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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009667

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009667

mercredi 22 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 septembre 2020 et 4 mars 2021,

Mme A C, représentée par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 24 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) en tout état de cause, d'enjoindre au préfet de la Sarthe, de lui délivrer dès le prononcé du jugement à intervenir, un document provisoire de séjour, sous astreinte de

100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il n'appartient pas au préfet de vérifier, a posteriori, que les décisions rendues par les juges judiciaires étaient bien fondées ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 47 du code civil ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 313-11

(7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 février 2021 et 3 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au non-lieu à statuer.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante nigériane née en 2001, entrée en France en décembre 2017, a été confiée à compter de janvier 2018 aux services de l'aide sociale à l'enfance. En 2019, elle a obtenu son certificat d'aptitude professionnelle " employée de commerce multiservices " et s'est inscrite au titre de l'année 2020/2021 en première professionnelle " métiers de la vente et du commerce " au lycée Sacré cœur à Nantes.

Mme C a formé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 316-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, sur celui des articles L. 313-15 et L. 313-11 (7°) code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces demandes ont été rejetées par un arrêté du préfet de la Sarthe du 24 juillet 2020. Par une ordonnance n°2010983 du 7 décembre 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Nantes a suspendu l'exécution de cette décision et a enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la situation de l'intéressée. Mme C demande au tribunal l'annulation de cette même décision.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par décision du 2 octobre 2020, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet de la Sarthe :

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en exécution de l'ordonnance du juge des référés du 7 décembre 2020, le préfet de la Sarthe a convoqué la requérante par courrier du

10 décembre 2020 afin de compléter son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Ce courrier a été retourné à son expéditeur par les services postaux le 31 décembre suivant avec la mention " N'habite pas à l'adresse indiquée ". Le 12 janvier 2021, les services de la préfecture de la Loire Atlantique ont demandé aux services préfectoraux de la Sarthe la communication du dossier de Mme C en raison du déménagement de l'intéressée vers ce département. Le préfet de la Loire-Atlantique a remis à l'intéressée, le 23 août 2022, une autorisation provisoire de séjour, valable du 13 septembre 2022 au 12 mars 2023, le temps de l'instruction de sa demande de titre de séjour. S'il résulte de ce qui précède que le préfet de la Sarthe s'est dessaisi au profit du préfet de la Loire-Atlantique, désormais territorialement compétent, il n'est pas établi qu'il aurait abrogé sa décision du 24 juillet 2020 qui, contrairement à ce qu'il soutient, demeure dans l'ordonnancement juridique. Dès lors, l'exception de non-lieu doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Aux termes de l'article L. 111-6 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l''ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

6. En l'espèce, pour refuser à Mme C le titre de séjour qu'elle sollicitait, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen effectué par ses services, conjointement avec la police aux frontières, des actes d'état civil qu'elle a produits " ne sont pas recevables au sens de l'article 47 du code civil du fait notamment du non-respect du formalisme ".

7. Toutefois, Mme C produit, afin de justifier de son identité et de sa nationalité, a produit un acte de naissance, un certificat d'origine de cet acte ainsi qu'un passeport qui lui a été délivré en novembre 2018 par le consulat du Nigéria en France. Le préfet de la Sarthe n'apporte en défense aucun élément de nature à remettre en cause l'authenticité de ces documents. Dès lors, Mme C est fondée à soutenir que le préfet de la Sarthe a méconnu les dispositions des articles R 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Sarthe du 24 juillet 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Dès lors que le préfet de la Sarthe n'est plus compétent territorialement pour statuer sur la demande de titre de séjour présentée par Mme C, qui réside dorénavant dans le département de la Loire-Atlantique, l'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pronost, avocat de

Mme C, d'une somme de 1 000 euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par

Mme C.

Article 2 : La décision du préfet de la Sarthe du 24 juillet 2020 est annulée.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pronost, avocate de Mme C, une somme de

1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Mélanie Pronost et au préfet de la Sarthe.

Copie en sera délivrée au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2023.

Le rapporteur,

Y. B

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2009667

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