces faits permettent en outre d'établir que M. B a eu des difficultés à plusieurs reprises à accomplir les missions qui lui ont été confiées et qu'il a, de plus, eu des difficultés relationnelles avec plusieurs agents du poste consulaire. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'absence de " grave " perturbation du service ne faisait pas obstacle à ce qu'il soit muté sur un autre poste dans l'intérêt de ce service. Par ailleurs, la circonstance que certains agents du poste consulaire se plaignent de la manière de servir de la consule générale n'est pas de nature à établir que celle-ci serait à l'origine de la perte de confiance susmentionnée. Enfin, si M. B se prévaut de ce que la décision attaquée, en tant qu'elle l'affecte dans un service d'administration centrale, porte atteinte à sa vie familiale dans la mesure où il s'était installé en Afrique du Sud avec son épouse et son fils mineur, scolarisé au lycée français, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. B n'occupait pas d'emploi en Afrique du Sud et pouvait donc sans difficulté majeure se réinstaller en France avec son époux, que la mutation d'office a été programmée à l'été 2020, de sorte que le déroulement de la scolarité du fils de M. B n'a pas été significativement affectée, et que les frais de changement d'installation de la famille ont été pris en charge par l'administration. Si le requérant déplore sa baisse significative de rémunération, celle-ci découle des caractéristiques respectives de son poste à Johannesbourg et de son poste en administration centrale, lequel est dépourvu des sujétions inhérentes à une affectation à l'étranger qui justifient une rémunération plus élevée. Dans ces conditions, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a pu légalement estimer, sans commettre une erreur manifeste d'appréciation, que l'intérêt du service justifiait que M. B soit affecté dans un autre service.

En ce qui concerne le moyen tiré du détournement de pouvoir :

21. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision attaquée est fondée sur la manière de servir de M. B, laquelle a entraîné une perte de confiance avec sa hiérarchie. En outre, comme il a été dit au point 9, il n'est pas établi que M. B aurait, dans le cadre de son évaluation dite " à 360° ", évalué sa supérieure hiérarchique de manière négative. En tout état de cause, les évaluations effectuées dans ce cadre sont anonymisées de sorte que la consule générale ne pouvait identifier M. B comme un agent ayant porté une appréciation défavorable sur sa manière de servir. Par ailleurs, alors que plusieurs agents du poste consulaire attestent à l'instance avoir évalué la consule générale de manière défavorable, il n'est pas établi, ni même allégué, que d'autres agents que M. B auraient fait l'objet de décisions préjudiciables. Il suit de là qu'il n'est pas établi que la décision attaquée, qui, si elle a été proposée par la consule générale, n'a pas été prise par elle, aurait été édictée à titre de représailles après que M. B a porté une appréciation défavorable sur la manière de servir de cette dernière. Il s'ensuit que le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté, sans qu'il soit besoin d'ordonner avant dire droit la production des documents ayant servi à l'évaluation de la consule générale.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dans la requête n°2009202, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision d'affectation sur le poste de rédacteur au sein du bureau rédaction 2 du service de l'état-civil des Français nés à l'étranger :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité :

23. Compte tenu de ce qui a été dit au point 22, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'affectation est illégale à raison de la décision procédant à sa mutation dans l'intérêt du service.

En ce qui concerne le moyen tiré de ce que le poste d'affectation ne correspond pas au grade du requérant :

24. Aux termes de l'article 48 du décret du 6 mars 1969 relatif au statut particulier des agents diplomatiques et consulaires : " Les secrétaires de chancellerie ont vocation principale à servir dans une mission diplomatique ou un poste consulaire. / Lorsqu'ils sont affectés dans une mission diplomatique, un consulat général ou un consulat, les secrétaires de chancellerie exercent généralement les attributions de chef de chancellerie. / () Lorsqu'ils sont affectés à l'administration centrale, ils exercent les attributions dévolues aux secrétaires administratifs des administrations de l'Etat. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 19 mars 2010 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux corps des secrétaires administratifs des administrations de l'Etat : " I. ' Les secrétaires administratifs sont chargés de tâches administratives d'application. A ce titre, ils participent à la mise en œuvre, dans les cas particuliers qui leur sont soumis, des textes de portée générale. / Ils exercent notamment des tâches administratives de gestion dans les domaines des ressources humaines, logistiques, financiers ou comptables. Ils peuvent se voir confier des tâches de rédaction et être chargés de l'animation d'une équipe. Ils peuvent également assurer des fonctions d'assistant de direction. / II. ' Les secrétaires administratifs de classe supérieure et les secrétaires administratifs de classe exceptionnelle ont vocation à occuper les emplois qui, relevant des domaines d'activité mentionnés au I, correspondent à un niveau d'expertise acquis par l'expérience professionnelle, par la formation initiale ou par la formation professionnelle tout au long de la vie. Ils peuvent également être investis de responsabilités particulières de coordination d'une ou plusieurs équipes. ".

