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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009538

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009538

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009538
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantJOYEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2020, Mme B A, représentée par Me Cogoluegnes, demande au tribunal :

1°) de condamner l'université de Nantes à lui verser la somme de 9 422 euros en réparation des préjudices subis résultant de l'illégalité de la décision du 11 juin 2020 de cette université ;

2°) de mettre à la charge de l'université de Nantes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 11 juin 2020 portant refus de délivrance immédiate du certificat provisoire est illégale car il n'est pas justifié de la compétence de son auteur, dont la qualité n'est en outre pas précisée ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle méconnaît le protocole de soutenance de thèse de l'université ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 24 de l'arrêté du 8 avril 2013 relatif au régime des études en vue du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire ;

- elle méconnaît le principe d'égalité ;

- l'illégalité fautive dont est entaché la décision attaquée lui a causé un préjudice financier et moral qu'elle évalue à 9 422 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2020, l'université de Nantes conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code la santé publique ;

- l'arrêté du 8 avril 2013 relatif au régime des études en vue du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Huet,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cogoluegnes, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, inscrite au titre de l'année universitaire 2019-2020 en troisième cycle court en vue de l'obtention du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire au sein de l'université de Nantes, a été informée par un courriel des services de l'université du 11 juin 2020 que le certificat provisoire de réussite justifiant de son diplôme, nécessaire à son inscription au tableau de l'ordre des chirurgiens-dentistes, ne lui serait délivré qu'en septembre 2020. Par sa requête, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner l'université de Nantes à lui verser la somme de 9 422 euros en réparation des préjudices subis résultant de l'illégalité de la décision révélée par le courriel du 11 juin 2020 précité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'université de Nantes à raison de l'illégalité de la décision révélée par le courriel du 11 juin 2020 :

2. Toute illégalité affectant une décision administrative est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la personne publique.

3. A l'appui de ses conclusions, Mme A doit être regardée comme invoquant l'illégalité fautive de la décision révélée par le courriel du 11 juin 2020 par lequel les services de l'université de Nantes l'ont informée que le certificat provisoire de réussite du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire lui serait délivré au mois de septembre 2020.

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

5. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'agent de l'université de Nantes, dont la qualité n'est pas connue, qui a informé Mme A, par un courriel du 11 juin 2020, que le certificat provisoire de réussite du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire lui serait délivré au mois de septembre 2020, bénéficiait d'une délégation de signature régulière à cet effet, ce courriel se borne uniquement à révéler une décision antérieure. Toutefois, l'université de Nantes n'indique pas dans ses écritures quelle était l'autorité auteure de la décision antérieure qui a été portée à la connaissance de Mme A le 11 juin 2020, ni si cette décision antérieure respecte les dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en l'absence d'une quelconque justification sur ce point de l'université de Nantes en défense, et dès lors qu'il n'est en conséquence pas possible d'identifier l'auteur de la décision révélée par le courriel du 11 juin 2020, et de contrôler sa compétence, la requérante est fondée à soutenir que cet acte est entaché des vices de compétence et de forme.

6. En deuxième lieu, Mme A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, aux termes desquelles doivent être motivées les décisions qui refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, dès lors que, ainsi qu'il est exposé aux points 7 à 11 du présent jugement, Mme A n'établit pas remplir, en l'état des pièces du dossier et à l'issue de la soutenance de sa thèse le 19 juin 2020, les conditions permettant la délivrance du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire et du certificat provisoire de réussite dudit diplôme. Dès lors, la décision attaquée n'est pas au nombre de celles qui, au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être motivées.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 4111-1 du code de la santé publique : " Nul ne peut exercer la profession () de chirurgien-dentiste () s'il n'est : 1° Titulaire d'un diplôme, certificat ou autre titre mentionnés aux articles () L. 4141-3, () ; / () / 3°) Inscrit à un tableau de l'ordre des () chirurgiens-dentistes (). / Les médecins, chirurgiens-dentistes () titulaires d'un diplôme, certificat ou titre mentionné () aux 1° et 2° de l'article L. 4141-3 () sont dispensés de la condition de nationalité prévue au 2°. ". Aux termes de l'article L. 4141-3 du même code : " Les titres de formation exigés en application du 1° de l'article L. 4111-1 sont pour l'exercice de la profession de chirurgien-dentiste : 1° Soit le diplôme français d'Etat de docteur en chirurgie dentaire ; 2° Soit le diplôme français d'Etat de chirurgien-dentiste / () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 8 avril 2013 relatif au régime des études en vue du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire : " Les études en vue du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire se composent de trois cycles : 1° Le diplôme de formation générale en sciences odontologiques sanctionne le premier cycle. () ; / 2° Le diplôme de formation approfondie en sciences odontologiques, défini au présent arrêté, sanctionne le deuxième cycle () / 3° Le troisième cycle comporte : / - soit un cycle court de deux semestres de formation au-delà du diplôme de formation approfondie en sciences odontologiques, défini au présent arrêté ; / - soit un cycle long, en application des dispositions de l'article L. 634-1 du code de l'éducation, de six à huit semestres de formation pour les étudiants reçus au concours de l'internat en odontologie ; / - la soutenance de la thèse. () " Aux termes de l'article 3 du même arrêté : " Les étudiants prennent une inscription au début de chaque année universitaire. ". Aux termes de l'article 23 de cet arrêté : " La validation du troisième cycle court est obtenue par les étudiants qui ont acquis les compétences définies à l'article 16 du présent arrêté. Cette acquisition est vérifiée par la validation de l'ensemble des unités d'enseignement et des stages ". Enfin, aux termes de l'article 24 du même arrêté : " Le diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire est délivré aux étudiants ayant validé les enseignements correspondant aux trois cycles de formation et ayant soutenu leur thèse avec succès. "

