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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010135

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010135

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 octobre 2020 et 9 juin 2022,

M. B A D et Mme C F, représentés par

Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 10 800 euros, assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à leur conseil de la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- l'illégalité des décisions de refus de visa est fautive ;

- des frais d'envoi de mandats ont été exposés ;

- ils ont subi un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant M. A D et Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant soudanais né le 8 novembre 1987, s'est vu reconnaître le statut de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Il a alors demandé à être rejoint par Mme F, son épouse, au titre de la procédure de réunification familiale. Mme F a sollicité à cette fin, le 1er février 2017, la délivrance d'un visa de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Khartoum. Cette autorité a rejeté sa demande par une décision du 22 octobre 2017. M. A D a formé un recours contre ce refus consulaire, qui a été reçu le 14 novembre 2017 par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Le silence gardé par la commission sur ce recours pendant plus de deux mois a fait naître une décision implicite de rejet. Par un jugement n° 1808443 du 3 janvier 2019, le tribunal administratif de Nantes a annulé cette décision implicite de la commission de recours. Le 25 juin 2019, le visa sollicité a été délivré. Par une lettre du 11 mars 2020 reçue le 5 juin 2020, les requérants ont demandé au ministre de l'intérieur de les indemniser des préjudices nés de la décision annulée. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le ministre sur cette demande. Par leur présente requête, M. A D et Mme F demandent au tribunal de condamner l'Etat à leur verser la somme de 10 800 euros, assortie des intérêts.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute de l'État :

2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. En l'espèce, l'illégalité de la décision consulaire du 22 octobre 2017 et de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'État. Les requérants ont droit d'être indemnisés des préjudices en lien direct et certain avec ces fautes au titre de la période comprise entre le 22 octobre 2017, date de la décision de l'autorité consulaire française à Conakry, et le 25 juin 2019, date de délivrance du visa sollicité.

En ce qui concerne les préjudices :

3. Les requérants demandent l'indemnisation de leur préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence, pour un montant total de 10 800 euros. L'illégalité des décisions de refus de visa a eu pour effet de prolonger pendant une période de près de vingt mois la séparation de la famille. Eu égard à la durée de la séparation qui leur a été imposée, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence des intéressés en allouant à ce titre la somme globale de 3 350 euros.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D et Mme F ont droit à la somme totale de 3 350 euros.

Sur les intérêts :

5. M. A D et Mme F ont droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 3 350 euros à compter du 5 juin 2020, date de réception par le ministre de l'intérieur de leur demande préalable.

6. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée dans la requête enregistrée le 8 octobre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 5 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. M. A D et Mme F ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono, avocate de M. A D et de Mme F, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pollono de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser la somme de 3 350 euros euros à M. A D et à Mme F. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 5 juin 2020. Les intérêts échus à compter du 5 juin 2021 puis à chaque échéance ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire

eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Me Pollono, avocate de M. A D et de

Mme F, la somme de 1 000 (mille) euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et à

Mme C F, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

E. GAUTHIER

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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