25. Contrairement à ce que soutient le requérant, la seule circonstance que le poste de rédacteur et d'officier d'état-civil sur lequel la décision attaquée l'affecte ne comprend pas de missions d'encadrement ne permet pas d'établir que ce poste ne correspond pas à son grade. Il ressort des pièces du dossier que l'activité principale de ce poste, à savoir l'établissement d'actes d'état-civil pour des personnes accédant à la nationalité française par décret et la délivrance de copies ou d'extraits d'actes d'état-civil, correspond aux missions que son grade de secrétaire de chancellerie de classe exceptionnelle exerçant en administration centrale lui donne vocation à exercer. Il ressort d'ailleurs des compte-rendu d'entretiens professionnels de M. B réalisés depuis son affectation sur ce poste, qui permettent d'éclairer une situation de fait à la date d'édiction de la décision attaquée, que certains dossiers qu'il a à traiter présentent un caractère complexe et nécessitent un niveau d'expertise et qu'il lui est demandé de participer aux expérimentations du service ainsi qu'à des actions de tutorat et à une réflexion sur les méthodes de travail. La circonstance que M. B s'acquitte aisément des missions qui lui sont confiées et que sa hiérarchie encourage une mobilité sur un poste du réseau consulaire n'est pas de nature à démontrer que le poste sur lequel la décision attaquée l'affecte ne correspond pas à un poste que son grade lui donne vocation à exercer.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'erreur de droit :

26. Si le requérant soutient qu'en l'affectant en administration centrale avant le terme de trois années d'affectation à l'étranger, cette affectation qui aurait en outre dû être suivie d'une nouvelle affectation de trois années à l'étranger, le ministre de l'Europe et des affaires étrangères a entaché sa décision d'une erreur de droit, il ne précise pas les dispositions législatives ou réglementaires qui auraient ainsi été méconnues. S'il évoque une " note diplomatique " produite à l'appui de sa requête, la pièce à laquelle il fait référence est la copie d'écran du site intranet du ministère des affaires étrangères rappelant les modalités de mutation à l'étranger et en administration centrale. En revanche, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères produit en défense les lignes directrices de gestion relatives aux orientations générales en matière de mobilité du ministère de l'Europe et des affaires étrangères desquelles il ressort que " () De manière générale, les agents peuvent alterner une affectation à l'administration centrale et au maximum deux affectations à l'étranger. / L'ensemble des emplois du ministère à l'étranger sont soumis à une durée d'affectation maximale d'occupation qui sera fixée par un arrêté du ministre des affaires étrangères conformément au IV de l'article 11 du décret n°2019-1265 du 29 novembre 2019 relatif aux lignes directrices de gestion et à l'évolution des attributions des commissions administratives paritaires. Cette durée maximale d'occupation sera fixée à 3 ans. Il peut être dérogé à cette durée dans l'intérêt du service. / (). L'affectation à l'étranger n'est pas un droit. Le pouvoir d'appréciation appartient à l'administration, qui l'exerce au cas par cas, en fonction de situations individuelles, de circonstances ou d'un motif d'intérêt général. ". Par conséquent, la durée d'affectation à l'étranger de trois ans est une durée maximale et non minimale, à laquelle il peut en outre être dérogé dans l'intérêt du service. Dans ces conditions, et dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 22 que la mutation de M. B a été prononcée dans l'intérêt du service, le ministre pouvait, sans entacher sa décision d'affectation d'erreur de droit, affecter le requérant dans un service d'administration centrale avant l'échéance de trois ans de son affectation au consulat général de France à Johannesburg.

27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dans la requête n°2009203, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et la demande présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2009202 et 2009203 de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Europe et des affaires étrangères.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

C. MILIN

La présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'Europe et des affaires étrangères en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2009202, 2009203

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