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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009562

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009562

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009562
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHAUDEBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 septembre 2020 et le 1er septembre 2021, M. F E et Mme B C épouse E, représentés par Me Kierzkowski-Chatal, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2020 par lequel le maire de Saint Nazaire a délivré à M. et Mme H un permis de construire une maison à usage d'habitat individuel sur une parcelle sise 44, Allée des Evenas à Saint-Nazaire, ainsi que la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint Nazaire la somme de 2000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le dossier de demande de permis de construire est insuffisant ;

- l'arrêté de non-opposition à la déclaration préalable d'aménagement du 7 août 2019 est illégal ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB2-6 du règlement du PLU relatif à l'implantation des constructions par rapport à l'alignement, aux emprises publiques, voies et espaces communs privés ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB2-7 du règlement du PLU relatif à l'implantations des constructions par rapport aux limites séparatives ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB2-11 du règlement du PLU relatif à l'intégration des constructions dans leur environnement bâti ;

- l'arrêté méconnait les dispositions de l'article UB2-13 du règlement du PLU relatif à l'aménagement des espaces libres de constructions ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2021, le 30 juillet 2021 et le 7 septembre 2022, la commune de Saint Nazaire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 27 janvier 2021 et le 5 octobre 2021, M. D H et Mme G H, représentés par Me Haudebert, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 4000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Loarec, substituant Me Kierzkowski-Chatal, avocat de M. et Mme E,

- les observations de Me Desrousseaux, substituant Me Haudebert, avocat de M. et Mme H.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur et Madame H ont déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle, sur un terrain cadastré section YN n°209, sis 44 Allée des Evenas à Saint Nazaire. Par un arrêté du 27 mars 2020, le maire de Saint Nazaire a délivré le permis demandé. Le 14 mai 2020, Monsieur et Madame E, propriétaires d'une maison d'habitation voisine, située sur la parcelle cadastrée Section YN n°86, ont formé un recours gracieux auprès du maire de la commune de Saint-Nazaire, afin d'obtenir le retrait de ce permis de construire, recours réceptionné par la commune le 28 mai 2020. Ce recours a été rejeté par une décision implicite née le 28 juillet 2020. Monsieur et Madame E demandent l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2020 et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-7 du code de l'urbanisme : " Sont joints à la demande de permis de construire : / () / b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. Aux termes de l'article R.431-8 du même code : " " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ;() ". Aux termes de l'article R.431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire déposée par M et Mme H comprend un plan de situation, un plan de géomètre, un plan de masse, une notice paysagère avec un plan de toiture, des vues des façades et des photos et documents graphiques montrant l'insertion du projet dans l'environnement. Le plan de coupe transversale mentionne les aménagements du terrain naturel avant et après travaux, ainsi que la cotation des hauteurs. En outre, le plan de situation et le plan de masse " coupe sur terrain " permettent de situer le projet par rapport au front bâti. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que le permis de construire en litige serait illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté de non-opposition à la déclaration préalable d'aménagement délivré le 7 août 2019 à la propriétaire précédente pour la division parcellaire du terrain d'assiette du projet en vue de construire, l'illégalité d'une telle décision de non-opposition ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre le permis de construire attaqué, dont elle ne constitue pas la base légale et qui n'en est pas un acte d'application. Par suite, ce moyen est inopérant et doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UB2-6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint Nazaire, applicable au permis de construire en litige : " 6.1 / Tout ou partie des façades des constructions doit s'implanter en retrait de l'alignement de droit ou de fait des emprises publiques et/ou de la limite des voies et espaces communs privés sans que celui-ci ne puisse être inférieur à 5 m ou supérieur à 10 m. A cas d'altération de la continuité du front bâti, cette implantation peut être refusée, sauf si elle se justifie au regard des articles 6.3 et 6.4 suivants. () / 6.3 / Des implantations autres ou cumulatives à celles autorisées ci-dessus sont autorisées : / Pour des annexes et des extensions de construction existantes sous réserve que leur implantation s'effectue au minimum à compter du retrait du bâtiment le plus proche d'une ou des voies. / Pour un projet de construction intéressant la totalité ou la majeure partie d'un îlot. / Pour un projet de construction devant s'insérer au regard d'un ou plusieurs bâtiments situés sur les propriétés jouxtant le terrain d'assiette du projet dès lors qu'il n'y a pas une altération dans la continuité d'un front bâti.() ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la construction autorisée, située en zone UB 2 du plan local d'urbanisme, est implantée à 4,12 mètres en retrait de la voie publique, soit en deçà du retrait minimal imposé par les dispositions de l'article 6.1 susmentionné. Toutefois, elle sera implantée avec un recul par rapport à la voie sensiblement équivalent à celui de l'habitation des requérants, et légèrement supérieur à celui du garage voisin existant. Par ailleurs, les bâtiments situés sur les propriétés jouxtant le terrain d'assiette du projet n'étant pas alignés par rapport à la voie publique, le projet n'est pas susceptible d'altérer la continuité d'un front bâti. Dans ces conditions, une implantation dérogeant aux dispositions de l'article 6.1 pouvait être autorisée, selon les dispositions de l'article 6.3 précitées. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB2-6 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UB2-7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint Nazaire : " 7.1 / Dans une profondeur maximale de 12 m à partir des marges de recul édictées aux articles 6.1 à 6.4, les constructions, par rapport aux limites séparatives aboutissant aux voies, forment un front bâti : /- soit en ordre semi-continu : sur l'une des limites et en positionnant tout point de la construction (hors débord de toit) à 3 m minimum de l'autre ; / - soit en ordre discontinu en positionnant tout point de la construction (hors débord de toit) à 3 m minimum des limites séparatives. /7.1.1/ En cas d'application du 1er alinéa de l'article 6.4, la profondeur maximale sera calculée à compter du plus petit recul du bâtiment pris comme référence. / 7.1.2 / Les constructions, une fois le front bâti sur voie garanti, suivant les conditions d'implantation fixées ci-dessus, peuvent, dans la profondeur susvisée, être détachées des limites séparatives d'une distance (hors débord de toit) de 3 m minimum. / 7.1.3 / Dans cette profondeur maximale de 12 m, lorsque le projet concerne une extension et/ou une surélévation, la ou les marges à respecter peuvent être celles de la construction existante . / 7.2 / Pour le restant des limites séparatives situées au-delà de la profondeur de 12 m, les constructions doivent être distantes des limites séparatives de la moitié de la plus grande hauteur du volume concerné avec un minimum de 3 m. / Des constructions et parties de constructions peuvent être édifiées le long des limites séparatives :- lorsque leur hauteur ne dépasse pas 3,50 m par rapport au niveau du terrain naturel dans une marge de 3 m minimum; / - et/ou lorsque le mur en contact avec un bâtiment en bon état construit sur un terrain voisin n'excède pas les dimensions de ce dernier. / Dans les 2 cas le restant des constructions doit répondre au 1er alinéa sauf pour les maisons individuelles mais uniquement au regard de la portion de limite séparative sur laquelle le projet s'adosse ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction, d'une profondeur de 14,29 mètres, est implanté le long de la limite séparative de la propriété des requérants. La partie de la construction adossée à la limitive séparative est d'une hauteur de 3,27 mètres et d'une largeur de 4,76 mètres. Elle respecte ainsi les conditions d'implantation fixées par l'article UB2-7 susmentionnées pour le restant des limites séparatives situées au-delà de la profondeur de 12 mètres. En outre, s'agissant d'une maison individuelle, le restant de la construction n'est pas soumis au respect des dispositions du premier alinéa de l'article UB2-7.2 imposant une distance minimale de 3 mètres par rapport à la limite séparative . Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaitrait les dispositions de l'article UB2-7 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article UB2-11 du règlement du plan local d'urbanisme de de Saint Nazaire : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer à leur environnement en tenant compte des caractéristiques des constructions et paysages avoisinants. ()11.3 / Prescriptions architecturales / Les travaux d'aménagement et d'extension sur une construction existante ou l'édification d'un nouveau bâtiment doivent se faire dans le respect des caractéristiques architecturales et patrimoniales du secteur concerné et pouvant être dans la composition contemporaine. Le pétitionnaire peut s'appuyer sur les conseils édictés dans les cahiers de prescriptions architecturales situés en annexe du présent PLU. "

11. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée est une maison individuelle de facture contemporaine, implantée dans un secteur pavillonnaire constitué de constructions d'architectures et styles hétérogènes. Si les requérants soutiennent que le projet sera en décalage avec les maisons avoisinantes, traditionnelles en tuiles et ardoises, ils n'établissent pas en quoi celui-ci méconnaitrait les dispositions de l'article UB2-11 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à l'intégration des constructions dans leur environnement bâti, qui n'imposent pas la reproduction des caractéristiques des constructions avoisinantes. En outre, il ressort des termes mêmes de cet article que les constructions contemporaines peuvent être autorisées dans cette zone. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de l'article UB2-11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Nazaire

12. En sixième lieu, aux termes de l'article UB2-13 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint Nazaire : " () 13.2 / Les espaces libres/ La surface non bâtie correspond à la surface totale de la parcelle après déduction de l'emprise au sol des constructions. / Il est exigé pour chaque projet (sauf pour les extensions des maisons individuelles) une végétalisation à raison de 70% de la surface non bâtie sur divers supports. / Ces supports sont des espaces en pleine terre végétalisés, des toitures végétalisées, (y compris au-dessus de dalles/plafonds de sous-sols), des parkings végétalisés (sauf au-dessus dalles béton). () Tout espace en pleine terre, laissé libre, doit être planté d'au moins un arbre de haute tige, d'au moins 2 m de haut, par tranche de 100 m². "

13. Il ressort des pièces du dossier que la surface de la parcelle calculée par le pétitionnaire est de 450 m² et que l'emprise de l'habitation est de 137,5 m². La surface non bâtie est donc de 312,5 m². La surface de l'espace de pleine terre calculée par le pétitionnaire est de 259 m², et s'élève ainsi à plus de 70% de la surface non bâtie conformément aux dispositions sus mentionnées. Par ailleurs, si un seul arbre de haute tige figure sur le plan de masse PCMI 2-3, la notice architecturale indique dans la partie " traitement des espaces libres " que " la parcelle sera engazonnée, et des arbres à hautes tiges et arbres fruitiers seront plantés afin d'agrémenter l'ensemble du projet ". En outre, le projet prévoit de conserver une clôture de haie vive existante. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB2-13 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et de la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint Nazaire, qui n'est pas la partie perdante, la somme de 2000 euros demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par M. et Mme H à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. et Mme H au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F E et Mme B C épouse E, à la commune de Saint Nazaire ainsi qu'à M. D H et Mme G H.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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