mercredi 5 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010012 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP GALLOT LAVALLEE IFRAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et la production de pièces complémentaires, enregistrées les 6 et
28 octobre 2020 et 18 janvier 2022, M. D A B, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 août 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de
1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et professionnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas examiné s'il pouvait bénéficier de titre de séjour sur d'autres fondements que ceux qu'il avait invoqués à l'appui de sa demande ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet ne pouvait refuser la délivrance du titre de séjour au motif qu'il a la possibilité de bénéficier du regroupement familial par l'intermédiaire de son épouse ; il ne peut bénéficier du regroupement familial puisqu'il est déjà présent en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits des libertés fondamentales ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
4 mai 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Marowski a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain, né le 17 septembre 1983 à Dcheira (Maroc), déclare être entré régulièrement sur le territoire français le 20 novembre 2013, sous couvert d'un visa court séjour visiteur, valable du 21 novembre 2013 au 21 janvier 2014. L'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire à l'expiration de son visa. Le 23 février 2016, l'intéressé s'est marié avec une ressortissante marocaine, disposant d'un titre de séjour valable jusqu'au 6 mars 2026. Le 10 mai 2016, plus de deux ans après l'expiration de son visa et trois mois après son mariage, l'intéressé a sollicité la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour pour des motifs tirés de la vie privée et familiale. Par une décision du 4 octobre 2016, notifiée le 6 octobre 2016, le préfet de la Sarthe a décidé de rejeter sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal du 10 avril 2019. M. A B a sollicité de nouveau, le 18 janvier 2018, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par une décision du 23 juillet 2018, le préfet de la Sarthe a décidé de refuser la délivrance du titre de séjour demandé en raison de l'absence de justificatif de vie commune, d'insertion professionnelle et sociale sur le territoire français. Le 23 janvier 2020, l'intéressé a une nouvelle fois demandé un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Cette demande a été rejetée par décision du préfet de la Sarthe le 6 août 2020 dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation par la présente requête.
2. En premier lieu, il ressort de l'arrêté de délégation de signature du 4 mai 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe du même jour, que M. C Baron, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, était compétent pour signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Sarthe, à l'exception des seules propositions à la Légion d'honneur et à l'Ordre national du mérite. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit ainsi être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 313-11 (7°) ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet a fait application. Elle rappelle les conditions d'entrée en France métropolitaine de M. A B ainsi que les éléments tirés de sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Cette décision comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui la sous-tendent. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle du requérant.
5. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. M. A B, qui a sollicité son admission au séjour au titre des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut dès lors utilement soutenir que le préfet aurait dû instruire sa demande sur d'autres fondements.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 (7°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : ()7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article L. 411-1 du même code : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A B est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2026. Celui-ci est, dès lors, en vertu des dispositions rappelées au point 6, de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éligible à la procédure de regroupement familial. Par suite, le préfet de la Sarthe, en rejetant comme irrecevable la demande de titre de séjour fondée sur les dispositions du 7° de l'article
L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A B a détourné l'objet de son visa de court séjour et s'est maintenu pendant au moins deux ans en situation irrégulière sur le territoire français avant de demander la régularisation de sa situation. S'il se prévaut de son mariage le
23 février 2016 avec une ressortissante marocaine titulaire d'une carte de résident et de la naissance de leur fille en 2016, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la réalité et la stabilité de la vie commune du couple, par la seule production de factures faisant état de sa domiciliation chez son épouse et de photographies. M. A B ne fait état d'aucun autre lien personnel ou familial en France, intense, ancien et stable. Il n'est pas dépourvu d'attaches au Maroc où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et où résident ses parents, ses sept frères et sœurs ainsi que deux de ses enfants âgés de 10 et 13 ans. Si l'intéressé fait valoir qu'il a entrepris des démarches pour obtenir une autorisation de travail et se prévaut de promesses d'embauche, ces éléments ne caractérisent pas une insertion professionnelle, alors qu'en tout état de cause, il n'a pas sollicité un titre de séjour au titre du travail. Au regard de l'ensemble de ces éléments la décision attaquée ne porte pas au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ".
11. En se prévalant des mêmes circonstances que celles mentionnées au point 9,
M. A B ne justifie d'aucune considération humanitaire ni de motifs exceptionnels susceptibles de l'admettre au séjour à titre exceptionnel. Il n'est par suite pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En septième et dernier lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
13. D'une part, la décision portant refus de titre de séjour n'a ni pour objet ni pour effet de séparer M. A B de son enfant présent en France. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a deux enfants mineurs, âgés de 10 et 13 ans, résidant au Maroc et qui vivent sans la présence de leur père depuis 2013. Au regard de l'ensemble de ces éléments,
M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, à Me Alain Ifrah et au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Marowski, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2023.
Le rapporteur,
Y. MAROWSKI
La présidente,
C. LOIRAT La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2010011
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026