jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010094 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | KUKURYKA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 octobre 2020, 1er décembre 2021 et 24 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Kukuryka, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision de licenciement, partiel ou non, mettant fin à son contrat à durée indéterminée conclu avec l'académie de Nantes en qualité de professeure contractuelle de lettres ;
2°) d'annuler la décision du 17 juillet 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a modifié sa quotité horaire hebdomadaire de travail ainsi que les décisions et arrêtés d'affectation du 17 juillet 2020 en tant qu'ils fixent à 7,5 heures hebdomadaires sa durée d'enseignement ;
3°) d'annuler la décision implicite rejetant son recours gracieux du 27 août 2020 ainsi que sa demande de maintien de son traitement à temps complet à compter du 1er septembre 2020 ;
4°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de procéder à la régularisation de sa situation administrative et financière, par réintégration dans son emploi à temps complet à durée indéterminée dans le ressort de l'académie de Nantes, avec rétablissement de ses droits sociaux et à la retraite et édiction des bulletins de paie corrigés pour l'année scolaire 2020-2021, dans le délai d'un mois, sous peine d'astreinte ;
5°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Nantes de lui verser la différence entre un traitement à temps complet et le traitement qu'elle a effectivement perçu, somme assortie des intérêts au taux légal, à compter du 1er septembre 2020, et de la capitalisation de ces intérêts ;
6°) de condamner le recteur de l'académie de Nantes à lui verser une indemnité de 4 408,96 euros au titre du préjudice moral, une indemnité de 10 000 euros au titre des troubles dans ses conditions d'existence, et, subsidiairement à sa demande de rétablissement du traitement à temps complet, une indemnité de somme de 11 931,48 euros en réparation de sa perte de revenus nets, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 1er septembre 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 300 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les enseignants recrutés par voie contractuelle ne peuvent se voir octroyer une durée de service hebdomadaire inférieure à celle stipulée dans le contrat qu'ils ont signé, ni le 2° de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984, ni l'article 6 de cette même loi ne permettant d'imposer l'exercice des fonctions à temps incomplet ; l'impossibilité légale de lui imposer une quotité horaire de travail minorée et l'article 2-1 du décret n° 2014-940 du 20 août 2014 imposent le maintien du traitement correspondant à celui pour lequel elle a été engagée ; la réduction de la quotité de travail prévue par son contrat à durée indéterminée résultant des arrêtés du 17 juillet 2020 reposait sur une inexacte application des dispositions du 2° de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- la " proposition " qui lui a été faite le 17 juillet 2020 doit s'analyser comme un licenciement déguisé suivi d'une proposition de réembauche à temps incomplet, comme le confirme d'ailleurs l'attestation Pôle emploi ;
- ce licenciement déguisé n'a pas été précédé de la procédure prévue en cas de licenciement ;
- les prescriptions du chapitre 1er du décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 et les articles 3-3 à 3-10 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ont été méconnues, de sorte que la prétendue baisse des besoins d'enseignement en lettres modernes et en lettres classiques ne saurait justifier une diminution de sa quotité horaire de travail ;
- seule l'absence de tout besoin permanent du service en emplois à temps complet dans l'ensemble du ressort académique au cours de l'année scolaire à venir aurait permis l'engagement d'une procédure de licenciement à son encontre ;
- les dispositions de l'article 45-4 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ne pouvaient fonder la proposition de modification de son contrat dès lors que cette proposition emportait en fait modification du fondement législatif de ce contrat ;
- la pratique consistant à réduire la quotité horaire de travail d'un agent recruté à temps plein en contrat à durée indéterminée présente un caractère discriminatoire à l'égard des contractuels à durée déterminée, qui peuvent, eux, bénéficier d'allocations de chômage en cas de baisse de leur quotité horaire de travail, cette discrimination étant contraire à l'objectif de la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 de prévention de l'abus de recours à des contrats précaires ;
- elle justifie d'un préjudice moral à hauteur de 4 408,96 euros ;
- elle a subi des troubles dans ses conditions d'existence, à hauteur de 10 000 euros, compte tenu de sa perte de revenus, alors qu'elle a deux enfants à charge et des charges à honorer ;
- elle justifie d'un préjudice financier de 11 931,48 euros correspondant à la différence entre le traitement à temps complet qu'elle aurait dû percevoir et le traitement à hauteur de sept heures et trente minutes qu'elle a effectivement perçu.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2022, la rectrice de l'académie de Nantes conclut au non-lieu à statuer sur la requête ou au rejet de celle-ci.
Elle fait valoir que :
- la requête n'a plus d'objet dès lors que les deux arrêtés d'affectation ont été entièrement exécutés et que la quotité horaire de travail de Mme B s'élève de nouveau à 18 heures hebdomadaires depuis le 1er septembre 2021 ;
- les conclusions dirigées contre l'attestation Pôle emploi sont irrecevables dès lors que ce document ne fait pas grief ;
- les conclusions dirigées contre une décision de licenciement sont irrecevables en l'absence de décision de licenciement ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 juin 2022.
