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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009283

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009283

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2020, Mme A B, représentée par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 août 2020 par laquelle la directrice territoriale de Nantes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de sept jours à compter du jugement, sous astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard, à défaut, de prendre, dans le même délai et sous la même astreinte, une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son avocat de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise sans qu'il ait été procédé à l'examen de sa vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation, au regard en particulier de sa vulnérabilité.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 22 septembre 2020

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 28 septembre 2023 à 12h00.

Un mémoire, enregistré le 13 novembre 2023, a été présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 23 avril 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 novembre 2023 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B est une ressortissante de nationalité guinéenne qui est née le 30 janvier 2002. Elle est entrée en France et y a sollicité l'asile le 8 juin 2020. Le 19 août 2020, la directrice territoriale de Nantes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Nantes a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. Aux termes des dispositions alors inscrites à l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () 2° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sauf motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 ". Le délai fixé par les dispositions du 3° du III de l'article L. 723-2 du code est de quatre-vingt-dix jours à compter de l'entrée en France du demandeur d'asile.

3. Pour refuser d'accorder à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de Nantes de l'OFII a relevé qu'elle avait présenté sa demande d'asile au-delà du délai de quatre-vingt-dix jours décompté depuis son entrée en France et qu'elle ne justifiait d'aucun motif légitime pour ne pas avoir respecté ce délai.

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité compétente au sein de l'OFII n'est pas tenue de refuser d'accorder à une personne ayant sollicitant l'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque sa demande d'asile a été présentée postérieurement à l'expiration du délai de quatre-vingt-dix jours précité sans motif légitime. Il appartient à cette autorité d'apprécier s'il n'y a pas lieu d'accorder ce bénéfice à cette personne au regard de sa situation particulière, notamment de sa vulnérabilité. Les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec la personne sollicitant l'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil.

5. En vertu de l'article R. 612-3 du code de justice administrative, lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet, le président de la formation de jugement du tribunal administratif peut lui adresser une mise en demeure. En vertu de l'article R. 612-6 du même code, si, malgré une mise en demeure, le défendeur n'a produit aucun mémoire, il est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête.

6. Devant les juridictions administratives et dans l'intérêt d'une bonne justice, le juge a toujours la faculté de rouvrir l'instruction, qu'il dirige, lorsqu'il est saisi d'une production postérieure à la clôture de celle-ci. Il lui appartient, dans tous les cas, de prendre connaissance de cette production avant de rendre sa décision et de la viser. S'il décide d'en tenir compte, il rouvre l'instruction et soumet au débat contradictoire les éléments contenus dans cette production qu'il doit, en outre, analyser. Dans le cas particulier où cette production contient l'exposé d'une circonstance de fait ou d'un élément de droit dont la partie qui l'invoque n'était pas en mesure de faire état avant la clôture de l'instruction et qui est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le juge doit alors en tenir compte, à peine d'irrégularité de sa décision.

7. Il résulte des dispositions et des règles qui viennent d'être rappelées que, sous réserve du cas où postérieurement à la clôture de l'instruction le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait ainsi exposée n'est pas contredite par les pièces du dossier.

8. Mme B, qui fait état de ce qu'elle est entrée en France à l'âge de 18 ans, seule, qu'elle s'y trouvait isolée, a été particulièrement éprouvée par les conditions difficiles de son voyage et n'avait aucun repère en France, soutient notamment que la décision en litige a été prise sans qu'il ait été procédé à un examen de sa vulnérabilité alors qu'un tel examen est requis par l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. La requête faisant état de ces faits à l'appui de ce moyen a été communiquée à l'OFII, lequel a été mis en demeure de produire un mémoire en défense le 22 septembre 2020. Cette mise en demeure est demeurée sans effet puisqu'aucun mémoire en défense n'est parvenu avant la clôture de l'instruction. Dans ces conditions, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 621-6 du code de justice administrative, l'OFII est réputé avoir admis l'exactitude matérielle des faits exposés par Mme B dans sa requête, lesquels ne sont pas contredits par les pièces produites avant l'intervention de cette clôture. Il suit de là que la décision attaquée doit être regardée comme ayant été prise sans qu'il ait été procédé à l'examen de vulnérabilité requis par les dispositions précédemment évoquées de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens soulevés, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 août 2020 par laquelle la directrice territoriale de Nantes de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'annulation de la décision attaquée par le présent jugement n'implique pas nécessairement que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont a été privé Mme B par cette décision lui soit "rétabli". Sous réserve que Mme B justifie de sa qualité de demandeuse d'asile à la date du présent jugement, cette annulation entraînera en revanche l'obligation pour l'autorité compétente au sein de l'OFII de procéder à un nouvel examen de la situation de l'intéressée au regard des éléments dont elle disposera à la date à laquelle elle se prononcera et qu'il appartiendra, le cas échéant, à la requérante d'actualiser. Il y a lieu ainsi d'enjoindre, sous la réserve précitée, à cette autorité de procéder à ce nouvel examen pour prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros, toutes taxes comprises, à verser à Me Kaddouri, son avocat, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 19 août 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Nantes a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme B est annulée.

Article 2 : Sous réserve que Mme B justifie de sa qualité de demandeuse d'asile à la date du présent jugement, il est enjoint au directeur général de l'OFII de procéder à un nouvel examen de la situation de la requérante pour prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : L'OFII versera à Me Kaddouri la somme de mille deux cents (1 200) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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