mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010351 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2020, Mme C A, représentée par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2020 par laquelle la directrice territoriale à Nantes de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à ce rétablissement dans un délai de sept jours, sous astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard, à défaut, de prendre, dans le délai de deux mois, sous la même astreinte, une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son avocat de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'a pas été reçue dans le cadre d'un entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité ;
- cette décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l'insuffisante motivation est inopérant ; en tout état de cause, il n'est pas fondé ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, celles-ci sont privées d'objet dès lors que par une décision du 29 novembre 2021, la Cour nationale du droit d'asile a définitivement rejeté la demande d'asile présentée par la requérante de sorte qu'elle n'est plus éligible aux conditions matérielles d'accueil depuis le 1er décembre 2021.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A par une décision du 23 octobre 2020 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024 à partir de 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A est une ressortissante guinéenne qui est née en 1998. Elle est entrée en France pour y déposer une demande d'asile qui a été enregistrée par les services de la préfecture de Maine-et-Loire le 24 septembre 2018. Elle a bénéficié, à compter de cette même date, des conditions matérielles d'accueil, en particulier d'un hébergement et du versement de l'allocation pour demandeuse d'asile. Par deux arrêtés du 29 novembre 2018, le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert vers l'Espagne en vue de l'examen de sa demande d'asile par les autorités de cet Etat, et l'a assignée à résidence pendant quarante-cinq jours décomptés à partir du 3 décembre 2018, date de notification de ces arrêtés. L'arrêté relatif à l'assignation à résidence imposait à Mme A de se présenter auprès du commissariat de police central d'Angers chaque mardi et jeudi à 8h00 dans l'attente de l'exécution de la décision de transfert. Par une décision du 17 avril 2019, prise au motif que l'intéressée n'avait pas respecté cette obligation et, par suite, les exigences des autorités en charge de l'asile, la directrice territoriale de Nantes des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui avaient été accordées à Mme A. La décision de transfert qui lui a été opposée n'ayant pas été exécutée à l'expiration du délai prévu par l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités françaises sont devenues responsables de l'examen de sa demande d'asile. Le 3 juillet 2020, Mme A a sollicité de l'OFII le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil mais cette demande a été rejetée par une décision du 15 septembre 2020 dont elle demande au tribunal l'annulation.
2. La décision attaquée vise les dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le point 18 de la décision du 31 juillet 2019 nos 428530 et 428564 rendue par le Conseil d'Etat, statuant au contentieux. Par cette décision, cette juridiction a estimé que ces dispositions, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, étaient partiellement incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013. Il a prononcé en conséquence l'annulation des dispositions des 12° et 14° de l'article 1er du décret n° 2018-1359 du 28 décembre 2018, pris pour l'application des dispositions des articles L. 744-7 et R. 744-9 du code. Le Conseil d'Etat a cependant considéré que cette incompatibilité n'avait pas, par elle-même, pour effet de faire rétroactivement disparaître ces dispositions. Il a alors fixé le cadre juridique d'examen par les autorités compétentes de la situation des personnes ayant demandé l'asile et bénéficié des conditions matérielles d'accueil dans l'attente de la modification des dispositions devant résulter de l'annulation prononcée. Ainsi, par le point 18 de sa décision précitée, le Conseil d'Etat a précisé les conditions dans lesquelles les autorités compétentes peuvent tirer des conséquences, sur ce bénéfice, du comportement de personnes ayant sollicité l'asile qui, après l'avoir obtenu, ne respectent pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment celles de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Il a indiqué qu'il reste possible à l'OFII, après examen de la situation particulière de l'intéressé, de prononcer la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, au motif notamment qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se présenter aux autorités. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, l'intéressé peut en demander le rétablissement à l'OFII, qui devra apprécier sa situation particulière à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles les obligations auxquelles il avait été consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil n'ont pas été respectées.
3. La décision attaquée précise que Mme A n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile, qu'elle ne justifie pas des raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté cette obligation à laquelle elle avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII et que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni de besoins particuliers en matière d'accueil.
4. En premier lieu, il ressort du contenu de la décision attaquée, qui est rapporté ci-dessus, qu'elle indique les références du cadre juridique relatif au refus de rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et contient, de manière précise, le motif pour lequel un tel refus été prononcé en l'espèce. Cette décision est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit, en tout état de cause, être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. () ".
6. Ces dispositions prévoient qu'un entretien doit se tenir avec la personne de nationalité étrangère qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil. Elles ne sauraient cependant être interprétées comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque celles-ci ont été suspendues. Par suite l'absence d'entretien préalable à l'examen de la demande de rétablissement présentée par Mme A n'a pas vicié la procédure à l'issue de laquelle la décision en litige a été prise, l'intéressée ayant, au demeurant, pu faire état des éléments de sa situation au travers de la présentation de sa demande qui a été rejetée par cette décision.
7. En dernier lieu, Mme A, qui considère que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa propre situation, soutient qu'elle justifie d'un motif légitime de l'absence de respect de ses obligations ayant conduit à la décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle expose que, enceinte, elle a été exposée à des complications pendant sa grossesse et que, le 6 juillet 2019, elle a accouché, par la voie d'une césarienne pratiquée à la quarante-et-unième semaine de grossesse, d'un enfant sans vie. Elle fait également état de ce qu'elle est sans ressources et sans hébergement ainsi que d'une prise en charge médicale en lien avec une hépatite B. Cependant, il ressort des pièces du dossier que Mme A n'a pas respecté, et ce dès le mois de décembre 2018 et de manière régulière, ses obligations liées à sa qualité de demandeuse d'asile faisant l'objet d'une décision de transfert, de sorte que, contrairement à ce qu'elle indique dans sa requête, les conséquences de son accouchement, survenu postérieurement à la décision ayant suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ne sauraient, aussi regrettables soient-elles, expliquer les raisons pour lesquelles elle n'a pas respecté ses obligations antérieurement au prononcé de cette décision. Mme A ne produit aucun document médical évoquant les complications rencontrées pendant sa grossesse, ni de document médical relatif à la prise en charge de l'hépatite B dont elle allègue être atteinte. Dans ces conditions, en estimant qu'elle ne justifiait pas des motifs invoqués pour expliquer l'absence de respect de ses obligations liées à sa qualité de demandeuse d'asile faisant l'objet d'une décision de transfert, ni de ce qu'elle se serait trouvée dans une situation particulière au regard notamment de sa vulnérabilité et de ses besoins en matière d'accueil, la directrice territoriale de Nantes de l'OFII ne peut être regardée comme ayant entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de cette décision, prise le 15 septembre 2020, que présente Mme A, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à la mise en œuvre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hamid Kaddouri.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le rapporteur,
D. B
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026