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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2009904

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2009904

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2009904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2020, Mme D A, représentée par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, assorti d'une astreinte fixée à 150 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte fixée à 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de

1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision est illégale dès lors qu'il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour refuser de renouveler son titre de séjour alors que les dispositions de l'article L. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne vise que l'hypothèse d'un retrait ;

- elle est entachée d'une erreur de fait quant à sa situation ; le préfet aurait dû examiner sa demande de titre de séjour au regard de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guyanienne, née le 7 octobre 1959 à Georgetown (Guyanna), a déclaré être entrée irrégulièrement sur le territoire français en janvier 2008. En 2009, l'intéressée a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire " visiteur ", puis, entre 2010 et jusqu'en 2017, de plusieurs cartes de séjour pour raisons médicales. En 2017, l'intéressée a sollicité un changement de statut et s'est vu accorder une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", renouvelée jusqu'en 2019. Le 27 mai 2019,

Mme A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Elle demande au tribunal d'annuler la décision du 31 juillet 2020 par lequel le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté de délégation de signature du 4 mai 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe n°72 du même jour, que M. B Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, était bien compétent pour signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, à l'exception des propositions à la Légion d'honneur et à l'Ordre national du mérite. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée rappelle les dispositions de l'article L. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elle fait application. Elle mentionne les circonstances de fait, notamment tirées de ce que Mme A a été condamnée pénalement pour détention et transport de stupéfiants. Cette décision comporte, contrairement à ce que soutient la requérante, un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui la sous-tendent. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas de cette motivation circonstanciée que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut être retirée à l'étranger ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 222-34 à 222-40,224-1-A à 224-1-C, 225-4-1 à

225-4-4,225-4-7,225-5 à 225-11,225-12-1 et 225-12-2,225-12-5 à 225-12-7,225-13 à 225-15, au 7° de l'article 311-4 et aux articles 312-12-1 et 321-6-1 du code pénal. "

6. Ces dispositions, qui autorisent le retrait d'un titre de séjour en cours de validité, peuvent légalement fonder un refus de renouvellement de titre de séjour parvenu à expiration.

7. Il ressort des pièces du bulletin n°2 du casier judiciaire de Mme A que l'intéressée a été condamnée le 29 septembre 2017 par le tribunal correctionnel de Cayenne à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement, à 25 000 euros d'amende douanière et à une interdiction de séjour d'une durée de cinq ans sur l'ensemble du territoire français à raison des infractions de " détention non autorisée de stupéfiants - transport de marchandises dangereuses pour la santé public (stupéfiants) sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande - transport non autorisé de stupéfiants - importation non autorisée de stupéfiants". Ces infractions sont réprimées par l'article 222-37 du code pénal visé par les dispositions de l'article L.313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe se serait estimé en situation de compétence liée et celui-ci a pu, pour ce seul motif, sans commettre d'erreur de fait, d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de renouveler le titre de séjour de la requérante sur le fondement de ces dispositions.

8. En cinquième lieu, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas examiné sa situation au regard de son état de santé alors mêmes qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour et un changement de statut sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'était pas tenu d'examiner sa situation au regard des dispositions du 11° de ce même article.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Le préfet de la Sarthe fait valoir en défense que Mme A ne pouvait prétendre au bénéfice des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que sa présence représentait une menace à l'ordre public. Si l'intéressée soutient qu'elle n'était qu'une " mule " dont les trafiquants se sont servis pour transporter leur marchandise, il ressort de ce qui a été exposé au point 7 que, nonobstant cette circonstance, Mme A a été condamnée pénalement en raison de faits particulièrement graves et le préfet a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que la présence de la requérante représentait une menace à l'ordre public faisant obstacle à la délivrance du titre de séjour sollicité en application des dispositions. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée est célibataire et mère de trois enfants qui vivent au Guyana. Elle ne justifie pas de liens intenses, stables et anciens en France et ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales et culturelles dans son pays d'origine, où vivent ses trois enfants. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En l'espèce, Mme A ne démontre pas que la décision attaquée aurait pour conséquence de l'exposer à des risques pour son intégrité alors même que la décision portant refus de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer d'éloigner l'intéressée. Le moyen doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A,

à Me Alain Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le rapporteur,

Y. C

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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