Par un courrier du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que l'Etat indemnise la requérante au titre de l'illégalité de la décision implicite de la licencier, ce fait générateur n'étant pas imputé à l'Etat dans la réclamation indemnitaire préalable présentée par Mme B.
Par un mémoire enregistré le 17 septembre 2024, Mme B a formulé des observations sur le courrier du 11 septembre 2024.
Par un mémoire enregistré le 23 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Nantes a formulé des observations sur le courrier du 11 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le décret n° 2014-940 du 20 août 2014 ;
- le décret n° 2016-1164 du 26 août 2016 ;
- le décret n° 2019-1414 du 19 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par deux arrêtés du recteur de l'académie de Nantes du 17 juillet 2020, Mme B, professeure contractuelle dont le contrat de travail à durée indéterminée à temps complet, conclu le 16 septembre 2019, prévoyait une durée de service de dix-huit heures hebdomadaires, a été affectée au collège Philippe Cousteau d'Ombrée d'Anjou (Maine-et-Loire) du 1er septembre 2020 au 31 août 2021, pour une quotité de service respectivement de quatre heures et de trois heures trente minutes, soit une quotité hebdomadaire totale de sept heures et trente minutes. Par un courrier du 17 juillet 2020, le recteur d'académie a notifié à Mme B cette proposition d'affectation et lui a fixé un délai d'un mois pour accepter ou refuser la quotité de travail correspondant à ces deux arrêtés. Par un courrier du 13 août 2020, Mme B a refusé cette proposition d'affectation. Par un courrier du 26 août 2020, le recteur a réitéré sa proposition de modification du contrat de travail à durée indéterminée de Mme B et a informé l'intéressée qu'à défaut de réponse, elle serait réputée avoir refusé cette proposition et qu'une procédure de licenciement serait diligentée à son encontre. Par un courrier du 27 août 2020, Mme B a demandé au recteur de retirer les décisions d'affectation du 17 juillet 2020 en tant qu'elles fixent une quotité de travail de seulement sept heures et trente minutes hebdomadaires, de maintenir sa rémunération à hauteur de l'exercice d'un temps complet de dix-huit heures et de l'indemniser des préjudices résultant du caractère fautif des décisions dont elle demandait le retrait.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait plus lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.
3. La circonstance que l'année scolaire concernée par les décisions attaquées a pris fin n'est pas de nature à priver d'objet le présent recours pour excès de pouvoir, le litige tendant à l'annulation de décisions qui n'ont été ni retirées, ni abrogées et qui ont reçu application, dont la légalité s'apprécie à la date à laquelle elles ont été prises. Par conséquent, il y a lieu d'écarter l'exception de non-lieu soulevée par la rectrice de l'académie de Nantes.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de licenciement, révélée par l'attestation délivrée à destination de Pôle emploi :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. Si le recteur de l'académie de Nantes soutient que le licenciement de Mme B n'est pas intervenu et que l'attestation d'employeur destinée à Pôle Emploi est un acte préparatoire au licenciement, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de l'attestation au nom de Mme B, remplie par le rectorat de Nantes le 8 septembre 2020 et destinée à Pôle Emploi, que cette attestation a été établie de façon à ce que l'intéressée puisse faire valoir ses droits à la suite de son licenciement au motif de la " baisse de sa quotité de travail ", et doit ainsi être regardée comme révélant la décision de licencier l'intéressée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée aux conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du licenciement doit être écartée.
En ce qui concerne le moyen tiré du vice de procédure :
5. Il est constant que le licenciement de Mme B n'a été ni précédé, ni accompagné d'aucune des garanties procédurales prévues par les dispositions du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que la décision de licenciement en litige est entachée d'un vice de procédure.