8. D'autre part, aux termes de la procédure de soutenance de thèse en visioconférence établie pour l'année universitaire 2019-2020 au sein de la faculté de chirurgie dentaire de l'université de Nantes : " La décision a été prise de fermer l'Université jusqu'en septembre afin de limiter les conséquences de l'épidémie Covid-19. De ce fait, les soutenances de thèse ne pourront se dérouler normalement. / () / Deux possibilités s'offrent à vous : / Repousser la date de soutenance si vous le pouvez jusqu'à la réouverture de l'université. / Programmer une date car vous avez des impératifs (installation en cabinet ou prise de poste en structure hospitalière). La soutenance de thèse se fera par visioconférence. / () Après votre soutenance, le secrétariat vous fera parvenir le serment d'Hippocrate ainsi que votre certificat provisoire par voie électronique, à condition d'avoir reçu deux exemplaires imprimés de votre thèse (). / Ce certificat provisoire est valable six mois à compter de votre date de soutenance de votre thèse () ".

9. Mme A soutient que le certificat provisoire de réussite devait lui être délivré immédiatement après la soutenance de sa thèse, le 19 juin 2020, conformément aux dispositions précitées de l'article 24 de l'arrêté du 8 avril 2013 et de la procédure de soutenance de thèse en visioconférence établie par l'université.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est inscrite, au 1er septembre 2019, dans le cycle court du troisième cycle d'une durée de deux semestres. L'université soutient, sans être contestée, que les stages hospitaliers obligatoires, accomplis dans des structures hospitalières d'odontologie, se déroulent jusqu'au 31 août 2020. Dans ces conditions, alors même que Mme A avait validé l'ensemble des unités d'enseignement le 2 juin 2020 et avait soutenu sa thèse le 19 juin 2020, elle n'établit pas, à la date du 19 juin 2020 et en l'état des pièces du dossier, avoir validé l'ensemble des stages conformément aux dispositions de l'article 23 de l'arrêté du 8 avril 2013 précité. Au demeurant, par une décision du 4 mai 2020 du doyen de la faculté de chirurgie dentaire de Nantes, il a été prévu que compte tenu du contexte sanitaire qui prévalait alors, les stages devaient s'accomplir jusqu'au 31 août 2020 pour permettre la continuité du service public de santé. Par suite, la requérante n'établit pas que le diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire et le certificat provisoire de réussite dudit diplôme devaient lui être délivrés à l'issue de la soutenance de sa thèse, le 19 juin 2020. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'arrêté du 8 avril 2013 doit donc être écarté. La requérante ne peut pas davantage utilement soutenir que la décision révélée par le courriel du 11 juin 2020 méconnaît les dispositions de la procédure de soutenance de thèse en visioconférence établie par l'université, qui ne peuvent prévaloir, en tout état de cause, sur les exigences des dispositions réglementaires précitées conditionnant la validation du troisième cycle court à la validation de l'ensemble des stages.

11. En dernier lieu, Mme A doit être regardée comme soutenant que la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité dès lors qu'une étudiante, qui a soutenu sa thèse au mois de juin 2020, a pu s'inscrire au tableau de l'ordre national des chirurgiens-dentistes, démontrant ainsi que l'université de Nantes lui a délivré un certificat provisoire de réussite. Toutefois, en se bornant à produire une capture d'écran non datée de l'annuaire des données publiques de l'ordre national des chirurgiens-dentistes, la requérante n'établit pas que cette étudiante serait dans une situation identique à la sienne. Par suite, le moyen sera écarté.

12. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme A est fondée à demander à l'université de Nantes la réparation des préjudices directs et certains résultant pour elle de l'illégalité de la décision révélée par le courriel du 11 juin 2020 pour les motifs énoncés au point 5 du présent jugement.

En ce qui concerne les préjudices et la réparation :

13. Saisi d'une demande indemnitaire, il appartient au juge administratif d'accorder réparation des préjudices de toute nature, directs et certains, qui résultent de l'illégalité fautive entachant la décision. Le caractère direct du lien de causalité entre l'illégalité commise et le préjudice allégué ne peut notamment être retenu dans le cas où la décision administrative est seulement entachée d'une irrégularité formelle ou procédurale et que le juge considère, au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties devant lui, que la décision aurait pu être légalement prise par l'autorité administrative, au vu des éléments dont elle disposait à la date à laquelle la décision est intervenue.

14. Les vices d'incompétence et de forme relevés par le tribunal au point 5 du présent jugement constituent des fautes susceptibles d'engager la responsabilité de l'administration, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

15. Toutefois, les préjudices matériel et moral que Mme A allègue avoir subis ne peuvent être regardés comme la conséquence directe des vices d'incompétence et de forme relevés par le tribunal dès lors que, ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que Mme A n'établit pas que l'université de Nantes était tenue de lui délivrer le certificat provisoire de réussite du diplôme d'Etat de docteur en chirurgie dentaire le 19 juin 2020, à l'issue de la soutenance de sa thèse. Par suite, le lien de causalité entre l'illégalité de la décision révélée et les préjudices dont se prévaut Mme A ne peut donc être regardé comme établi.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Nantes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'université de Nantes.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

Le rapporteur,

F. HUET

Le président,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne à la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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