mercredi 20 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2009807 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL MARY INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2020, Mme B A, représentée par Me Antoine Mary, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 mai 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui accorder la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision méconnait l'article 3 de la Constitution du 4 octobre 1958 relatif au droit de vote pour les citoyens français, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 14 de cette convention, son protocole additionnel n° 12 ainsi que la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 17 juin 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par la requérante sont sans incidence sur la légalité de cette décision ;
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, il n'appartient pas au juge de substituer sa décision à celle de l'administration et le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins six mois.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 30 juillet 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes chargée d'examiner les demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et son protocole additionnel n° 12 ;
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 novembre 2023 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A est une ressortissante géorgienne qui est née le 8 décembre 1983. Elle a présenté, auprès des services de la préfecture de Seine-Maritime, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Estimant que cette demande était recevable et qu'il y avait lieu de lui accorder la naturalisation, l'autorité préfectorale a émis une proposition en ce sens, qu'elle a transmise au ministre de l'intérieur. Toutefois, cette autorité a, par une décision du 20 mai 2019, ajourné cette demande en imposant à l'intéressée un délai de deux ans avant qu'elle ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Mme B A demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, un sous-directeur peut signer au nom du ministre l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité.
3. Par un arrêté du 9 août 2018, publié au Journal officiel de la République française du 18 septembre 2018, M. C E, signataire de la décision attaquée, a été de nouveau nommé sous-directeur de l'accès à la nationalité française au sein de la direction de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, direction elle-même comprise dans la direction générale des étrangers du ministère de l'intérieur, pour une durée de deux ans à compter du 28 août 2018. M. E tient de cette seule qualité de sous-directeur l'habilitation à signer la décision attaquée du 20 mai 2019. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de l'autorité signataire de cette décision ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme A, le ministre de l'intérieur a relevé que son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permettait pas de considérer qu'elle avait réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'elle ne disposait pas de ressources suffisantes et stables, en précisant que la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées lui a reconnu un taux d'incapacité inférieur à 50% de sorte qu'elle peut exercer une activité professionnelle compatible avec son handicap.
5. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également prononcer l'ajournement en imposant un délai () ".
6. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération l'intégration de l'intéressée dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'elle dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France. Pour ajourner une demande de naturalisation, l'autorité administrative ne peut pas se fonder sur l'existence d'une maladie ou d'un handicap ni, par suite, sur l'insuffisance de ses ressources lorsqu'elle résulte directement d'une maladie ou d'un handicap.
7. Mme A bénéficie, au titre de la période du 1er octobre 2017 au 30 septembre 2022, du statut de travailleuse handicapée qui lui a été reconnu par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées de la Seine-Maritime. Cependant, cette autorité a estimé que le handicap de l'intéressée lui permettait d'être orientée vers le marché du travail. Le certificat médical du 11 juin 2019 qu'elle produit fait état de pathologies à propos desquelles le médecin généraliste précise qu'elles "l'empêchent actuellement de travailler", de sorte que l'impossibilité d'occuper un emploi qu'elle allègue n'apparaît pas définitive. L'unique motif de la décision attaquée ne procède pas ainsi de données relatives à la situation de Mme A qui résulteraient directement d'une maladie ou d'un handicap. Il est constant qu'elle n'occupe plus aucun emploi depuis le mois d'avril de l'année 2017, après n'avoir travaillé que quelques mois à partir de novembre de l'année 2016, mois durant lequel elle a repris une activité après une longue période d'inactivité. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant, pour ajourner à deux années la demande de naturalisation présentée par la requérante, qu'elle n'avait pas pleinement réalisé son insertion professionnelle.
8. Enfin, eu égard au motif qui fonde la décision attaquée et au large pouvoir dont dispose le ministre de l'intérieur pour décider s'il y a lieu d'accorder la naturalisation, la circonstance que des éléments de la situation de Mme A lui permettraient de satisfaire à certaines des conditions pour ne pas se voir opposer un refus d'acquérir la nationalité française est, quand bien même ces éléments sont dignes d'intérêt, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il en va de même de la circonstance que des membres de sa famille aient obtenu la nationalité française par la voie de la naturalisation.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la Constitution : " () Le suffrage peut être direct ou indirect dans les conditions prévues par la Constitution. () ". Ces dispositions, sont relatives à l'exercice de la souveraineté nationale par le peuple français. Elles sont ainsi sans rapport avec les conditions d'acquisition de la nationalité française. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant et ne peut ainsi qu'être écarté.
10. En quatrième lieu, si la nationalité que possède une personne est un élément constitutif de son identité, il n'en va pas de même de son sentiment d'appartenir à une communauté nationale l'amenant à présenter une demande de naturalisation. Eu égard à la nature des décisions ainsi prises pour la mise en œuvre de ce mode d'acquisition de la nationalité française qui ne constitue pas un droit pour l'intéressée, un refus opposé à une telle demande n'est pas susceptible d'affecter un élément constitutif de son identité et, ainsi, de porter atteinte au droit au respect de sa vie privée. Un telle décision est, en outre, dépourvue d'effet sur sa présence sur le territoire français, comme sur ses liens avec les membres de sa famille, de sorte qu'elle n'affecte pas, davantage, le droit au respect de sa vie familiale. Mme A ne peut, dès lors, utilement invoquer, à l'encontre de la décision attaquée, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui interdit de porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale.
11. En cinquième lieu, l'accès à la nationalité française ne constitue pas un droit pour la personne qui la sollicite. Par suite, la décision contestée ne saurait constituer une discrimination dans l'accès à un droit fondamental ni caractériser une rupture du principe d'égalité. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-discrimination, protégé par les stipulations combinées des article 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de son 12ème protocole additionnel ne peut, dès lors, qu'être écarté.
12. En dernier lieu, il résulte des stipulations de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qu'elle s'adresse " aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union ". Dès lors que la décision contestée ne met pas en œuvre le droit de l'Union, le moyen tiré de la méconnaissance de cette charte est inopérant et ne peut dès lors qu'être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision, opposée par le ministre de l'intérieur le 20 mai 2019, ajournant à deux ans à compter de cette date la demande de naturalisation présentée par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent, en tout état de cause, être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement des articles 37 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761- 1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'à Me Antoine Mary.
Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2023.
Le rapporteur,
D. D
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026