En ce qui concerne le moyen tiré du caractère infondé du motif du licenciement de Mme B :
6. L'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au cas d'espèce, prévoit les cas dans lesquels des agents contractuels peuvent être recrutés sur des emplois permanents à temps complet par dérogation au principe énoncé à l'article 3 du titre Ier du statut général, au nombre desquels " 2° Lorsque la nature des fonctions ou les besoins des services le justifient, notamment : / a) Lorsqu'il s'agit de fonctions nécessitant des compétences techniques spécialisées ou nouvelles ; / b) Lorsque l'autorité de recrutement n'est pas en mesure de pourvoir l'emploi par un fonctionnaire présentant l'expertise ou l'expérience professionnelle adaptée aux missions à accomplir à l'issue du délai prévu par la procédure mentionnée à l'article 61 ; ". L'article 6 de la même loi dispose : " Les fonctions qui, correspondant à un besoin permanent, impliquent un service à temps incomplet d'une durée n'excédant pas 70 % d'un service à temps complet, sont assurées par des agents contractuels. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été recrutée, à compter du 16 septembre 2019, par le recteur de l'académie de Nantes dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, sur un emploi à temps complet à raison de dix-huit heures d'enseignement hebdomadaires, sur le fondement du 2° de l'article 4 précité de la loi du 11 janvier 1984. Par un courrier du 17 juillet 2020, le recteur de l'académie de Nantes lui a proposé, en application des dispositions des articles 45-3 et 45-4 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l'Etat, une modification substantielle de son contrat consistant en une diminution de sa quotité de service à sept heures et trente minutes d'enseignement, et lui a précisé qu'à défaut d'accepter cette modification, un licenciement pourrait être prononcé. Toutefois, le contrat de travail ayant été conclu sur le fondement du 2° de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984, Mme B était fondée à refuser une modification de son contrat ayant pour effet de lui imposer un service à temps incomplet, une telle modification étant contraire aux dispositions de cet article. Par suite, le licenciement de l'intéressée, prononcé à raison de son refus d'accepter cette modification, est entaché d'illégalité.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision de licenciement, que Mme B est fondée à demander, pour les motifs qui viennent d'être examinés, l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de modification de la quotité horaire de travail du 17 juillet 2020 ainsi que de la décision de rejet du recours gracieux :
9. Comme il a été dit au point 7, le recteur de l'académie de Nantes a méconnu les dispositions de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 en décidant de modifier le contrat de travail à durée indéterminée de Mme B, établi sur le fondement de cet article, soit sur le fondement d'un besoin permanent impliquant un service à temps complet, par une réduction du temps de travail pour un service équivalent à seulement 42% d'un service à temps complet. Sa décision du 17 juillet 2020 portant modification de la quotité horaire de travail de Mme B est donc entachée d'illégalité, de même que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation des deux décisions d'affectation et des deux arrêtés du 17 juillet 2020 :
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des règles relatives à la publication des avis de vacance d'emplois à l'issue du mouvement des personnels titulaires :
10. La circonstance, à la supposer avérée, que l'autorité compétente n'aurait pas procédé à la publication, dans les conditions prévues par les dispositions du décret du 19 décembre 2019 relatif à la procédure de recrutement pour pourvoir les emplois permanents de la fonction publique ouverts aux agents contractuels et du décret du 17 janvier 1986 susvisé, des avis des emplois restant vacants à l'issue du mouvement des personnels titulaires est sans incidence sur la légalité des décisions et arrêtés d'affectation du 17 juillet 2020.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles 45-3 et 45-4 du décret du 17 janvier 1986 :
11. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 45-3 et 45-4 du décret du 17 janvier 1986 susvisé, relatives aux motifs pouvant fonder le licenciement d'un agent contractuel en dehors d'un licenciement pour faute disciplinaire, pour insuffisance professionnelle ou pour inaptitude physique est sans incidence sur la légalité des décisions et arrêtés d'affectation en litige, qui ne constituent pas des licenciements.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions et arrêtés d'affectation du 17 juillet 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de maintien de la rémunération de Mme B à hauteur de l'exercice d'un temps complet :
13. Aux termes du 3° du I de l'article 2 du décret du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d'enseignement du second degré : " Dans le cadre de la réglementation applicable à l'ensemble des fonctionnaires en matière de temps de travail et dans celui de leurs statuts particuliers respectifs, les enseignants mentionnés à l'article 1er du présent décret sont tenus d'assurer, sur l'ensemble de l'année scolaire : / I. - Un service d'enseignement dont les maxima hebdomadaires sont les suivants : / () 3° Professeurs certifiés, adjoints d'enseignement et professeurs de lycée professionnel : dix-huit heures ; / (). ". Aux termes de l'article 14 du décret du 26 août 2016 relatif aux agents contractuels recrutés pour exercer des fonctions d'enseignement, d'éducation et d'orientation dans les écoles, les établissements publics d'enseignement du second degré ou les services relevant du ministre chargé de l'éducation nationale : " Les obligations de service exigibles des agents contractuels régis par le présent décret et recrutés pour exercer des fonctions d'enseignement sont les mêmes que celles définies pour les agents titulaires exerçant lesdites fonctions. / Le régime de temps de travail applicable aux agents contractuels régis par le présent décret recrutés pour exercer des fonctions d'éducation et d'orientation est identique à celui des agents titulaires exerçant les mêmes fonctions. / Les agents contractuels chargés de fonctions d'enseignement recrutés à temps complet pour faire face à un besoin couvrant l'année scolaire dans le second degré et exerçant soit dans deux établissements situés dans des communes différentes, soit dans au moins trois établissements, sous réserve que ces derniers n'appartiennent pas à un même ensemble immobilier au sens de l'article L. 216-4 du code de l'éducation susvisé, bénéficient d'un allégement de service d'une heure ; (). "
