mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2009995 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 octobre 2020, et des mémoires, enregistrés les 6 janvier 2021 et 9 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Olivier Renard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2019 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard, à défaut, de prendre, dans le même délai et sous la même astreinte, une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente de cette décision, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté formalisant le refus de séjour a été signé par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- les décisions attaquées sont, chacune, insuffisamment motivées ;
- le refus de séjour est entaché d'un vice de procédure dès lors que la consultation des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est entachée d'irrégularités ;
- les décisions attaquées sont, chacune, entachées d'un défaut d'examen de sa situation ;
- le refus de séjour est entaché d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé lié par le sens de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;
- le refus de séjour méconnaît l'article L. 313-11 11° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont chacun entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
- l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de renvoi seront annulée compte tenu, respectivement, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour et de celle de cette mesure d'éloignement ;
- cette décision méconnait les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2021, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 10 octobre 2023 à 12h00.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B par une décision du 21 octobre 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 janvier 2024 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B est un ressortissant albanais qui est né le 2 mai 1982. Il est entré, une première fois, en France en 2009 mais, après le rejet de sa demande d'asile par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 24 novembre 2009 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 27 septembre 2010, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, par un arrêté du 23 novembre 2010, qu'il a exécutée le 1er juillet 2011. Il est revenu en France le 3 août 2015. Sa demande d'asile a été rejetée le 30 novembre 2015 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. M. B a sollicité, le 19 janvier 2016, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" en invoquant des motifs de santé. La délivrance de ce titre de séjour lui a été refusée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 19 juin 2017 l'obligeant également à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cependant, par un jugement n° 1706930 du 17 octobre 2017, le tribunal administratif de Nantes a annulé ces décisions et en exécution de l'injonction de délivrance du titre de séjour sollicité, décidée par le tribunal, M. B a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" valable du 7 décembre 2017 au 6 décembre 2018. La cour administrative d'appel de Nantes a, par un arrêt n° 17NT03428 du 12 avril 2018, annulé ce jugement et rejeté le recours de M. B contre les décisions du 19 juin 2017. Le 10 janvier 2019, l'intéressé, qui a continué à bénéficier des droits attachés au titre de séjour valable jusqu'au 6 décembre 2018, a sollicité la délivrance d'une nouvelle carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" pour motif de santé. Cette demande a été rejetée le 4 octobre 2019 par le préfet de Maine-et-Loire au moyen d'un arrêté qui oblige également M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des dispositions alors inscrites au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit : () A l'étranger () si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.() ".
3. Pour rejeter la demande présentée par M. B, le préfet de Maine-et-Loire a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir, pour lui, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
4. Mais aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, une personne de nationalité étrangère qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. La circonstance que l'état de santé de l'intéressé nécessite qu'il ne soit pas séparé de sa famille proche doit être également prise en compte.
5. M. B, célibataire et sans enfant, est entré pour la dernière fois sur le territoire français en août 2015. Dépourvu d'attache familiale en Albanie, ses parents et son frère étant décédés, il vit à Angers auprès de sa sœur, de nationalité française. Il accompagne les enfants de cette dernière à l'école, à leurs activités dans un club de karaté ainsi que chez l'orthophoniste, ainsi que cela ressort des attestations versées au dossier. Selon la psychiatre que le requérant consulte mensuellement depuis 2015 et un autre psychiatre qui a examiné M. B le 5 septembre 2017, cette proximité familiale, dont l'intéressé bénéficie en vivant auprès de la seule famille qui lui reste, lui permet de se ressourcer, d'être soutenu au quotidien et de se socialiser. Cette présence familiale constitue un appui indispensable à son traitement. Par ailleurs, pendant sa période de séjour régulier, M. B justifie avoir travaillé 25 jours entre août et octobre 2018. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la nécessité pour l'intéressé de conserver des liens familiaux resserrés avec sa sœur et la famille de cette dernière, la faiblesse de son insertion professionnelle et sociale s'expliquant par son état de santé dégradé, le refus opposé à sa demande de titre de séjour par l'arrêté attaqué a porté au droit de mener une vie familiale normale que M. B tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le refus de séjour opposé à M. B est entaché d'illégalité. Comme le soutient le requérant, l'illégalité de ce refus de séjour prive de base légale la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'illégalité de cette décision conduit également à priver de base légale la décision fixant son pays de destination. M. B est dès lors fondé à demander l'annulation de ces décisions opposées par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 4 octobre 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement annule la décision refusant la délivrance à M. B d'une carte de séjour temporaire au motif que cette décision porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle méconnait, par suite, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Eu égard au moyen d'annulation ainsi retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'un changement dans les circonstances de droit ou de fait serait intervenu depuis la décision annulée, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" doit être délivré à M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 (mille deux cents) euros, toutes taxes comprises, à verser à Me Renard, son avocat, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions refusant à M. B la délivrance d'une carte de séjour temporaire, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de renvoi, opposées par l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire pris le 4 octobre 2019, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire d'une durée d'une année dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renard la somme de mille deux cents (1 200) euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Olivier Renard.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.
Le rapporteur,
D. C
Le président,
L. MARTINLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026