14. Les dispositions précitées du 3° du I de l'article 2 du décret du 20 août 2014, qui prévoient la quotité maximale hebdomadaire de service d'enseignement des agents contractuels recrutés dans les établissements publics d'enseignement du second degré pour exercer des fonctions d'enseignement ne faisaient pas obstacle à ce que les deux arrêtés du 17 juillet 2020 et les deux décisions d'affectation du recteur de l'académie de Nantes attribuent à Mme B, pour l'année scolaire 2020-2021, une quotité hebdomadaire de service inférieure à la quotité maximale qu'elles définissent. Pour ce motif, le recteur était fondé à refuser de maintenir la rémunération de l'intéressée à hauteur d'un plein traitement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 3° du I de l'article 2 du décret du 20 août 2014 et du premier alinéa de l'article 14 du décret du 26 août 2016 doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de maintien de la rémunération de Mme B à hauteur de l'exercice d'un temps complet doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
16. La requérante soutient que la responsabilité de l'Etat est engagée à raison de l'illégalité fautive des décisions dont elle demande l'annulation. Si, eu égard à la teneur du courrier du 27 août 2020 adressé par Mme B à la rectrice de l'académie de Nantes, tenant lieu de réclamation indemnitaire préalable, les conclusions indemnitaires de la requête n'ont pas été liées au regard de l'illégalité fautive de la décision de licenciement, la requérante est en revanche fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à raison de l'illégalité fautive de la décision du 17 juillet 2020 par laquelle le recteur d'académie a modifié sa quotité horaire de travail, compte tenu de ce qui a été dit au point 9 et dès lors que le contentieux indemnitaire a été lié au regard de ce fait générateur par la demande préalable du 27 août 2020.
En ce qui concerne les préjudices :
17. Mme B est fondée à obtenir, en réparation du préjudice financier ayant résulté de la modification illégale de sa quotité de travail, une indemnité correspondant à la différence entre la rémunération à temps complet qu'elle aurait dû percevoir au titre de son contrat de travail et la rémunération effectivement perçue à compter du mois de septembre 2020, pour l'année scolaire 2020-2021. Au regard des différents bulletins de paie produits par la requérante pour justifier de cet écart de rémunération, il y a lieu d'allouer à celle-ci, en réparation de ce préjudice financier, la somme de 11 931,48 euros.
18. Par ailleurs, Mme B justifie d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence résultant de son licenciement et de sa baisse brutale et substantielle de rémunération, alors qu'elle avait été recrutée dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet. Il sera fait une juste appréciation des préjudices de Mme B en allouant à cette dernière une somme de 1 500 euros.
19. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à Mme B une somme de 13 431,48 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 1er septembre 2020, date de réception de la réclamation préalable de la requérante par le recteur de l'académie de Nantes. La capitalisation de ces intérêts, demandée dans la requête, prend effet à compter du 1er septembre 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. Le présent jugement, qui annule le licenciement dont Mme B a fait l'objet, implique nécessairement sa réintégration juridique à la date de son éviction, ainsi que la reconstitution des droits sociaux qu'elle tient de son contrat à durée indéterminée, lequel est réputé n'avoir jamais cessé. Le présent jugement implique également, sous réserve qu'aucune circonstance de droit ou de fait n'y fasse légalement obstacle, que la rectrice de l'académie de Nantes procède à la réintégration effective de Mme B dans un emploi équivalent à celui qu'elle occupait avant son éviction. Il y a lieu d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Nantes d'y procéder dans le délai de deux mois qui suit la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
21. En revanche, l'annulation de la décision de licenciement n'implique pas, en l'absence de service fait, qu'il soit enjoint à la rectrice de l'académie de Nantes de procéder au versement de la différence de rémunération entre le montant qui aurait été versé à Mme B et celui qu'elle a effectivement perçu pendant la période d'éviction illégale, laquelle fait en outre l'objet d'une indemnisation compte tenu de ce qui a été dit au point 17, et, partant, de produire des bulletins de paie corrigés en ce sens pour l'année scolaire 2020-2021.
Sur les frais liés au litige :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 juillet 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a modifié la quotité horaire de travail de Mme B et la décision implicite par laquelle le recteur de l'académie de Nantes a procédé au licenciement de Mme B à compter du 1er septembre 2020 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Nantes de procéder à la réintégration juridique de Mme B à la date de son éviction, à la reconstitution des droits sociaux que Mme B tient de son contrat à durée indéterminée, et à la réintégration effective de Mme B dans un emploi équivalent à celui qu'elle occupait avant son éviction, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 13 431,48 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 1er septembre 2020. Les intérêts échus à la date du 1er septembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera communiquée à la rectrice de l'académie de Nantes.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026